‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 9 sur 102 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

Cette dame était encore très jeune lorsque , pour se soustraire à la dépendance , elle épousa Scarron. Il mourut eu 1660, et elle se trouva aussi pauvre qu'avant

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son mariage. Ses amis employèrent tout leur crédit pour que la pension de son mari lui fut continuée, et présentèrent au roi un si grand nombre de pétitions en sa faveur, que Louis XIV, fatigué de ces importunités, s'écria un jour : « Entendrai-je toujours parler de la veuve Scarron? » Enfin, grâce aux sollicitations de madame de Montespan, le roi accorda à la veuve une pension beaucoup plus forte pour l'indemniser d'une si longue attente. Il lui confia ensuite l'éducation du jeune duc du Maine. Les lettres qu'elle écrivit en cette circonstance charmèrent le roi , et ne furent point étrangères à la haute faveur dont elle jouit dans la suite; son mérite personnel fit le reste. Le roi lui acheta le château de Maintenon, et lui donna publiquement le titre de sa terre ; il l'épousa vers la fin de l'année i685. Elle obtint de Louis qu'il fondât une institution religieuse à Saint-Cyr, où l'on recevrait trois cents filles de qualité : c'est dans cet

LES FEMMES. Si

asyle qu'elle se retirait souvent pour fuir cette tristesse dont elle se plaint dans une de ses lettres. Qui croirait que, placée dans une situation aussi élevée, elle pût eu ressentir les atteintes? mais, comme le dit Voltaire , si quelque chose peut montrer la vanité de l'ambition , c'est cette lettre.

A la mort du roi , en 1 7 1 5 , madame de Maintenon se retira entièrement à Saint- Cyr, et passa le reste de ses jours dans des pratiques de dévotion. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que le roi ne s'occupa point de son sort , et ne fit que la recommander au duc d'Orléans. Elle ne voulut accepter qu'une pension de 80,000 francs j elle la conserva jusqu'à sa mort, qui arriva en 1719.

Voici le portrait de cette femme célèbre, tracé par le duc de Saint-Simon , l'homme de France qui , sans contredit , la détesta le plus cordialement : « C'était une femme de beaucoup d'esprit, que les meilleures compagnies, où elle avait été d'abord souf-

ferte, et dont bientôt elle iît le plaisir, avaient fort polie et ornée de la science du monde, et que la galanterie avait achevé de tourner au plus agréable. Ses divers états l'avaient rendue flatteuse, insinuante, complaisante, cherchant toujoursà plaire.

Une grâce incomparable à tout, un air d'aisance , et toutefois de retenue et de respect, aidaient merveilleusement ses talents, avec un langage doux, juste, en bons termes , et naturellement éloquent et court. Son beau temps avait été celui des belles conversations, de la belle galanterie, en un mot, de ce qu'on appellait les ruelles. Le précieux et le guindé, ajouté à l'air de ce temps-là , qui en tenait un peu, s'était augmenté par le vernis de l'importance, et s'accrut depuis par celui de la dévotion , qui devint le caractère principal et sembla absorber tout le reste.

« Elle n'avait de suite en rien; son goût était de voltiger en connaissances et en amis, comme en amusements; excepté

quelques amis fidèles de l'ancien temps, sur qui elle ne varia point. Aisément engouée , elle l'était à l'excès ; aussi facilement déprise, elle se dégoûtait de même. « Elle eut la maladie des directions , qui lui emporta le peu de liberté dont elle pouvait jouir. Ce que Saint-Cyr lui fît perdre de temps en ce genre est incroyable; ce que mille autres couvents lui eu coûtèrent ne l'est pas moins. Elle se croyait l'abbesse universelle , surtout pour le spirituel ; et de là , entreprit des détails de diocèses. C'étaient là ses occupations favorites, elle se figurait êtrf une mère de l'Église. Elle correspondait avec les pasteurs'du premier ordre, les supérieurs de séminaires etde communautés, les monastères et les filles qui les conduisaient ou qui en étaient les principales ; de là une mer d'occupations frivoles, illusoires, pénibles, toujours trompeuses. Des lettres et des réponses à l'infini , des directions d'âmes choisies, et toutes sortes de puérilités qui

aboutissaient, d'ordinaire, à des riens, quelquefois aussi à des choses importantes et à de déplorables méprises en décisions , en événements d'affaires, et en choix. »

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