Voir le Temps du 12 novembre
3. Voir noiaminent les interviews de MM. Alpoim cl Bernardino Machado dans le Temps des 28 et 30 novembre l'JOT.
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que d'admettre un gouvernement absolutiste. Son exemple fut suivi par un autre sénateur, M. Braancamp Freire, ainsi que par diverses personnalités politiques de province.
Le gouvernement se crut obligé de redoubler de sévérité à l'égard de la presse. heDiario do Gocerno du 23 novembre publia deux décrets, dont Tun prorogeait la durée de validité du fameux décret du 20 juin, et dont l'autre étendait à tous les délits politiques et de presse la procédure sommaire prévue pour les crimes anarchistes et déférait ces délits à une juridiction exceptionnelle, le tribunal d'instruction criminelle, constitué par un juge président et deux assesseurs. Dix journaux de Lisbonne furent suspendus, parmi lesquels 0 Dia, organe des progressistes dissidents, la Correio da Noite, organe des progressistes, le Po/nilar, organe des régénérateurs, et 0 Murido, journal républicain. Six autres furent déférés aux tribunaux. En un seul jour, le préfet de Vizeu suspendit toute la presse de son département. Les deux journaux « franquistes », le Jornal da Noite et le Diario Ilustrado, furent à peu près les seuls à échapper aux pénalités.
En décembre, la situation devint telle, que le « dictateur », contrairement à ce qu'il avait annoncé au correspondant du Temps, et, sur l'intervention, prélend-on, du gouvernement britannique, se résolut à fixer les élections au o avril 1908.
Il est vrai qu'en même temps, deux décrets, datés du 23 décembre, affirmaient son intention bien arrêtée d'assurer sa majorité dans les deux Chambres. Un de ces décrets réformait la Chambre des Pairs : l'ancien système de 1820 était rétabli ; le nombi'e des ptùrs héréditaires, nommés par la cou-
30 LE PORTUGAL POLITIQUE. LE CttUTE DE LA MONARCHIE
renne, jusqu'alors fixe, devenait illimité. En vertu du second décret, les conseils généraux, les conseils municipaux et les conseils de paroisse étaient dissous et remplacés par des commissions administratives nommées par le gouvernement. M. Franco montrait ainsi que sa confiance dans l'appui de la nation était moins grande qu'il voulait bien le dire.
Le bruit courut aussi qu'un accord était intervenu entre le ministère et les catholiques nationalistes^ nouveau parti composé d'éléments régénérateurs et progressistes, qui, par ses tendances et son influence, rappelait assez le Centre allemand. Ce parti s'était, dit-on, engagé à mettre au service du gouvernement ses puissants moyens d'action.
Dès ce moment, la tempête gronde autour du pouvoir. Les journaux sont muselés et les réunions interdites. Mais c'est dans l'ombre que s'organise la vaste conspiration, d'où l'on attend la chute du « dictateur ». Celui-ci ne paraît s'apercevoir du danger qu'une dizaine de jours avant le drame sanglant du 1" février.
Dans la nuit du 21 janvier, la police arrête deux républicains : le journaliste Joâo Chagas et M. França Borges, directeur du Mundo. Le 22, est emprisonné un autre chef du parti républicain, le docteur José d'Almeida.
M. Franco apprend, par hasard, qu'un sérieux mécontentement existe dans certains régiments et qu'un complot se prépare en vue de se débarrasser de lui, de proclamer la République, et d'embarquer le souverain et la famille royale à destination de l'étranger.
La police fait des perquisitions domiciliaires. Elle trouve des armes. Le 28, on a le pressentiment que quelque chose d'anormal va se passer. La nuit venue, le député Alfonso Costa, républicain, et le vicomte de Ribeira Brava, monarchiste libéral, sont arrêtés. Dans la rue, la garde civile se heurte à des groupes hostiles. Des coups de revolver sont
LA biCTATURE DE JOÀO FRANCO 31
échangés. Des centaines de prisonniers sont conduits au fort de Caxias. Le lendemain, M. Franco signe de nouveaux mandats d'arrêt : l'un d'eux vise M. Alpoim, qui réussit à gagner l'Espagne. Le bruit court que les personnes arrêtées seront fusillées sommairement.
Le 30, cinq journaux sont suspendus. Le 31, paraît un décret sensationnel, qui donne le droit au gouvernement, sur une simple mise en accusation faite par trois juges désignés à cet elfet, de déporter aux colonies tous ses adversaires, même les députés et les pairs, sans jugement, de son seul bon plaisir.
Cet « oukase » comme on l'appela, souleva l'indignation générale. Il explique — sans le justifier — l'horrible guetapens où tombèrent dom Carlos et le prince héritier. Il s'en faut, cependant, que la pleine lumière soit faite sur ces dramatiques événements.
« Le lendemain et le surlendemain, la ville de Lisbonne ne donna pas le moindre signe de deuil... Tandis qu'un journal républicain, si je ne me trompe, Lucta, s'était borné à enregistrer le crime, sous forme d'un fait divers en quelques lignes, les autres journaux, les plus pondérés, ne faisaient aucune dépense de sensibihté à l'égard des illustres disparus et de la famille royale en pleurs. Une seule feuille parut encadrée de noir, et ce fut le Diario, le journal de Franco. Les sentiments des habitants étaient à l'unisson de ceux des journaux. Le lundi, pas une boutique fermée, pas un magasin affichant le deuil. A peine trois ou quatre balcons drapés de noir, et c'étaient des fournisseurs de la cour *. »
Cette indifîérence s'explique par l'impopularité trop réelle de l'infortuné monarque. Pourtant, le peuple de Lisbonne, quoique de connivence tacite avec les révolutionnaires, n'était
1. Jean Finot, La journée portugaise, dans la Revue du 1°' mars J908.
pas dans le secret : tout au plus croyait-il la vie du « dictateur » seule menacée. Il n'attribua le régicide à aucun parti, mais il considéra l'assassinat « comme l'œuvre de quelques hommes isolés, de quelques tètes brûlées, exaspérées par le mécontentement qui grondait dans la capitale et les alentours * » .
Le défilé de 8.ÛU0 personnes, le 16 février, devant les tombes des deux régicides couvertes de fleurs, la souscription en faveur des deux fils de Buiça qui atteignit 30.000 francs, doivent être regardés — selon le correspondant du Time!< — bien moins comme un acquiescement tacite à cet horrible crime que comme des manifestations indirectes contre la police. Ce qui paraît hors de doute, c'est que le samedi au soir, Lisbonne était à la merci d'un pronuiLciamiento républicain. Mais nombre de conspirateurs étaient déjà en prison, et la garnison resta fidèle à la monarchie. « ...L'armée l'évolutionnaire, privée d'une partie de ses chefs, douta de sa puissance; le Directoire répubUcain, qui, peu de jours auparavant, avait pubUquement dégagé sa responsabilité de tout attentat personnel, jugea plus pohtique de ne pas fonder la Répubhque portugaise sur l'assassinat'... »
1. Jean Finot, /oco cifato.On pourra lire aussi les curieuses déclaralions faites à M. Gallier, par une « personnalité portugaise » mêlée à ces tragiques événements (le Temps du 10 avril).
:i. Paul Pompéi, dans la Revue hebdomadaire. '6 décembre 1910.