L'IMPÉRATRICE CATHERINE
L'impératrice Catherine, sortie de la classe la plus humble de la société, était devenue la femme de Pierre-le-Grand.
Jamais elle n'oublia son premier état.
Wurmb , qui avait été le précepteur des enfants de Gluck, ministre luthérien chez qui l'impératrice avait servi, s'étant présenté devant elle, Catherine lui dit avec beaucoup de douceur : « C'est vous , bon vieillard : j'aurai soin de votre sort. » Et elle lui donna une pension. Elle n'oublia pas la famille de Gluck , son bienfaiteur, qui mourut prisonnier à Moscou ; elle fit une rente à sa veuve , admit son fils parmi ses pages , donna une dot aux deux filles aï-
LES FINIMES. 35
uces, et nomma clame d'honneur la plus jeune.
Mais L'humanité était peut-être la qualité la plus précieuse de cette princesse. Motraye en parle ainsi : « Elle gouvernail à son gré les passions du czar, et elle sauva la vie à un grand nombre de personnes , car elle inspirait au farouche réformateur des sentiments d'humanité que la nature semblait lui avoir refusés. Quand il avait résolu de satisfaire son ressentiment, il condamnait la victime en l'absence de Catherine. En un mot, pour parler comme le célèbre Munich , « elle était la médiatrice entre le prince et ses sujets. »
Pierre était entouré, au camp duPruth, par des milliers d'Ottomans. Sans provisions, sans ressources, il était exposé au plus grand péril. Désespérant du salut de son armée, il s'était enfermé dans sa tente. Catherine parvint seule à ranimer le courage du czar. Elle osa pénétrerjusqu'à lui, et lui dit avec gaîté qu'elle avait trouvé
un moyen infaillible de soustraire l'armée au fer des musulmans. Comme Pierre l'écoutait , elle ajouta alors qu'au prix de ses bijoux les plus précieux et de plusieurs milliers de ducats , elle avait gagné le grand vizir. Un armistice fut conclu, et les Turcs laissèrent entrer des provisions dans le camp des Russes. Quelques jours après, la paix se lit entre les deux puissances. L'empire, l'armée et le souverain, devaient leur salut à Catherine.
Après la mort de Pierre , elle assembla les états de l'empire pour obtenir leur consentement à la publication d'un nouveau code." Les députés, dans leur discours, appelèrent l'impératrice « grande, sage , et mère du peuple. » Catherine refusa tous ces titres , excepté le dernier. « Il n'y a point de vraie grandeur sur la terre, répondit-elle, il n'existe pas de mortel véritablement sage ; mais j'espère me montrer toujours la mère de mon peuple. »
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