‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 70 sur 194 · LE COMMERCE AVEC L ÉTRANGER · texte numérisé non relu

LE COMMERCE AVEC L ÉTRANGER

favorisée et comportant de notre part Toclroi du tarif minimum aux produits portugais, de la part du Portugal l'application à nos produits des tarifs actuels les plus réduits résultant des traités conclus par ce pays avec la Russie, la Norvège, les Pays-Bas, etc., et la mise en application immédiate de certaines réductions de droits prévues au tableau B du traité germano-portugais.

C'est, en effet, sur cette base qu'a été signé le ?nodus vivendi du 17 février 1911, qui met décidément fin à l'état de guerre douanière existant entre les deux pays depuis 1892. Les réductions particulières que nous accorde le Portugal visent principalement : les pommes de terre, l'acier forgé, les automobiles, etc.

Cet arrangement constitue un important succès pour le nouveau gouvernement portugais, dont il n'a pas manqué de tirer profit vis-à-vis de l'opinion : jusqu'ici, en effet, en dépit des excellentes relations qui n'avaient cessé d'exister de tout temps entre les dirigeants des deux pays, aucune convention n'avait pu être signée depuis vingt ans ! Ceci justifie l'accueil qui a été fait au Portugal à la nouvelle convention : ce pays y trouve la faculté de concourir désormais avec les autres nations agricoles sur le marché français pour le placement de tous ses produits, qui étaient jusqu'à ce jour à peu près pi-ohibés en France. C'est ainsi que le dégrèvement que le modus vivendi assure aux vins est de 23 centimes par litre, soit souvent plus que la valeur du produit ; pour les sardines, le thon et autres conserves de poisson, la diminution est de 2o francs par 100 kilos; pour les bouchons de liège, entre 23 et 30 francs par 100 kilos; les fruits frais, enfin, bénéficient d'une réduction de 60 p. 100.

Ce modiis vivendi — il faut le reconnaître — n'a pas été accueilli avec un enthousiasme unanime dans notre pays. On a, d'abord, contesté le droit que le gouvernement a cru devoir Mauvaid. — l'ortugal. li

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tirer de la loi du 29 décembre 1891, pour conclure cet arrangement, sans la soumettre à la ratification des Chambres : la question est, en effet, de savoir si ce texte, édicté pour des circonstances spéciales, peut encore être invoqué aujourd'hui.

Mais on a fait surtout grief aux négociateurs d'avoir délibérément écarté deux questions auxquelles le Portugal ajoute une grande importance et pour la satisfaction desquelles il serait prêt à faire de gros sacrifices.

C'est d'abord, la question des marques de Porto et de Madère : nous devrions d'autant moins nous refuser, semblet-il, à faire respecter ces désignations d'origine — comme l'avait déjà consenti l'Allemagne — que nous obtiendrions, en retour, la reconnaissance de nos propres marques (Cognacs, Champagnes, Bordeaux, etc.). D'autre part, ce serait là un précédent dont nous pourrions nous servir pour demander l'inscription d'une clause identique dans les conventions futures. Mais peut-être a-t-on craint de soulever de la pari de notre Parlement la même opposition qui avait failli empêcher le vote du traité luso-allemand au Reichstag. Il n'est pas douteux, cependant, qu'il s'agit ici d'un intérêt national, qui ne saurait être sacrifié à quelques intérêts particuliers.

La seconde question est évidemment plusdéhcate. Le gouvernement de Lisbonne voudrait obtenir la faculté d'importer chez nous les cacaos de Sào Tiiomé et de Principe par un port d'Eur'ope quelconque sans payer la surtaxe d'entrepôt, inscrite dans notre législation. Il y aurait peut-être, pourtant, moyen de s'entendre ici encore, si l'on considère qu'il existe déjà un certain nombre d'exceptions à celte règle et qu'il ne s'agit que d'admettre une exception de plus,

Nous devons, d'ailleurs, ajouter que la possibilité d'une convention plus lai-ge comportant de notre part l'octroi des deux séries d'avantages, (lue nous venons d'exposer, en retour de

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nouvelles et plus importantes concessions que celles que nous avons obtenues, est expressément envisagée dans le Rapport des Ministres intéressés au Président de la République, qui précède le dernier modiis vivendi, et que des négociations sont d'ores et déjà engagées dans ce but. 11 est à souhaiter quelles aboutissent rapidement.

Il est excessivement pénible de voir la faible part tenue par la France dans un pays où elle compte tant de sympathies, où sa prédominance intellectuelle est incontestable et où nous rencontrons plus de facilités qu'aucun autre peuple pour nos affaires, étant donné qu'il n'est pas de langue étrangère aussi répandue que la nôtre au Portugal.

Notre infériorité ne tient donc pas seulement à l'état précaire depuis 1892 jusqu'à ce jour de nos relations douanières avec ce pays, mais aussi au manque d'initiative et d'activité de nos commerçants.

L'Angleterre demeure toujours au premier rang des pays importateurs sur le marché portugais (4892 : 12.020.600 milreis; 1909 : 21.046.000). L'Allemagne s'approche d'elle à pas de géant (1892 : 3.375.800 milreis; 1909 : 11.940.000). La France vient troisième (1892 : 3.628.600 milreis; 1909 : 6.940.000), serrée de plus en plus près par les Etats- Unis (1909 : 6.315.000 milreis) et par l'Espagne (1892 : 2.726.200 milreis; 1909 : 4.306.000 — sans compter, bien entendu, tout ce qui passe en contrebande). Ce dernier État profite d'un traité spécial, de son voisinage et de la communauté de goûts des deux peuples de la Péninsule.

La France envoie au Portugal surtout des tissus de soie et de laine, des automobiles, des engrais, des vêtements, sans compter parfois du matériel de. guerre et constamment des

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articles très divers qui, séparés, semblent sans importance, mais, réunis, représentent un chiffre assez considérable.

Le Portugal nous vend pour une dizaine de millions de francs de marchandises, en particulier des poissons conservés, des pyrites, de la laine, du soufre, des vins, de l'avoine, du tartrate de potasse, des peaux, des homards frais, du liège, des fruits de table.

Si nous venons encore au premier rang de l'importation portugaise pour les tissus de laine et de soie, nous sommes, au contraire, en ce qui concerne les tissus de coton, distancés par l'Angleterre. l'Allemagne et la Suisse; nous sommes battus par l'Angleterre encore et surtout par l'Allemagne pour l'industrie métallurgique; nous sommes victorieusement concurrencés par cette dernière j)uissance pour nombre d'articles delampisterie, bijouterie, quincaillerie, pour les jouets, pour la parfumerie, pour les produits chimiques ^

La diminution de nos importations et particulièrement de nos envois de produits lourds explique, en partie, la part chaque jour moins importante tenue par le pavillon français dans les ports lusitaniens. La plupart des automobiles françaises à destination du Portugal sont môme embarquées, à Anvers, sur des navires allemands. Un fret de 100 kilogrammes de marchandise, par exemple, de Bordeaux à Lisbonne reviendra à 20 fr. 30, alors qu'il ne coûtera que 6 fr. 50 par Anvers.

Outre que les prix de nos Compagnies maritimes sont, en général, supérieurs à ceux de leurs rivales, leurs service? sont moins réguliers.

Tandis qu'en cinq ans, le tonnage allemand dans les ports portugais a augmenté de près de trois millions de tonnes, le tonnage français ne s'est accru que de 150.000 tonnes. On

1. Pour plus de dét.Tils. voir notre Happort a la Fédération des Indus- Iriela et des cûinmerçants français (Bulletin de février 1909).

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