‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 27 sur 194 · Voir infra, p. 2ol · texte numérisé non relu

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accorder en mariage à Dom Manoel une princesse de saii^ britannique.

La vérité est donc, comme l'écrivait le Daily News, que « l'amitié historique des deux peuples ne dépend pas d'un système de gouvernement. » L'abri que l'Angleterre a offert sur son sol au monarque exilé est bien conforme aux traditions britanniques, mais ne signifie nullement — bien au contraire — qu'elle se prêtera à une restauration. L'Angleterre n'interviendrait au Portugal que si des circonstances impérieuses l'exigeaient. Pour l'instant, elle ne peut que voir d'un œil favorable les efforts faits par ce petit pays pour se régénérer.

Au contraire, il semble que les événements d'octobre 1910, n'aient eu d'autre effet de l'autre côté du Rhin que d'y surexciter les appétits et les convoitises toujours en éveil. Il suffit, pour s'en rendre compte, de citer quelques articles de la presse germanique écrits au lendemain de la révolution de Lisbonne. C'est ainsi que la Post, organe conservateur influent, écrivait : « Pour l'Allemagne et d'autres pays coloniaux , les colonies portugaises doivent de nouveau attirer rattention. Comment peut-on laisser à un peuple incapable de se gouverner, où la sauvagerie triomphe en ce moment, le soin de coloniser des territoires immenses? Le Portugal n'a pas de droit moral sur ces pays, il a perdu ses droits historiques. Ce serait une bénédiction pour les régions africaines où flottent encore les couleurs portugaises si elles entraient dans la possession d'un autre gouvernement ».

Les organes pangermanistes se montraient encore plus explicites et plus dénués de scrupules, si c'est possible :

M. Samassa, par exemple, déclarait dans la Tàgliche Rundschau, que le Portugal « devenu une nation de mulâtres » ne peut ni ne doit conserver ses colonies. Et après avoir rappelé la convention conclue entre l'Allemagne et l'Angleterre en vue d'un partage éventuel, il ajoutait :

« Si l'Angleterre désire réellement une bonne entente avec l'Allemagne, elle peut nous le prouver en traduisant en pratique le traité de 1898, qui existe toujours. Elle nous payerait ainsi une vieille dette, et la civilisation ne perdrait rien, si les colonies d'un État en décomposition passaient aux mains de l'Angleterre et de l'Allemagne...

n Quant à notre gouvernement, il trouverait là matière à un succès, qui réconcilierait le peuple avec la politique et nous ferait oublier dans une certaine mesure les questions de parti. »

Les Dresdner Nackrichten^ la Gazette de Magdebourg s'exprimaient en termes analogues. Quant au gouvernement de Berlin, on comprend qu'il se soit montré plus circonspect. Mais s'il se défendait de rien faire pour l'instant, il est cependant des circonstances où il estimait qu'il pourrait intervenir — au cas, par exemple, où le Portugal serait amené de lui-même à renoncer à son domaine colonial. C'est ce que nous explique, en termes à peine déguisés, une note ofïicielle publiée par la Neue preussische Correspondenz. Je la transcris intégralement :

« Au cas où le Portugal se résoudrait à aliéner une partie de ses colonies, notamment les africaines, il existe une entente conclue entre l'Allemagne et l'Angleterre il y a environ dix ans, qui règle l'accord entre ces puissances au sujet des pays qui pourraient être acquis du royaume portugais. Et par le fait, en Portugal, un plan a été examiné, tendant à la vente dune partie des possessions coloniales, afin d'éteindre la dette de l'Etat avec le produit de cette vente ^...

« Personne ne vise les colonies portugaises, à vwins que le Portugal ne veuille de son propre mouvement aliéner une partie de ses possessions. »

L'état des finances publiques constitue donc lo gros point

noir de l'horizon portugais. Il convient que nous y insistions : ce sera l'objet d'un prochain chapitre. Nous verrons ensuite que, sous un gouvernement sage et avec une meilleure administration, ce pays pourrait trouver son salut dans les puissants éléments de vitalité que lui offre son territoire et dans les ressources considérables de ses colonies. « P'aites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances » : le mot est particuHèrement suggestif et vrai, si l'on songe au Poi'tugal actuel. Il n'est pas exagéré de prétendre que ce pays tient ainsi entre ses mains ses propres destinées.

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