‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 116 sur 194 · A. Kibeiro, loco citato · texte numérisé non relu

A. Kibeiro, loco citato

28i LE PORTUGAL INSULAIRE ET COLONIAL

C'est par une large enquête de cette sorte auprès des intéressés et des personnalités compétentes que doit procéder, avant toute réforme, le gouvernement républicain, s'il veut faire œuvre utile et durable. Les méthodes théoriques et philosophiques seraient plus désastreuses encore là-bas que dans la métropole.

D'aufres questions s'imposent à son attention : Taugmentation de la force armée dans les colonies qui, h l'heure actuelle — nous l'avons vu — est si insuffisante ; le développement de l'enseignement, principalement de l'enseignement professionnel et agricole, en l'adaptant mieux aux besoins des diverses colonies, etc.

Mais s'il est un problème dont la solution semble particulièrement urgente, c'est celui du régime douanier des colonies. Il y a plus d'un siècle, un diplomate, le comte Gorani, écrivait (1792) : « Si le gouvernement du Portugal établissait dans toutes ses possessions la liberté du commerce et de l'industrie, le royaume pourrait se relever de son état de faiblesse... >>

Sans doute, il ne peut plus être question aujourd'hui de liberté écononique absoUic. Le Portugal ne saurait évidemment songer à ouvrir toutes grandes ses colonies au commerce des autres nations : son industrie ne serait pas à même de lutter contre des rivales aussi formidables. Mais, d'autre part, il ne peut se cantonner plus longtemps dans un protectionnisme excessif et oulrancier. Son système colonial rappelle trop celui auquel les Espagnols demeurèrent, pour leur malheur, fidèles jusqu'à la dernière guerre de Cuba. Il conviendrait donc, je le répète, que l'on procédât à Lisbonne à une réforme douanière, en vue de .suhsiiluer au prolection-

L AVENIR DES COLONIES PORTUGAISES 28j

nisme « en bloc* » de 1852 un régime moins absolu, où l'on ne consei'verait de protection que pour les produits qui peuvent en retirer un réel avantage.

Une autre question, qui intéresse au plus haut point l'avenir des colonies portugaises, est celle de leur régime banquaire.

Nous avons déjà parlé, à diverses reprises, du Banco Nacional Ullramarino. 11 est intéressant de rappeler ses origines.

Créé en vertu d'une loi du 16 mai 1864 au capital de 4.000 contos, avec son siège à Lisbonne, il avait pour objet de procéder à toutes les opérations propres aux banques de circulation, ainsi qu'à celles de crédit mobilier, foncier et agricole dans les provincias iiliraïnarinas. La Banque était autorisée à commencer ses opérations, dès qu'elle aurait réuni un capital effectif de 800 contos : elle devait alors installer, le plus rapidement possible, une succursale à Loanda, des agences au Gap- Vert, à Benguella, à Mossamédès et en d'autres localités : l'État lui garantissait à cet effet une subvention annuelle de 30.000.000 reis; de plus, il lui assurait pendant quinze ans le privilège de fonder et d'administrer des institutions banquaires dans toutes les colonies, sauf à Macao, avec la faculté d'émettre des billets, sans pouvoir cependant percevoir un taux supérieur à 8 p. 100 dans ses opérations de crédit foncier, ni excédant 12 p. 100 pour toutes ses autres opérations.

Mais la Banque rencontra de telles difficultés à réali-ser les 800 premiers contos de son capital, qu'elle dut se faire autoriser parle gouvernement, dès le mois de novembre 1864, à commencer ses opérations avec un capital de 500 contos seu-

lement. Même pour réunir cette somme, la Banque eut tant de peine qu'elle ne fonctionna qu'à partir du 13 septembre de Tannée suivante.

La succursale de Loanda fut installée vers la fin d'août 1865 ; puis ce fut le tour de l'agence du Cap-Vert, et au commencement de 1868, de celle de Sâo-Thomé. La suppression de la subvention de l'État, en avril 1869, retarda la création des autres agences : celle de Mozambique ne fut ouverte qu'en 1877. En janvier 1876, les privilèges de la Banque avaient été prorogés de dix nouvelles années, en ce qui concerne la création d'établissements banquaires, et de vingt ans, pour rémission de billets.

Sauf au Mozambique et dans l'Inde portugaise — où ils prirent fin, en septembre 1891 et en juillet 1893 — les privilèges du Banco Nacional Ullramarino furent successivement prorogés, jusqu'à la réforme législative de 1901. Entre temps, on avait abaissé à 7 p. lÛÙ le taux maximum des opérations de crédit agricole et à 9 p. 100 celui des opérations du crédit commercial.

En 1901, on reconnut aux négociants portugais et étrangers la liberté de procéder à des opérations de banque dans les colonies, en réservant seulement l'émission de billets et d'obligations foncières ; mais l'on établit que dans les provinces du Cap-Vert, de Guinée, de Sào-Thoméet Principe et d'Angola, il ne pourrait fonctionner que des établissements de banque portugais, et Ton exigea que la majoi'ilé des membres des conseils d'administration des établissements banquaires portugais, établis dans les colonies, fussent de nationalité portugaise.

Enfin, le l" juillet de la mémo année, on procéda à un concours enlre banques portugaises ayant leur siège à Lisbonne pour l'adjudication du privilège d'émission des billets et des obligations foncières. Bien que la Banque de Porlii-

gai, le Banco de Lisboa e Açores et quelques autres établissements de Lisbonne et de Porto y fussent également conviés, le Banco Nacional Ultramarino fut le seul à se présenter. Aussi le gouvernement lui accorda-t-il, par contrat en date du 30 novembre, un nouveau privilège de dix ans, en retour de diverses charges, parmi lesquelles l'obligation de ne pouvoir prélever sur les prêts accordés aux particuliers do taux supérieur de plus de 2 j). 400 au taux ofTiciel de la Banque du Portugal. Le Banco Nacional Ultramarino devrait assurer, en outre, gratuitement les fonctions de trésorier de l'Etat dans les localités où il devait établir des agences \

C'est le 30 novembre 1911 qu'expire ce contrat. Peut-être sera-t-il prorogé — et même plusieurs fois ; pourtant, il n'est pas sans inconvénient de maintenir, pendant de nombreuses années, un simple régime provisoire.

La question se pose donc, dès aujourd'hui, à Lisboinie de savoir s'il convient de laisser à la Banque adjudicataire le privilège d'émission de billets, et si ceux-ci doivent être localisés dans chaque colonie pour laquelle ils ont été émis ; ou s'il est préférable que la circulation fiduciaire de la métropole, convenablement renforcée, s'étende à tout son Empire colo-

1. En 1909, pour un capital de 3.400 contos, les fonds disponibles ne dépassaient pas 1.045 contos, et le portefeuille d'effets de commerce et de traites ensemble 425 contos. Une grande partie du capital est immobilisée par 3.700 contos d'actions des compagnies agricoles de Cazengo et de l'île de Principe, et l'amortissement pour non-valeur que l'on est obligé d'appliquer à chaque exercice, surtout aux premières, absorbe une grande partie des bénétices de la banque.

Le compte rendu de 1910 constate que les opérations d'escompte se sont élevées au chiffre de 5.976 contos, en augmentation de 2.875 contos sur celui de 190'j. Le compte de profils et pertes se solde par 610 contos environ, dont 331 seront employés au payement d'un dividende de 6 1/2 p. 100.

Contrairement à ce qui s'est passé à la Banque de Portugal, le mouvement dalTaires plus élevé n'a pas eu pour base l'augmentation extraordinaire de la circulation des billets: celte circulation s'est élevée en 1910 à 3.966 contos ; elle était déjà de 3.579 contos en 1908.

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niai — ce qui, d'ailleurs, en raison du chancre, apparaît comme bien difficile. On peut se demander aussi, étant donné que la simple faculté d'émettre des billets convertibles en or ne suffit pas à subvenir aux besoins économiques de quelques colonies, s'il ne faudrait pas reconnaître valeur libératoire dans quelques-unes d'entre elles, notamment en Guinée, au Mozambique, dans rinde, à Macao et à Timor, aux billets des banques étrangères ; s'il ne conviendrait pas non plus d'annuler les restrictions apportées actuellement à l'exercice de l'industrie banquaire, spécialement en Guinée ou à Angola, qui souffrent, comme nous l'avons vu, de l'indigence de capitaux, alors que la métropole n'est guère en mesure de leur en fournir.

Il paraît urgent, enfin, d'organiser dans toutes les colonies portugaises d'Afrique et à Timor, le crédit rural : la loi de 1901 — nous l'avons dit — s'est abstenue de comprendre ses opérations dans le privilège accordé au Banco Nacional Ultramarino : mais le pa^'^s attend toujours le contrat spécial que l'on avait réservé à ce sujet. Un des vœux du Congrès National, réuni en mai 1910 à Lisbonne, concerne justement l'organisation du crédit dans les colonies, et il n'est pas exagéré de dire que leur développement dépend en partie de cette question, mais elle est trop grave et trop délicate pour pouvoir être tranchée d'un trait de plume.

Il conviendrait aussi qu'on développât les communications postales entre Lisbonne et les colonies. Le Empreza Nacional de Navegaçào, qui jouit, ù cet égard — comme nous l'avons vu — d'un véritable privilège, possède huit vapeurs à destination d'Angola, deux pour le Cap- Vert et la Guinée. La ligne d'Angola touche deux fois par mois à SAo-Vicente, SAo-

Thiago, Séio-Thomé, Landana, Cabinda, Zaïre, Ambriz, Loanda, Novo-Redondo, Benguella, Lobito, Mossamédès, Porto-Alexandre et Bahia dos Tigres, une fois par mois à Madère, Principe, Santo-Antonio et Arnbrizete.

Le Mozambique est également, depuis 1903, desservi par les vapeurs de la Empreza, qui font escale, une fois par mois, à Sâo-Thomé, Loanda, Lourenço Marques, Beira et Mozambique. Partout ailleurs, le Portugal doit faire appel à des lignes étrangères. C'est ainsi que l'Etat de l'Inde et Macao sont desservis par les Messageries Maritimes et la Péninsular and Oriental Company. Des vapeurs hollandais circulent entre Macassar et Dilli.

Sans revenir sur la question de la marine marchande au Portugal \ remarquons simplement que le monopole de la Empreza Nacional est très attaqué aujourd'hui : Angola, par exemple, qui paie cependant à cette entreprise un subside annuel de 10 contos pour le cabotage de la côte, n'a guère à s'en louer : nombre de marchandises étrangères à destination de cette colonie vont s'embarquer à Lisbonne pour profiter de la détaxe de 20 p. 100, et c'est autant de perdu pour la douane d'Angola, en même temps que les tarifs de cette entreprise sont un obstacle au développement économique de la colonie ■.

Le Mozambique paie à la Empreza 36 contos par an : ce qui n'empêche que les prix de transport de cette compagnie privilégiée sont supérieurs à ceux des anciennes entreprises de navigation. « Les prix de passage à destination du Portugal — écrit un gouverneur de Mozambique — sur les paquebots portugais sont de 25 p. 100 plus chers que sur les navires étrangers. Et comme les passages des fonctionnaires

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