L.-N. Rossel
Héros pensif, debout avec ta claire épée,
Tes yeux fixes, ton menton net, ton front puissant,
Solitaire dans la foule obscure, trempée
De pleurs de deuil, de pleurs de colère et de sang,
Foule française, ardente, indécise, trompée Par ses chefs, affamée et sublime, unissant La tendresse et la haine en geste d'épopée Et souillant de forfaits son grand rêve innocent,
Tu dominais tous ces pauvres gens de la tête, Comme Gassandre, hélas ! inutile prophète, Dans la tourmente, dans l'émeute, dans les cris,
Hanté d'un songe intérieur : sauver la France... Mais les politiciens n'avaient plus d'espérance... Ils t'ont fusillé, soit ! Ils ne t'ont pas compris !
LES HEROS
Zola
Nous n'aimons pas ton œuvre, et nous t'avons porté Sur la haute colline et dans la basilique Où dorment, fondateurs de notre République, Les grands héros du Verbe et de la Volonté,
Afin qu'au triple mot qui rayonne, sculpté
Au front des monuments, sur nos places publiques,
S'ajoute, nécessaire et farouche réplique,
Le titre de ton dernier livre : Vérité !
Ton univers, Zola, fut un cauchemar triste ;
Nous ne te nommons pas prophète, à peine artiste,
Mais d'un geste tu t'es auréolé d'azur,
Lorsque, à demi vaincu par un gaz délétère, Moribond, tu tentas, au seuil du grand mystère, D'ébranler ta fenêtre et d'aspirer l'air pur...
Carrière
Toi qui fis émerger des ténèbres la Vie,
Face pâle et fugace apparue à demi,
Ouvrant sa bouche triste et ses yeux clairs parmi
L'ouragan de l'ombre cosmique inassouvie,
Toi qui sus discerner le fantôme du Beau
Dans les cendres de l'aube et les limbes de l'être
D'une prunelle aiguë et patiente, ô Maître,
Tu connais à présent cette ombre : le tombeau.
Les bras croisés, les yeux scellés par un doigt tendre, C'est ton heure, ouvrier robuste, de descendre Au chaos, à la nuit informe où tout s'en va...
Mais, ainsi que l'espoir antique le rêva,
Inlassable, peut-être ébauches-tu, Carrière,
Au fond de l'ombre encore un geste de lumière?
L'HOMME ET LA DOULEUR
Pressentiment
Le Soir tombe sur ton jardin clair, ô Jeunesse! J'embrasse d'un regard mon étroit Univers, Et l'Automne me tend sa robe de faunesse Où brillent des fruits d'or qui furent des fruits verts.
O fruits éblouissants dont pleura mon attente, Amour, gloire, amitié, trésors du rêve humain, Ds sont là, lumineux... En allongeant la main Je me rassasierai de leur pulpe éclatante !
J'hésite... Une terreur vague suspend mon geste, Je ne sais quel ennui subtil m'émeut... Je reste Immobile en ce jardin clair comme l'espoir...
Ah ! sous les fruits vermeils, j'ai vu poindre un fruit noir, La Mort!., faudra-t-il mordre aussi ce fruit funeste? Je ne peux pas croire à la mort, par ce beau soir...
Claustration
Je suis couché, les muscles las, maussade et frêle, Sous mes draps pâles, sans vigueur et sans désir. Ma tête est comme une nef d'ombre, où ce soupir D'un chœur dolent monte vers la coupole grêle :
Pourquoi souffrir ? — C'est notre lot, dit Marc Aurèle, L'Univers est aveugle, et l'homme doit pâtir. — Pour allumer les cierges purs du repentir, Répond Pascal. Vois, Jésus saigne! H nous appelle...
Dans la cellule où je repose, les deux Voix
Tour à tour flottent, liturgiques. Et je vois
Par le vitrage un peu d'azur et quelques feuilles.
Dehors, c'est le printemps, sans doute, où chaque front Rayonne... Ah! cueille vite, ô peuple qui les cueilles, Toutes les roses de l'Éden : l'automne est prompt !
L HOMME ET LA DOULEUR
Le Médecin
Bon Médecin, qui vas palpant les chairs gâtées, Les cœurs usés, les fronts pâles, les corps aigris, Toi qui te meus parmi les râles et les cris Des chambres où la Vie et la Mort sont heurtées,
Rien n'altère ton bel équilibre, et tu ris, Lorsque, ayant clos le seuil des demeures hantées, Tu croises en chemin des formes convoitées, Et qu'un peu de soleil dore ton vieux Paris.
Tu ris, û Promeneur du jardin des supplices! Et moi qui, dans la vie, ai choisi ses délices, Le miel et les parfums suaves, l'art sacré,
Sous mes pas qu'un insecte meure, je m'attriste!
Je ne sais trop quelle est la folie, à mon gré,
De ton flegme, ô Savant, ou de mes pleurs d'artiste...
1/7 portique. — <>
La Douleur
La Douleur, c'est comme une bête haletante Dont un rude aiguillon pique les naseaux fous, Et qui trébuche et qui se blesse dans les trous Que l'eau creusa dans une terre dégoûtante.
La douleur, c'est une humble femme grelottante : Ses enfants morts, son mari hurle sous l'écrou; Le haut des toits s'éclaire un peu d'un soleil roux... Elle pleure de faim, d'insomnie et d'attente.
La douleur, c'est la vierge russe au clair œil bleu Dont un Cosaque à coups de fouet fend la peau nue, Pour avoir cru, Liberté sainte, à ta venue.
Et la douleur, c'est un Prophète élu de Dieu, Qui fut aimé par les deux Sœurs de Béthanie, Et dont un doute décolore l'agonie.
L HOMME ET LA DOULEUR
Accoutumance
Tristesses, sous l'azur, du marin solitaire, Sourire de l'inlirme au printemps clair et vain, Chanson, dans les vieux cœurs, de leur passé divin, Franches gaîtés, sur les gazons, du prolétaire,
Je vous connais, ô pauvres bonheurs de la terre, Où la douleur entre toujours comme un levain, Bonheurs saignants et lumineux comme le vin De vendanges qui sort du pressoir salutaire !
Je vous connais, et me résigne, peu à peu,
A subir, sans en être dupe, l'amer jeu
Du Destin, Janus au front double sous ses voiles,
Par qui la pâle Automne est du Printemps suivie, Par qui l'ombre des nuits fait l'éclat des étoiles, Et l'ombre de la Mort la splendeur de la Vie !
Vieillesse
Deviendrai-je cette ombre horrible de moi-même Qu'est un vieillard? fantôme ankylosé, ventru, Dieu Terme emprisonné vivant au marbre brut, Roi sans trône, qui pleure en vain son diadème?
Accepterai-] e de voir fuir tous ceux que j'aime, Les yeux tendres, les cœurs profonds auxquels j'ai cru, Et seul, dans le rayon blafard du jour décru, M'assoirai-je, tendant les mains vers l'àtre blême?
Ah! je sais qu'on s'accroche, hélas! à toute épave, . Que le meilleur, que le plus fort, que le plus brave Devient humble, à sentir qu'il penche vers le sol...
Vienne la Mort me prendre en plein ciel, en plein vol, Comme l'aigle blessé dont se ferment les ailes ' Tombe, enivrant d'azur infini ses prunelles!
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L HOMME ET LA DOULEUR
Guérison
Comme le Hollandais habite un sol dompté Dont sur l'océan même il conquit la frontière, Pays triste, deux fois chéri d'une àme altière, Chef-d'œuvre de sa force et de sa volonté,
Ta vie est un miracle, et tu t'es enfanté Toi-même, par l'esprit ordonnant la matière, Refoulant pas à pas la horde tout entière Des bacilles, et leur imposant la santé.
C'est qu'une Rédemptrice, un beau soir, t'est venue : J'étais là; nous marchions au bord de la mer nue, Une femme passa, foulant le sable d'or,
Ceinte d'un nimbe obscur, ainsi qu'une Madone; Tu connus le sanglot de l'être qui se donne, Et l'amour, dans ta chair, a fait céder la mort.
IOI portique. — 6.
Le Pithécanthrope
Lorsque le globe vierge encore était sans maître, Dans l'Inde, au pied des monts Siwalick, par hasard, Naquit un singe étrange au front large, au regard Empli d'un songe triste : et ce fut notre Ancêtre.
Ce n'était plus un animal, c'était un être Hybride, moins heureux et moins vil, plus hagard, Chancelant sur ses pieds, sans loi, sans but, sans art, Ébauche du vainqueur futur qui devait naître.
Roi morose, sentant le poids de ses entraves, ' Il mêlait une fureur sombre à ses yeux graves, La colère à sa faim, la tristesse à son rut;
Aveugle, il tâtonnait, comme au sortir d'un somme; Ce n'était plus le singe, et ce n'était pas l'homme: Car la douleur avant la pensée apparut.
L HOMME ET LA DOULEUR
La Greffe
On a greffé sur une guenon l'avarie, Poison de la débauche, invincible fléau. Un professeur de l'Institut, dans le préau, L'index levé, démontre aux gens sa théorie.
La bête, qu'une lèpre innommable carie, Regarde, de ses yeux embrumés d'un halo, Songeant peut-être aux bois profonds de Bornéo Où naguère rôda son enfance fleurie...
Mère infirme du genre humain, l'homme et la femme Torturent aujourd'hui ta chair, espèce infâme Qui conçut le tourment pour goûter le plaisir,
Afin qu'aux lits moelleux où se plaît son loisir Ta sœur, la libertine et blonde pécheresse, Epuise sans péril le trésor des caresses...
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A Metchnikoff
Phagocytose
Dans la Nature, où les vieux Poètes, naguère, Chantaient la Gérés blonde au lait rajeunissant, Le Savant voit la nécropole où l'innocent Succombe, la douleur partout, partout la guerre.
La vie, en nous et hors de nous, ne dure guère ! La mort la guette en notre chair, en notre sang; Notre esprit même, cet éclair éblouissant, Dépend de quoi? du choc de microbes vulgaires...
Armé du microscope, au fond du crépuscule, Vous avez poursuivi ces luttes minuscules, Metchnikoff, où frémit l'antique jeu du sort;
Et vous dites à l'Homme : « Éduque ces cohortes ! « Si tu sais vaincre l'une, et fais l'autre assez forte, « Tu seras maître de la Vie et de la Mort. »
L HOMME ET LA DOULEUR
Euthanasie
Lorsque l'Homme aura fait, selon sa fantaisie, De la vie une fête et du travail un jeu, Qu'il rira sur le globe antique tel qu'un dieu, Tu seras sa dernière idole, Euthanasie !
La Mort sera pour lui la coupe d'ambroisie Que l'on épuise en souriant à l'éther bleu; Pour la rive suprême, en un geste d'adieu, Il saura lever l'ancre à la date choisie.
La Terre, alors, verra de nobles animaux
Dignes de se chauffer à la gloire solaire.
Vous n'insulterez plus le jour qui nous éclaire,
Corps infirmes, tordus par les ans et les maux ; Vous ne rongerez plus nos frémissants squelettes, Douleurs, chiennes de l'ombre aux lèvres violettes!
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Le Surhomme
Si tu dois naître un jour, si tu n'es pas chimère, Surhomme vers qui tend notre espèce, enfanté Par les pleurs et le sang de l'humble humanité Qui ne sait pas encor de quel songe elle est mère,
Pourras-tu, sans frémir, toiser la route amère Qui va de ta splendeur à notre infirmité, Captif entre la double et morne éternité D'aïeux vils et de fils déchus, Maître éphémère?
Si, jeune, beau, riant, insulte à la Nature,
Tu peux vivre ta vie éblouissante et dure,
Tu n'es qu'un monstre auquel se refuse mon vœu;
Mais si la pitié tendre habite encor ton âme, O Fils le plus divin de l'homme et de la femme, Tu ne seras jamais que l'ébauche d'un dieu...
L'AU DELA
portique. — j
Océanides
J'ai gravi l'âpre Olympe où le soleil flamboie Pour connaître et ravir le secret de ses dieux Je les ai vus sourire en groupes radieux, Mais ils ne m'cnt pas dit le secret de leur joie.
Aux carrefours obscurs des cités, où la Haine Veille couchée aux pieds de l'antique Douleur, J'ai passé coudoyant des fantômes en pleurs, Mais ils ne m'ont pas dit le secret de leur peine.
Donc, la terre et le ciel sont muets, et l'on va De l'aurore sereine à l'ombre ensanglantée Sans comprendre ce qu'on vécut, ce qu'on rêva...
Et j'écoute, chanson dans la brise jetée
Sur les houles du soir qu'un sanglot souleva,
Les Nymphes qui naguère ont bercé Prométhéc.
Nocturne
Le soir antique marche aux confins gris du monde, Et, nymphe à l'horizon que suit l'œil attristé, La lumière aux beaux yeux d'innocente a quitté La forêt endeuillie, et les plaines, et l'onde.
Songe et prie, ô mon Ame, en cette paix profonde! Songe à l'aube, sourire où tremblait la beauté, Prie et songe... le soir parle d'éternité... Qu'as-tu fait de ta vie en ce jour, Vagabonde ?
Un peu de rêve, un peu d'espoir, un peu d'amour, Pas un acte!... et voici qu'est mort un nouveau jour, Et, dans l'immensité glaciale et pâlie,
Voici qu'ayant vaincu l'univers frémissant La Nuit farouche prend son essor, et délie Sa chevelure sombre où reluit le croissant...
L AU DELA
Le Crucifix
Le Crucifix de bois érige son symbole Sur la colline heureuse où le pampre fleurit; Près du front mutilé que l'épine meurtrit, Un couple murmurant de colombes s'envole.
Je ne reconnais pas dans cette maigre idole, Dieu farouche tordu sous le ciel attendri, Le Jeune Homme charmant, habité par l'esprit, Dont une pécheresse adora la Parole.
Ce gibet, dans ce printemps clair, semble vétusté ! Le supplice barbare où succombe ce Juste N'excite plus la crainte, à peine le courroux;
La Nature, qu'il veut opprimer, l'ensoleille ; Au creux de son épaule, une danse d'abeilles Voltige dans l'air tiède, en quête du miel roux...
La Mort du Paysan
Le Paysan qui vient de mourir fut un sage.
Dès longtemps, son vieux corps était bien décrépit:
Quand il sentit la Mort l'inviter, sans dépit
Il se coucha, tournant vers le mur son visage.
Il n'a pas accueilli le prêtre et son message ; A sa prière, on fut lui quérir un épi Du beau blé de l'an neuf; alors il s'assoupit, Le serrant dans sa main, sans parler davantage.
Il a serré si fort l'épi vert dans ses doigts
Qu'il a dû l'emporter dans son cercueil de bois...
O prodige ! la plante a germé dans la bière !
L'épi jaillit du sol, il est mûr, le voilà...
Le poing d'un Mort tendant du blé vers la lumière,
Qui sait si le secret du Monde n'est point là ?
L AU DELA
L'Etoile
Ce soir naquit un dieu, parmi les fils de Sem. Et mon àme t'appelle, ô toi qui l'eus guidée Vers l'étable où dormit l'enfant de Myriem... Mais la nuit est sans astre et de brume inondée !
Étoile qui, par les nuits claires de Judée, Terre des puits, des synagogues, des harems, Menas les Rois et les Bergers vers Bethléem, Où donc es-tu, divine Étoile, décédée ?
Sans doute — on ignorait alors l'astronomie — Tu n'étais qu'un bolide errant, lueur amie, Pareil à ceux qui, en JLuin, zèbrent l'éther.
Archange qui semblais aux caravanes lentes
Porter la lampe d'or des étoiles filantes,
Tu gis peut-être, caillou noir, dans un désert...
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L'Aviateur
J'ai vu l'Aviateur sur les Champs-Elysées. Dans le ciel vif de Mars, où flambaient à l'ouest Sous l'Arc Impérial des lueurs embrasées, Sur la ville surprise il naviguait sans lest.
Engin mystérieux, de la couleur du zest, Avec le sûr effort d'une victoire aisée, Il fendait lentement les brises alisées ; Vers la Sainte-Chapelle il disparut à l'est...
Miracle du génie humain, ce monstre clair,
Imprévu scarabée, envahisseur de l'air,
Flattait l'obscur orgueil de la foule. Homme ou femme,
Tous les fronts rayonnaient d'un insolite émoi.
« L'homme a conquis le ciel, me disais-je à part moi,
« Quel gouffre encor lui reste à connaître?... Son àme ! »
Il6
LAU DELA
Le Miroir
Pensée, es-tu la loi du-monde, qui balance Les pôles sur leur axe, et, dans l'éther du ciel, Les astres ? As-tu créé l'Ordre universel, Et sais-tu quel secret dort sous l'amer silence ?
Ou n'es-tu que la flore étrange de cerveaux Mortels ? L'illusion qui pouvait ne pas naître ? L'écume qui sourit sur l'océan de l'Être, Dissoute, à peine éclose, en ses aveugles eaux ?
Je t'interroge, en proie au doute, à l'épouvante... Sais-tu qui suis-je, un monstre, un dieu, lueur vivante, Ce que je vaux, ce que je puis, ce que je dois ?
Je t'interroge et tu te tais, miroir factice !
Et je pleure, comme autrefois l'enfant Narcisse,
De voir couler ta splendeur vaine entre mes doigts...
117 portique. — 7.
Spiritisme
Es-tu l'hymne ou l'adieu d'une croyance, Espoir Tenace des vieux jours naïfs qui veux renaître ? Phalènes lumineux qui heurtent nos fenêtres, Les morts sont-ils vivants sous la vitre des soirs ?
Certains hommes ont-ils le scandaleux pouvoir De parler aux esprits défunts, de les soumettre? Gomme Thomas palpant les paumes de son Maître, Le sceptique se cabre, et dit : « Je voudrais voir ! »
Celui qui réveilla Lazare à Béthanie
Fut, dans cette hypothèse, un médium de génie,
Et c'est un corps astral qui frémit à sa voix...
Bien fou qui pense avoir scruté tous les arcanes ! L'homme, à ce carrefour où l'Enigme ricane, Tend les mains, sans savoir au juste ce qull voit...
L AU DELA
M étempsy choses
Ai-je donc tant de fois vécu, Métempsy choses ? Gomme un gueux émigrant de taudis en taudis, Ai-je donc habité tant d'écorces, jadis ? Et mon cœur est-il presque aussi vieux que les choses ?
Verrai-je refleurir des iilas et des roses Plus beaux, en des jardins fraîchement reverdis ? Ou bien, de monde en monde, enfers ou paradis, M'en irai-je, phalène aux ailes jamais closes ?
Il se peut ! Par instants, ma mémoire profonde
Évoque des aspects évanouis du monde :
Mon œil d'enfant n'est pas le seul qui la peupla,
Et, quand mon front est lourd d'extase inassouvie, Je sens bien que la voûte étroite de la vie Offusque le splendide Archange qui dort là...
Le Double Masque
J'ai vu naître et j'ai vu mourir : c'est aussi beau î C'est la même blessure affreuse et qui délivre. Le même chant sacré, la même terreur ivre S'exhalent de la crèche et montent du tombeau.
Que l'Être nu soulève ou jette le flambeau, C'est la même clarté d'un dieu blanc comme givre, Le même geste de Quelqu'un qu'on ne peut suivre, Le même astre voilé dont rayonne un lambeau.
Avant la vie, après la vie, il y a l'ombre.
La lumière qui luit en nous, tressaille et sombre,
Vient d'ailleurs, rentre ailleurs, gouffre où s'en vont nos pas.
La Naissance et la Mort sont un masque identique. Nous sommes les héros obscurs d'un drame antique ; Nos visages réels, nous ne les voyons pas...
Il a été tiré de ce cahier douze exemplaires sur whatman ainsi distribués :
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deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l'administrateur;
troisième exemplaire de souche, exemplaire de l'imprimeur ;
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