‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 75 sur 102 · LA REINE DE PRUSSE · texte numérisé non relu

LA REINE DE PRUSSE

La femme de Frédéric-Guillaume , roi de Prusse , dont Napoléon a dit qu'elle était la plus belle femme du monde, fut remarquable par ses grâces , sa vertu et ses souffrances. Si elle avait vécu dans de plus

heureux temps, nous n'aurions connu d'elle que ses charmes. Mais l'époque de son règne lut fertile en grauds événements. Elle eut à subir de pe'nibles épreuves, et sa conduite l'a mise à côté des femmes les plus remarquables des temps anciens et modernes. Quand l'armistice qui précéda la paix de Tilsitt eut été conclu entre Napoléon et les armées alliées, la Prusse chercha à entrer en négociation -} mais Napoléon avait conçu tant d'éloignement pour cette puissance , que le roi refusa de paraître devant l'empereur des Français. Celui-ci , accoutumé aux hommages des autres souverains , ne dissimula pas son mécontentement. Dans cet état de choses , les ministres prussiens pensèrent que la présence de la reine pourrait ouvrir les voies aux négociations et rendre les conditions plus favorables. Elle partit donc pour le quartier-général avec cet esprit de dévouement et de fermeté qui l'avait toujours guidée dans le eours de sa vie.

Au moment où elle entrait dans les appartements qui lui étaient destinés , Napoléon vint lui rendre visite. La présence du conquérant devait embarrasser une personne dans la situation de la reine.

Quelque temps s'écoula avant qu'elle lui fît connaître le but de son voyage ; mais lorsqu'elle vint à en parler, elle ne put rien obtenir de Napoléon. Après avoir entamé différents sujets de conversation , il dit à la reine : « Comment se fait-il que vous ayez songé à me faire la guerre ? — Sire , répondit celle-ci, il faut avoir égard, en nous jugeantj, à la gloire du grand Frédéric : peut-être le souvenir de ses victoires nous a-t-il trompés sur nos forces et nos ressources véritables. »

Après être restée deux ou trois jours à Tilsitt, elle revint à Memel, et la paix qui fut signée entre la Prusse et la France éleva cette dernière puissance au plus haut degré de la grandeur. Ce fut un coup bien pénible pour la reine. Elle s'exprime en

ces termes dans une lettre qu'elle écrivit peu de temps après : <i La paix est conclue,, mais à quel prix! Dorénavant nos frontières ne s'étendront pas au-delà de l'Elbe. Le roi cependant s'est montré plus grand que son adversaire. Il pouvait, après la bataille d'Eylau , faire une paix avantageuse ; mais il aurait fallu entrer en composition avec ce génie du mal , et rechercher son alliance. Maintenant , il est vrai , il s'est trouvé forcé de négocier avec l'ennemi , mais au moins n'a-t-il pas formé de pacte avec le conquérant. Ce sera un jour ou l'autre la cause du salut de la Prusse. Après la bataille d'Eylau, on voulait le forcer à abandonner un allié fidèle : il ne voulut point y consentir. Je le répète encore , la noble conduite du roi portera bonheur à la Prusse. »

La reine ne cacha point toute la peine que lui causa la paix de Tilsitt, qui donna Magdebourg à la France. Elle faisait souvent allusion aux paroles de Marie , lors

îgS LES FEMMES,

de la prise de Calais. « Si l'on ouvrait mon cœur, disait cette princesse, on y trouverait le nom de Calais écrit en lettres de sang. » La perte de Magdebourg inspirait les mêmes sentiments à la reine de Prusse.

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