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« L'opinion publique de chaque colonie parvenait difTicilement jusqu'à la métropole, ou, du moins, elle n'arrivait pas à forcer la porte des ministères... Ainsi s'entretenait l'illusion qu'il n'y avait pas d'opinion publique dans les colonies. L'autorité locale absorbait tout, empêchait la constitution ou entravait le fonctionnement des corps administratifs élus — complètement ou en partie — et provoquait souvent inconsciemment le découragement des meilleurs éléments de la population, et laissait facilement s'accréditer cette idée que la ville ou la cité, le district ou la province n'avait pas atteint le développement voulu pour permettre au commerce, à l'agriculture, au travail de participer à l'administration publique. La presse n'arriva jamais non plus, pour les mêmes raisons, à se constituer, ni à exercer d'action efficace dans la plus grande partie des colonies... Une série de décrets, édictés surtout à partir de 1896, avaient en vue justement de « muscler » les journaux des colonies... »
Nous empruntons ces renseignements à un écrivain, M. Augusto Ribeiro, qui jouit dans son pays d'une grande compétence en matière coloniale. Souhaitons avec lui que le nouveau régime porte remède à cette situation et permette aux colonies de manifester leur « desiderata » plus librement qu'elles n'ont pu le faire jusqu'à ce jour.
Sans doute, le gouvernementjjrovisoire a été trop absorbé jusqu'ici par les afTaires intérieures, pour qu'il lui ait été possible de s'occuper sérieusement des colonies'. ISIais il faut lui faii'e crédit; et déjà, s'il faut en croire M. A. Ribeiro, on assisterait au Portugal à un véritable réveil de l'attention publique en faveur des colonies.
1. Les mesures prises jusquici se résument à fort peu de chose. Mais on ne saurait en vouloir au nouveau régime de procéder en ce domaine avec prudence et lenteur (Voir comte de Penha Garcia, Die Geseizgebung wâhrend der erslen fi'mf Mouate des neuen Régiments, dans la Koloniale Rundschau du 6 juin 1911).
282 LE PO'iiTLGAL INSULAIRE ET COLONIAL
C'est ainsi qu'à côté de la Société de Géographie de Lisbonne — qui a, de tout temps, joué un rôle considérable dans l'expansion extérieure du Portugal, — le Directoire du parti républicain a constitué dans son sein une Commission d'Etudes coloniales, qui s'est occupée déjà principalement de la réorganisation des services coloniaux dans la métropole. D'autres sociétés, telles que ÏUniào Colonial, la Sociedade antiesclavagista Portuguêsa, la Liga co /on îa/ s'etîorcent, en même temps, de donner une solution convenable aux problèmes si complexes que soulèvent l'administration et l'existence des possessions d'outremer.
D'ores et déjà, la création d'un ministère spécial des colonies — distinct de celui de la marine — est décidée : on parle aussi de léunir un nouveau congrès colonial et même une conférence intercoloniale, à laquelle seraient invités les représentants des différentes colonies portugaises; la question de l'industrie de l'alcool — particulièrement à Angola, — celle aussi de l'engagement de travailleurs indigènes en Afrique sont parmi celles qui ont le plus occupé l'attention des spécialistes, ces derniers mois, à Lisbonne.
Dans les colonies, il semble que l'on soit aussi à la veille d'une révolution morale. Angola réclame une assemblée élective, chargée d'intervenir dans la confection des lois, de voter les budgets et les impôts. D'autres colonies demandent Télection de corps particuliers, chargés de les administrer. Le mouvement de pi'otestation contre la politique « centralisatrice » de la monarchie a pris un peu partout un caractère aigu, qui pourrait même, s'il s'accentuait, devenir une cause d'inquiétude pour la métropole.
Comme l'écrit encore M. Augusto Ribeiro, « ce serait une erreur de croire que l'expulsion ou la substitution des pères congréganisles, que la i-cgularisation des services de missions, conformément aiL\ actes de Berhn et de Bru.xelles, et aux
l'avenir des colonies portugaises 283
traités de limitation de l'Afrique Orientale avec l'Angleterre, suffisent à retenir longtemps l'attention des populations intéressés... Il est urgent de leur donner dans leur propre administration la part qu'on ne peut raisonnablement leur refuser... »
Sans doute, cette question de la réorganisation administrative des colonies est trop complexe pour pouvoir être résolue d'un trait de plume. Si l'on se montre d'accord pour condamner le rattachement des colonies au ministère de la Marine, pour réclamer la revision de la charte organique des institutions administratives dans les provinces d'ultramar (décret du 1^'" décembre 1869) et celle du code administratif de 1842, qui est encore applicable, en général, aux colonies* — les avis sont partagés, au contraire, sur le point de savoir en quelles limites il convient de procéder à la décentralisation administrative. Il ne saurait évidemment s'agir d'accorder à toutes les colonies, sans distinction, une autonomie complète : leur état de développement, d'ordinaire assez peu avancé, ne le permet pas. La réorganisation même de la province du Mozambique, en 1907, n'a pas eu que des avantages. Mais on peut du moins s'efîorcer, dès à présent, de constituer loyalement et de faire fonctionner les organes électifs, reconnus déjà par des lois antérieures. « Que Ion ci'ée une juiita gérai au (3ap Vert, que Ton convoque celle d'Angola; que l'on provoque leurs avis, ceux aussi de la junta gérai de Tlnde et du conseil de gouvernement de Mozambique ; que l'on consulte les conseils municipaux élus de San-Thomé et de Macao, en amplifiant dès aujourd'hui leurs attributions, si c'est nécessaire... » ^
1. Voir sur ces différents points les rapports de M. J.-P. de Sampaio Forjas de Serpa Pimentel au Congrès national de Lisbonne (avril 1910).