III. Les moyens de communication : routes et chemins de fer
IV. L'instruction. — Son organisation ; ses principaux défauts.
La balance commerciale n'est pas le seul indice qui permette de juger de la situation économique d'un pays. Nous avons cherché, dans les pages précédentes, à montrer que les déficits quasi constants par lesquels se traduisent les échanges du Portugal ne correspondent point à l'importance de ses ressources naturelles.
Nous avons également parlé, dans un autre chapitre, de la mauvaise répartition des charges publiques \
11 nous faut maintenant dire quelques mots d'autres éléments du problème, tels que l'augmentation de la population, l'abondance du capital, l'état des voies de communication, le développement de l'enseignement.
Les statistiques concernant le recensement du Portugal (y compris Madère et les Açores) donnent : 4 188.410 habitants en 1864, 4. 698. 984 en 1878, 5.049.729 en 1890; 5.423.132 en 1900 (dont 5.016.267 habitants pour la métro-
\. Voir supra, p. 77.
polc). A l'heure actuelle, on estime que la population dépasse légèrement 6 millions d'habitants.
La densité était de 46 habitants par kilomètre carré en 1864, de 49 en 1878, de 55 en 1890, de 58,9 en 1900 (dont 56,5 pour le continent et 127 pour les « îles adjacentes »), supérieure, par conséquent, à la moyenne européenne qui est de 40 habitants par kilomètre carré.
La population augmente donc, bien que lentement. Sous ce rapport, le Portugal occupe la quatorzième place, parmi les 23 Etats européens ; l'augmentation moyenne annuelle est évaluée à 0,85 par 100 habitants : supérieure à celle de la France, de l'Italie et de l'Espagne, mais sensiblement inférieure à celle d'autres pays de superficie comparable, comme la Hollande, le Danemark et la Belgique, où la densité de population est, d'ailleurs, bien supérieure (elle est, dans ces pays, respectivement de 152, 85 et 224V
L'examen des statistiques portugaises montre aussi que l'accroissement de la population a été moindre entre 1890 et 1900 qu'entre 1870 et 1900*. Sans parler d'autres facteurs sociaux, on peut attribuer ce phénomène aux tarifs de 1892, dont nous avons parlé.
Le développement de l'émigration est également la conséquence en partie de cette politique ultraprotectionniste, en même temps que de la mauvaise répartition de la propriété foncière. 11 convient d'insister sur ce dernier point.
Ce qui frappe, en effet, dans les statistiques de recensement, c'est l'inégalité de la densité suivant les régions et c'est aussi le faible accroissement de la population rurale par rapport à la population des villes.
1. En même temps, le chiffre des naissances (34,11 par mille habitants en 18'J0, 31,47 en 1901), celui des mariages (7,13 en 1890, 6.98 en 1900) diminuent, tandis que la mortalité ne diminue que faiblement (:22,8d en 1890, 21,03 en 1901) : elle demeure encore très forte principalement parmi les mineurs de douze mois.
C'est ainsi que les trente villes portugaises icidades) comptaient, en d900, 797. 2i0 habitants, contre 830.275 dans les villes chefs-lieux de district (ca6ef «5 de concelho) et 3.388.782 dans les paroisses rurales [fregiiezias riiraes), ce qui réduit la densité de la population rurale à 38,2. Les chiffres correspondants en 1864 étaient respectivement de 427.825, 626. 362, 2.775.431, avec une densité moyenne de population rurale de 31,3. Ainsi, tandis que, dans la période que nous considérons, la population totale a augmenté de 31 p. 100, cette augmentation a été de 86 p. 100 dans les villes, 32 p. 100 dans les chefs-lieux de district, et de 22 p. 100 à peine dans les paroisses, alors cependant que la population des campagnes est plus prolifique, en général, que celle des centres urbains.
Les campagnes perdent une partie de leur population, du fait de l'exode vers les villes et du fait de l'émigration.
Le premier de ces phénomènes n'est pas spécial au Portugal; il n'y présente même pas un caractère plus accentué que dans d'autres pays, puisque la population des paroisses représente encore 68 p. 100 de la population totale et que le pourcentage des personnes se livrant aux travaux agricoles et de 61 p. 100. Mais il faut remarquer que l'industrie est peu développée dans l'Etat lusitanien et qu'on ne peut lui reprocher, comme en d'autres nations, d'enlever ses bras à l'agriculture.
L'exode vers les villes doit donc être attribué, avant tout, aux misérables conditions économiques du travailleur rural qui va chercher dans les grands centres un travail mieux payé, à l'absentéisme des propriétaires, favorisé par la centralisation administrative, par la suppression des petites municipalités et par les luttes des partis, « qui se transforment en fâcheuses compétitions personnelles darLs les bourgs de province, et qui en éloignent les gens aisés... » '
1. J. Fernando de Sousa, Rapport prcscnlc au nom de la Soriedadc l'ropaganda de Portugal, au Congrès national de Lisbonne (mai 1910).
D'autre part, la division de la propriété paraît en rapport avec la densité de la population, comme le montre le tableau ci-joint'. L'extrême division du sol dans les zones populeuses
1. Population, densité, émigration et superficie moyenne des propriétés au Portugal (d'après J. Fernando de Sousa, loc. cit.).
Continent.
Porto
Braga
Aveiro
Viannado Caslello
Coimbra
Vizeu
Lciria
Villa Real. . . .
Faro
Guarda
Lisboa
Saatarem ....
Castcllo Branco.
Bragança . . .
Portalegre. . .
Evora
Beja
Iles adjacentes
Angra
Horta
Ponto Delgada.
Funchal ....
POPUI.AT
(33 p. lOÛ)
(U,% p. luO)
(27,0 p. ICO)
il!