‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 114 sur 194 · Voir supra, p · texte numérisé non relu

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3. Je ne parle que pour mémoire des forces navales portugaises. Quels que soient les projets en cours dexécution ou à l'étude, à l'heure actuelle, il est évident que sa situation financière ne permet pas au Portugal dé construire ou d'entretenir une coûteuse marine.

Aujourd'hui, la flotte lusitanienne ne comprend que six croiseurs, quel, ques canonnières et torpilleurs, sans parler d'un certain nombre de vieilles corvettes et de canonnières en bois. En tout, 49 navires de toute dimension, avec un total de 250 pièces et un tonnage do 32.740 tonnes. C'est assez pour faire une révolution, mais c'est troj) peu pour défendre, en dehors d'une ligne de côtes assez étendues, des possessions coloniales aussi distantes les unes des autres. Il esl naturel, dans de semblables conditions, qu'un ancien ministre de la Marine, le vice-amiral F. Joaquin Ferreira do Amaral, dans son livre A défera nacional, ait inscrit en première page comme une condition indispensable de la sécurité des colonies l'alliance britannique.

L'armée métropolitaine est forte de 30.000 hommes; la marine, de 5.7U0 hommes, et l'armée coloniale de 13.000 hommes environ (dont moins de 4.000 Européens).

Plutôt que de se voir exposés à faire les frais d'une nouvelle entente entre Timpérialisme anglo-saxon et l'impérialisme teuton, ils préfèrent accepter la suzeraineté tutélaire et éclairée de la seule Angleterre. Ceci explique, entre autres choses, certaines clauses du récent traité lusitano-transvaalien, dans lesquelles l'opposition au Portugal a voulu voir, de la part du gouvernement, une abdication de ses droits de souveraineté dans la baie de Delagoa. C'est oublier, en vérité, que le port et le chemin de fer de Lourenço dépendent, économiquement et géographiquement, du Transvaal, et qu'au cas de mauvaise grâce de la part de Lisbonne à accepter les propositions qui lui sont faites, on saurait bien trouver à Londres le prétexte de quelque incident pour les lui confisquer ou au moins pour lui imposer sa volonté ! Le Mozambique dépend de l'Afrique Britannique du Sud, de même que les possessions portugaises d'Extrême-Orient, Goa, Daman, Macao, ne subsistent que grâce au voisinage des colonies britanniques. L'alliance de l'Angleterre apparaît donc aussi nécessaire au Portugal dans la métropole que dans ses colonies : là comme ici, son aide politique est aussi nécessaire pour assurer l'intégrité du territoire lusitanien, que son concours financier pour sauver le pays de la ruine qui le menace.

Mais il peut arriver un moment où l'alliance anglaise ne serait plus à elle seule sufTisante. Il faut compter, en effet, avec les appétits et la force grandissante de l'Allemagne. On ne saurait, sans doute, souscrire sans réserve à l'affirmation qu'émettait, il y a dix ans, le professeur Singelmann, selon lequel « la perte des colonies pour le Portugal était tôt ou tard inévitable... ' » Cependant l'heure est trop grave, le danger trop réel, pour qu'il soit po.ssible d'être très optimiste.

1. Dans la Deutsche Kolonial Zeitung. 1900, n» 12 (cité par H. Haiiser, loc. et/.).

l'avenir des (:()LO^'lES portugaises 277

Le sort de ces colonies dépend donc, en premier lieu, de la sagesse et de l'habileté du gouvernement de Lisbonne. Sans doute, il lui importe de ne pas négliger Talliance anglaise, quelques sacrifices qu'elle exige de son amour-propre. Mais il doit aussi travailler de lui-même à la réorganisation et au développement de ses colonies.

Il n'est pas exagéré de dire que celles-ci constituent pour l'Etat lusitanien — petite nation, grand empire — « la seule garantie de son importance nationale... »

Malgré les erreurs et les fautes de leur administration, ces colonies continuent d'ailleurs, à se développer, ainsi que le montrent les statistiques : la réexportation des produits coloniaux de Lisbonne vers l'étranger a passé de 4.200 contos en 1892 à 9.064 contos en 1900 et à 10.791 en 1908. Les chiffres concernant le cacao sont particulièrement remarquables : la réexportation de ce produit, qui n'atteignait pas 625 contos de reis en 1890, dépasse 3.800 contos en 1900 et 7.070 en 1908. Après lui, vient le coton, dont l'exportation a atteint 867 contos en 1908, puis le café, dont il a été réexporté en 1908 5.542 tonnes, pour une valeur de 659 contos : soit, le double de 1907 (2.640 tonnes pour 330 contos). La cire, les semences oléagineuses, les substances médicinales figurent également, pour un chiffre important, dans le commerce avec la métropole. Enfin, l'importation du sucre colonial destiné à la consommation, en dépit d'une législation peu favorable, a passé de 28.735 tonnes en 1900 à 33.158 tonnes en 1908.

Les chemins de fer coloniaux — en exploitation ou en construction — atteignent un certain développement, ainsi qu'en témoigne le tableau suivant :

Kilomètres.

^ Loanda et Ambaca (construit). . . . 364

Afrique ) Ambaca et Malange (en construction). 140

occidentale, i Benguella (320 km. en exploitation) . 1.400

\ Mossamedes (125 km. construits). . . 230

Kilomètres.

... ;' Lourenço-Marquès 89

^^^•^?^^ Swazilandia 75

Inde. ... I Mormugâo 82*

Nous avons souligné aussi le rôle important que jouent les colonies dans le commerce du Portuo-al. En totalisant les importations des colonies et du Brésil, on arrive à un chiffre de plus de 75 millions de francs : c'est le chiffre le plus fort après celui de l'Angleterre, qui est de 100 millions de francs (dont 20 millions de charbon). Pour les exportations, le groupe colonial arrive au premier rang, avec 60 millions de francs, tandis que l'Angleterre ne vient qu'en seconde ligne avec 59 millions de francs.

Mieux administrées, à la condition de jouir d'une plus large autonomie et d'un régime douanier moins proliibitif, et grâce à un partage judicieux des dépenses entre le budget de la métropole et le leur, ces colonies, au lieu de constituer un poids très lourd pour le Portugal, pourraient donc être pour lui un moyen d'augmenter ses ressources et de mettre de l'ordre dans ses finances.

ni

Ces trois questions — question d'autonomie, question douanière et question financière — ont fait déjà au Portugal l'objet de bien des discussions, mais le cadre de ce livre ne nous permet que d'en donner un aperçu.

C'est ainsi que Paiva Manso, dans un mémoire relatif à Lourenço-Marquez, séparait très nettement les finances do la

1. Sont en construction pour le compte de l'Etal les tronçons de Motele à Malange et de Mossamédôs à rintoricur et de Swazilandia : par une compagnie concessionnairo, celui de Benguelia.

Le rendement kilométrique de la ligne de Lourenço-Marquez a atteint 14 contos en 1906, ave<: un coefficient d'exploitation de O.bH.

colonie de celles de la métropole et distinguait, suivant le système français, les dépenses coloniales en dépenses de souveraineté et de protectorat (gouvernement, administration générale, justice, travaux et service des ports, etc.) et les dépenses coloniales proprement dites, ce que les Anglais appellent local service. Se référant au budget de 1870, où les dépenses coloniales avaient atteint 1.421 contos et les recettes 1.464, il déclarait que 434 contos devaient être payés par la métropole, 987 contos restant à la charge des colonies.

Un rapport d'un des derniers ministres des Finances de la monarchie, en faisant allusion à Taugmentation de la dette flottante (30 juin 1905, 6o.762 contos ; 1906 et 1907, 73.346 ; 1908, 79.843 ; 30 juin 1909, 80.000 contos) l'attribuait, pour la majeure partie, aux dépenses coloniales payées par la métropole. Pourtant, bien que la conclusion d'un em[)runt colonial pour se procurer les ressources nécessaires lui apparût comme « parfaitement justifié » et comme très possible, il ne lui semblait pas opportun de poser, en ce moment., le principe de la création d'une dette coloniale.

Le régime douanier actuel, qui date de 1892 et qui établit un régime différentiel de 90 p. 100 en faveur de l'industrie métropolitaine, a été également l'objet de vives attaques, qui se sont notamment manifestées à la suite de Tenquète prescrite dans les colonies par M. Moreira Junior en 1904. On reproche surtout au tarif de 1892 de porter préjudice à la consommation locale, d'être injustement et excessivement protecteur, de nuire au commerce colonial et d'être insuffisamment productif pour le Trésor.

M. Fernando Emydio da Silva ' déclare même que les impôts ne sont « que le produit arbitraire de l'imagination

i. 0 Regimen Tribu tario das Colonias Porluguêzas (Lisbonne), i'J06, p. 202 et suiv.

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d'un ministre ou des nécessités urgentes du Trésor ». Parmi les réformes les plus nécessaires, cet auteur préconise : la combinaison du système de l'autonomie financière avec celui de l'assimilation politique générale, la séparation du ministère de la Marine de celui des Colonies, la réforme de la comptabilité et du système tributaire.

Sous l'ancien régime, divers projets avaient été préparés en vue d'accorder satisfaction sur certains points au désir d'autonomie des colonies. Nous citerons, parmi ceux-ci, celui qui fixait à 3 p. 100 de leur valeur marchande courante les droits d'entrée au Portugal des cafés provenant des colonies portugaises, et celui instituant un conseil d'administration des chemins de fer coloniaux, qui s'occuperait directement et de façon permanente de tout ce qui a rapport aux études préliminaires, à la construction et à l'exploitation de tous ces chemins de fer.

Mais ces différents projets ne purent être réalisés. « Sous le régime monarchique — lisons-nous dans un récent article du Diario deNoticias * — sauf de rares et courtes exceptions, l'administration coloniale fut exercée de manière à restreindre au strict minimum l'intervention d'éléments non officiels dans la direction des afîaires publiques. Les gouverneurs des colonies et le personnel subalterne de confiance, par une inclination naturelle de leur esprit, s'eftorçaient presque toujours de faire prévaloir leur opinion, leurs idées et de les faire accepter sans trop de discussion par leurs administrés... Pratiquement, on ne pouvait mettre en jeu aucvnie responsabilité, car les autorités supérieures étaient toujours prêtes à couvrir leurs subordonnés : le résultat était que les abus succédaient aux abus, les illégalités aux illégalités sans qu'on pût y porter remède... »

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