‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 74 sur 102 · CHARLOTTE SMITH · texte numérisé non relu

CHARLOTTE SMITH

Cette dame n'est pas seulement célèbre par ses talents littéraires , elle montra un courage non moins remarquable au mi-

lieu de ses malheurs. Ce fut pendant l'emprisonnement de sou mari qu'on lui conseilla de publier les poésies qu'elle avait composées dans ses promenades. Le premier libraire auquel elle s'adressa la reçut froidement. Un autre l'accueillit d'une manière plus favorable : il publia son volume de poèmes. Le succès qu'elle obtint dissipa les inquiétudes qu'elle avait pour le sort de ses enfants , et lui permit d'attendre l'époque à laquelle on pourrait arranger les affaires de son mari. Elle-même nous a rendu compte des sensations qu'elle éprouva lorsqu'elle le vit en liberté.

« Nous parûmes le 2 juillet. Pendant plus d'un mois j'avais partagé la captivité de mon mari ; j'avais eu à supporter des scènes de vice , de misère et de terreur. Deux fois , depuis mon séjour au milieu d'eux , les prisonniers avaient essayé de s'échapper en faisant sauter les murs de la prison. Pendant toute la nuit fixée pour l'exécution de cette entreprise , je restai

habillée. J'étais à la fenêtre, m'attendanl à chaque instant à quelque sanglant combat ou à l'explosion dont je pouvais être la victime.

« Après des scènes si douloureuses et des craintes aussi pénibles , combien l'air pur du matin eut pour moi de douceur, au milieu des plaines de Surrey. Enfin les collines du pays natal s'offrirent à ma vue ; je contemplai les cbamps où j'avais passé mes plus heureux jours, et, sur la pelouse parfumée, j'aperçus avec délices des êtres chers, dont je m'étais vue si long-temps séparée et dont le sort avait toujours inquiété mon cœur. A peine si je pus supporter la vivacité de mes émotions. Après tant de souffrances , il m'était encore permis d'ouvrir mon âme à l'espérance et au bonheur. »

Et cependant cette tranquillité fut bien passagère ; M. Smith fut en butte à de nouvelles persécutions, et son aimable femme à de nouvelles souffrances. Malgré les privations et les embarras dont elle fut entouvi. 17

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ire , elle trouva <1e< ressources dans son <;énie ; sa plume la mit à même de soutenir sa famille. Enfin les affaires de sou mari se rétablirent, et elle eut le bonheur de voir la fortune de ses enfants assurée.

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