IMPORTATION EXPORTATION TOTAL
Les causes de cette situation sont multiples et bien connues. C est le manque de communications dans Tile, aussi bien qu'avec la métropole et avec Macao, c'est l'indolence et l'apathie des indigènes, Malais ou Papous fétichistes, ce sont les guerres intestines continuelles, c'est aussi le manque de capitaux nécessaires à une exploitation raisonner et intensive de rintérieur de l'île.
Pour suppléer au manque d'initiative privée, l'Etat portu-
I. Les ini|)orlations sont frappées, depuis 1869, d'un droit uniforme de 6 p. iOO ad valorem, sauf la |)oudr(', les armes, les spiritueux el l'opium, qui sont surtaxés.
Le commerce intérieur se fait encore par voie d'échangiî. Les indigènes pêciieni le trlpang el les nids d'hirondelles, fabriquent des articles en paille. On fait aussi un peu de sucre el d'eau-de-vie.
LES COLONIES PORTUGAISES d'eX TRFME-ORIENT 269
gais a créé lui-même des plantations, notamment de café, mais il ne semble pas qu'elles aient donné jusqu'ici de grands résultats. Et cependant, cette possession portugaise jouit de la même constitution géologique que l'Australie, dont elle ne semble qu'un prolongement ; elle en a la même flore et la même faune. Elle pourrait sans doute aussi jouir de la même prospérité, à en juger par l'autre partie de l'île — la partie hollandaise — dont les progrès sont déjà remarquables.
Pour remplacer l'indigène — que l'on juge incorrigible — on parle de faire appel à une forte immigration chinoise. Mais il semble bien que ce qui manque le plus à cette colonie, ce sont des capitaux et une bonne administration. Et comment en serait-il autrement dans ce coin de l'Océanie, si éloigné des autres possessions portugaises et si oublié de la métropole, et qui ne communique avec le reste du monde que par l'intermédiaire de quelques vaisseaux hollandais ?
L La part de la métropole dans le commerce général des colonies. — Ce que représentent les colonies dans les dépenses budgétaires de la métropole.
II. Les anciens projets de vente. — Les colonies sont la condition même de l'existence du Portugal. — La sauvegarde des colonies dépend, sans doute, de l'alliance anglaise, mais elle n'en dépend pas exclusivement.
III. Nécessité de réorganiser et de développer les colonies. — La Révolution du 5 octobre marquera-t-ello. à cet égard, une ère nouvelle ? — La réforme administrative : décentralisation ou autonomie f — La question douanière. — La question financière : le renouvellement du privilège du
Banco Nacional Ultramarino.
On aura pu se rendre compte, par les développements piécédents, de la valeur intrinsèque — très importante et très réelle — des colonies portugaises. Quelle utilité la métropole retire-t-elle de cet Empire — immense encore, si on le compare à la situation actuelle de TEtat lusitanien, à sa faible étendue, à l'état précaire de ses finances et à ses médiocres ressources? C'est ce que nous voudrions examiner rapidement, avant de terminer cette étude.
Le tableau suivant donnera une idée de la part qui revient à la métropole dans le commerce général de ses colonies. Les chiffres se réfèrent à l'année 1903 (milreis) :
l-AVtNIK L>l> COLONIES l'ORTCGAlSK» 271
CUMMEKCE VUTAL Importation. Exportation. Total.
Cap-Vert 1.601.046 318.944 1.919.990
Guinée 710.719 512 321 1.223.040
Angola 6.422.537 4.516.041 10.938.598
Sào-Thonié et Principe. . 2.716.573 6.977.676 9.694.249
Mozambique 25.418 642 18.950.732 44.369.379
Inde 1.978.850 704.321 2.683.171
Macao 10.745.650 6.973.850 17.719.500
Timor 287.745 321.640 609.385
C0M.MERCE AVEC LX MÉTROPOLE Importation. Exporlaticn. Total.
Cap- Vert 463.300 235.700 699.000
Guinée 78.500 121.500 2UO.00O
Angola 3.264.-.:00 5. 094.^00 8.339.100
Sào-ThoméetPrincipe. . 1.390.300 6.491.200 7.881.500
Mozamljique 1.474.900 716.500 2.037.8U0
Inde 25.100 4.900 29.000
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Les chiffres compris dans les trois premières colonnes sont empruntés dus. statistiques établies par le minislète de la Marine et des Colonies portugais. Les autres figurent dans les documents annexés aux derniers rapports du ministre des Finances. Celte différence de sources explique la difficulté d'établir une comparaison rigoureuse, étant donné les écarts d'appréciation — parfois très grands — des mêmes valeurs aux douanes portugaises, métropolitaines ou coloniales.
llemarquons, en outre, qu'au commerce total figurent, à la colonne « exportation », les chiffres relatifs à la réexportation et au transit, et qu'au commerce avec la métropole, il s'agit du commerce (jénéral, comprenant, à l'importation, les produits aussi bien nationaux ou « nationalisés » qu'étrangers et dont certains sont ensuite réexportés ou ne font que transiter, et, à l'exportation, des produits coloniaux destinés aussi bien à être consonnnés dans la métropole qu'à en être réexportés. Si l'on tenait compte de la (juantité considérable de produits
étrangers expojtés aux colonies et de la part tenue dans le mouvement général des ports |)ar les navires étrangers, on arriverait à cette conclusion que le profit réel que retire le Portugal de ses colonies est bien moindre, en réalité, qu'il ne paraît résulter des tableaux ci-dessus. Ces derniers — si insuffisants soient-ils — permettent, cependant, de comprendre que la place occupée par la métropole dans ses domaines d'outre-mer n'est pas celle que sembleraient devoir lui assurer sa situation privilégiée et des droits, souvent prohibitifs, à regard du commerce étranger.
Le commerce colonial a atteint, en 1905, le chiffre de 19.385.600.000 reis, et en 1906, 17.636.900.000 reis (importation : 11.055.700.000; exportation : 6.581.200.000). Ces sommes sont inférieures au chiffre de 1904 (20. 384. 700. 000 reis), mais supérieures, cependant, à la moyenne des dix dernières années (16.896.100.000 reis).
Depuis 1888, l'augmentation de ce commerce n'a pas été moindre de 11. 135. 600. 000 reis : elle a été surtout sensible pour Angola, dont le commerce a augmenté de 3.671 contos de reis, pour Sâo-Thomé et Principe, dont le trafic a passé de 1.105 (1888) à 11.105 conlos (1908).
Il est vrai que cette dernière augmentation — cependant très notable — paraît peu de chose en regard du développement général — nous savons pour quelles raisons — du commerce du Mozambique, qui a passé, de 3.827 contos en 1888 à 44.369 contos en 1905 !
Si nous examinons maintenant la question financière, nous constatons que le budget général des recettes et des dépenses des colonies portugaises se traduit par des déficits à peu près constants : pour rann«'>e 1906-07, ce déficit n'était
L AVKNIR DKS COLONIES PORTUGAISKS 273
pas inférieur A 200 rontos (recettes : 10.400; dépenses : 10.600) ; pour 1909-1910, le déficit prévu dépasse 9o6 contes (recettes : 11.259; dépenses : 12.213) '. Ce défaut d'équilibre est dû, il est vrai, aux crédits octroyés par le gouvernement pour les travau.x d'amélioration du port de Lourenço et la construction des chemins de fer de pénétration du Mossamédès et do Swazilandia. Mais c'est surtout la province d'Angola qui est une cause de charges très lourdes pour la métropole.
Il n'existe pas de « dette coloniale » proprement dite, et il en résulte que tous les emprunts contractés pour les travaux publics et les chemins de fer coloniaux sont à la charge de la métropole. C'est elle qui règle tous les frais des expéditions militaires et toutes les autres dépenses extraordinaires, dont le total a atteint, dans la période 1870-71 à 1906-07, près
1. Voici le détail du budget des colonies pour l'e.xercice 1909-1910 (reis) :
HECETTES
Impôts directs 4.249.297.500
Impôts indirects 3.421.894.00Û
Papiers et rendements divers ' 2.657.181.880
Compensation de dépense 102.633.005
Receltes extraordinaires et rendements dvec application spéciale 823.120.000
Totaux 11.239.126.385
DÉPENSES
Administration générale 3.646.753.207
— des finances 740.838.350
— de la justice 313.256.380
— ecclésiastique 334.714.303
— militaire 3.470.743.914
Marine 330.603.345
Charges générales (?) 869,174.716
Dépenses diverses (?) 1.005.681.750
Exercices achevés 25.770.573
Dépenses extraordinaires 1.732.663.665
Totaux 12.215.702.410
Le budget pour 1910-1'Jil accuse un déficit seulement de 236.126.798 reis : les recettes seraient, en effet, en augmentation de 171.529.883 reis et les dépenses en diminution de 348.919.342 reis.
Les provinces du Cap-Vert, de Sâo-Thomé et Principe, de Mozambique et de l'Inde ont des soldes positifs d'une importance de 613 873.212 reis : les budgets de Guinée, de Macao et de Timor s'équilibrent ; mais celui d'Angola représente un déficit de 850. OuO. 000 de reis (ilétaitde 1.149.734.634 reis en 1909-1910).
M.VKV.^LT). — Portugal. 18
de 60.Û00 conlos (plas de 328 millions de francs), non compris les emprunts qui figurent à la dette publique.
On comprend, dans ces conditions, que les Portugais ne se passionnent pas outre mesure pour les questions coloniales.
Il y eut même une époque, où nombre d'écrivains et d'hommes d'État, comme Rodrigues de Freitas, OliveiraMartins, etc., ne voulaient voir dans les colonies qu'une « cause de ruine » pour la métropole et conseillaient ouvertement de les vendre à l'étranger. C'est ainsi qu'un ancien ministre de la Marine, M. Ferreira d'Almeida, présenta à la Chambre des députés, à deux reprises, en 1888 et en 189i, un projet de loi autorisant l'aliénation de Macca, de Timor, de l'Inde, de la Guinée, et du Mozambique *. D'après le prix offert par l'Allemagne pour les Carolines, il estimait que ces diverses possessions trouveraient preneur pour une somme globale de 1.250.000 contos (625 millions de francs); il restait, selon M. Ferreira d'Almeida, suffisamment de colonies au Portugal avec Angola, Sâo Thomé et Principe, le Cap-Vert, un ensemble de plus d'un million de kilomètres carrés, sur lesquelles il pourrait mieux concentrer des efforts.
Dans une étude intitulée Notre problème colonial^ un haut fonctionnaire de la Banque d'Outre-Mer, M. Xogueiia, allait plus loin encore : « Il ne sert à rien de le dissimuler, déclarait -il : nos colonies nous obligent à des frais que nous ne pouvons supporter. Nous sommes contraints de demander beaucoup trop au contribuable, pour les conserver par pure
1. Cf. Ruy KniH'S Ulrich, PoUlica Colonial, Colimbra. 190'.). p. 6;.f), t-l supra.
ostentation : elles ne nous servent à rien, et nous sommes entraînés pour elles à nous déshonorer... ^ »
Cette fièvre de découragement ne dura qu'un moment. Depuis 1892, la situation des colonies s'est, d'ailleurs incontestablement améliorée. Aussi, le 2 janvier 1900, le Discours du Trône atïirmait-il que le Portugal se sentait assez fort pour conserver ses colonies.
C'est une déclaration analogue que le nouveau régime a faite, au lendemain même de la Révolution du o octobre 1910, en réponse aux bruits tendancieux, que nous avons mentionnés de la presse germanique " :
« Le gouvernement provisoire de la République portugaise, considérant les colonies portugaises comme un patrimoine aussi sacré que lo territoire de la métropole même, déclare que le bruit d'une prétendue vente de quelques-unes de ces colonies est absolument faux. » Signé : Bernardino Machado.
Sans doute, les Portugais ne se font pas d'illusion sur leurs propres forces ^ ; ils savent que la prospérité et la sauvegarde de leurs colonies dépendent surtout de l'alliance britannique.