DÉSESPOIR D'UNE VEUVE
Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui aspirait à la conquête de la ville de Genève, essaya de s'en emparer par surprise. Il tenta l'escalade pendant la nuit; mais le succès ne répondit point à ses vues. L'alarme^ fut donnée avant qu'il y eût un assez grand nombre d'assiégeants sur les murailles. Les'citoyens coururent aux armes, et repoussèrent les ennemis , trop faibles
pour leur résister. Ceux «jui tombèrent entre leurs mains lurent livrés à une mort ignominieuse. Du nombre de ces prisonniers était un officier de marque. La nouvelle de son malheur est portée à sa femme, qui était enceinte. Elle vole à l'endroit où son mari va périr, et demande à 1 embrasser pour la dernière fois. On lui refusa cette grâce , et l'officier fut exécuté sans qu'elle eût pu parvenir jusqu'à lui. Elle suivit néanmoins son corps au lieu où il devait être exposé. Là , elle s'assit devant ce triste objet , et y demeura sans vouloir prendre aucune nourriture, les veux lîxés sur ce spectacle lamentable. La mort qu'elle demandait, qu'elle attendait avec impatience , vint enfin lui fermer les yeux en cette situation.
JEANNE DALBRET.
Henri d'Albret, roi de Navarre, quelque temps avant l'accouchement de Jeanne
d'Albret , sa fille , tira de son cabinet une boîte d'or, et lui dit dans le langage simple et familier de son temps : « Ma fille , cette boîte , avec ce qu'elle renferme, est à toi , si en accouchant tu me chantes une chanson gasconne. » Le moment de l'accouchement arrivé , le roi Henri fut averti comme il l'avait demandé; et la princesse, le voyant entrer, se mit à chanter ce cantique en langue béarnaise : Nostre-Dame de ou cap de ou pon, adjuda mi en aquesta houre. « Notre-Dame du bout du pont, aidez-moi à cette heure. » A peine le cantique fut-il fini , que la princesse donna naissance à Henri IV. Le roi de Navarre mit aussitôt la chaîne au cou de sa fille , lui donna la boîte , où était son testament, en lui disant : « Voilà qui est à vous , ma fille; mais, ajouta-t-il en prenant l'enfant son manteau, ceci est à moi. » Il lui frotta les lèvres avec de l'ail. « Mon fils, lui ditil, je veux que tu sois un bon compagnon. » Puis il l'embrassa tendrement, et
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communiqua sa joie à tout son peuple.