Poinsard, lue. cit.. M, p
Beaucoup vont au Brésil, et dans ce cas ils ne sont pas absolument perdus pour la mère-patrie, dont ils contribuent à resserrer les liens qui l'unissent encore à son ancienne colonie, et à laquelle ils envoient, chaque année, des remises de près de 20.000 contos en moyenne, sans parler des dons nombreux à diverses occasions (fondation d'écoles, d'églises, don d'un navire de guerre, etc.).
Mais il est trop évident que tous ces avantages ne parviennent pas à compenser la perte énorme supportée du fait de l'émigration par le Portugal, qui n'a pas trop de tous ses eiiiants pour mettre en valeur ses propres richesses.
Enfin, il est triste de constater que la plupart des partants ne savent ni lire ni écrire : en 1909, on comptait 23.166 analphabetos pour un chiffre total de 38.213 émig-rants. L'émigration apparaît ainsi comme désorganisée et privée de moyens d'action.
Il semble bien à divers symptômes, notamment à la tendance à une légère diminution du taux de l'intérêt dans la capitalisation des valeurs débourse, aux constructions élevées en grand nombre ces dernières années notamment à Lisbonne, à la création de nouvelles sociétés commerciales, etc., que la quantité du capital ait augmenté au Portugal. D'après une enquête faite auprès de toutes les banques du pays, on évalue à plus de 100.000 contos le capital national actuellement employé à l'étranger, particulièrement au Brésil.
Ceci est la preuve du peu de confiance que la situation actuelle inspire aux capitalistes portugaise
1. En l'J08, la totalité des coupons, intérêts et dividendes de valeurs
La plus grosse part du capital qui demeure dans le pays est absorbé par la dette publique. 11 ne reste donc que des quantités insuffisantes pour l'agriculture et l'industrie nationales.
Aussi le taux des prêts particuliers reste-t-il fort élevé : il descend rarement au-dessous de 10 p. 100, oscille souvent entre 12 et 15 p. 100 et atteint même, dans certaines localités et dans des circonstances particulières, les taux effroyables de 100 et 200 p. 100.
On s'explique également que dans un pays où les salaires des ouvriers sont cependant moindres que dans la plupart des nations européennes — moindres, en tout cas, au point de vue absolu, puisqu'ils sont payés, depuis 1891, en billets de banque inconvertibles — le coût de production soit plus élevé que partout ailleurs et pousse les producteurs à réclamer de l'État toujours plus de protection — au grand détriment, nous l'avons dit. de l'intéi'êt général.
Pour comprendre cette pénurie de capitaux, il faut tenir compte aussi du caractère et de la situation matérielle et morale des habitants.
Le Portugais, comme l'Espagnol, présente de très grandes qualités au point de vue delà sobriété et de la résistance ; mais il montre peu d'inclination au travail, particulièrement dans le Sud, et cela est le résultat, moins sans doute d'un
payés à l'étranger était évaluée, dapiès les chiffres fournis par les banques portugaises, à 3.o03.:284 401 reis, ce qui. au taux moyen de 4 p. 100, correspondait à un capital de 87. 382.110. 025 reis.
Les valeurs entre lesquelles se partage, de préférence, le capital portugais sont, par ordre d'importance : la rente extérieure portugaise, la Compagnie royale des Chemins de fer, le Chemin de fer de Âmbuca, la Compagnie des Eaux, la Compagnie des Tabacs, la Société d'électricité, les Fonds brésiliens, le Chemin de fer de Beira Alla. l'Extérieure espagnole, les Fonds argentins, les Fonds russes, le Consolidé anglais, la rente française, les Fonds japonais, les Fonds de l'Uruguay.
La baisse du change, depuis 1905, a eu un elTet certain sur la notable augmentation de la capitalisation que l'on note à partir de cette date.
lU'aprùs le rapport cité de ÏAssociaçdo Commercial de lAsboa).
POPULATION, CAPITAL, VOIliS DE COMMUNICATION 175
climat excessif — • vu que les Portuo^ais s'adaptent merveilleusement à tous les climats — que de la tradition et des coutumes. Il manque aussi, nous l'avons dit, de ce stimulant de l'intérêt qui résulterait d'une meilleure répartition de la propriété foncière. Les gouvernements n'ont pas cherché non plus à corriger par l'éducation les défauts possibles de son tempérament : c'est ainsi que la notion du capital échappe à la majorité des habitants des campagnes ; comme les peuples orientaux, ils thésaurisent sans profit, en achetant avec leurs économies des bijoux et ornements en or, qu'ils revendent avec perte dans les moments de gène.
C'est pourquoi les dépôts dans les banques et caisses d'épargne [caixas economicas) ' sont si peu élevés : on les évalue à 45.000 contos pour les établissements de crédit et à 23.000 pour les caisses : ce qui donne une moyenne de 11.000 reis par habitant, alors que la moyenne générale en Europe est de 15.000 reis (elle est de plus de 20.000 reis en France et de 80.000 reis en Angleterre). J'ajoute que le nombre des caisses scolaires et très limité au Portugal et que l'on n'y trouve pas de caisses d'épargne postales — alors qu'il en existe plus de 5.000 en Italie ■.
1. Le nombre de ces caisses était de 39 antérieurement à la Révolution, la République on a créé, paralt-il, 52 nouvelles.
2. Les dépôts dans les établissements de crédit qui étaient de 68.o34 contos en 1890 sont descendus, à la suite de la crise économique de 1891, à 31.684 contos en 1892. Ils ont augmenté à partir de 1895 : on les évaluait à 44.200 contos en 1906. Mais il ne parait pas, surtout après la crise politique et économique de ces dernières années, qu'ils aient rattrapé le chiffre de 1890.
Los principaux établissements de crédit sont, en dehors de la Banque de Portugal (voir supra, p. 87). la Companha gérai do Crédita Predial Fortuguez (Crédit Foncier), dont nous avons noté la récente déconfiture (voir supra, p. 39); et qui vient d'être reconstitué à nouveau ; la Banque Lisboa e Açores, la Banque commei'ciale de Porto. Parmi les caisses d'épargne, il faut surtout citer la Caixa Economica Porluguêza (dépondant do l'Ltat), la Caixa Economica do Monte Pio Gérai, celle d'Aveiro, colle du Monte Pio das classe.i industrial e commercial, la Caixa Economica operaria à Lisbonne, etc.
11 ne semble pas que le nombre de tous ces établissements (et il en est
Il suit de tout ceci que le Portugal est dans la nécessité, à rheure actuelle, de faire appel à l'étranger pour obtenir les capitaux indispensables à son développement économique ; mais cette importation de capitaux étrangers dépend ellemême des conditions d'ordre et de sécurité qu'est loin d'offrir, au moins pour l'instant, sa situation politique.
Les moyens de com?nunication constituent — il faut le dire en toute justice — une des branches de l'activité, où le Trésor portugais, depuis soixante ans, a fait les plus gros sacrifices et où l'Etat est intervenu le plus utilement pour subvenir au manque d'initiative et à la quasi indifférence des particuliers. Vers le milieu du siècle dernier, il n'existait, paraît-il, au Portugal, qu'une seule bonne route, qui allait de Lisbonne à Cintra.
Le progrès et l'essor datent surtout de la construction des premières routes en macadam, vers 1849. et de la création, en 1852, d'un ministère indépendant des travaux publics, du commerce et de l'industrie.
Si les résultats n'ont pas répondu à l'effort dépensé, particulièrement dans la construction des voies ferrées, la faute n'en est pas uniquement à l'Etat — qui a trop souvent cherché à tirer le plus d'argent possible des chemins de fer et qui a contribué à maintenir les tarifs à un taux élevé — mais aussi
de même des compagnies de crédit mobilier) ait augmente depuis 1892. A cette époque, il en existait une quarantaine au capital total (au moins pour :54 d'entre eux) de b2.39o conlos. Toujours d'après les statistiques officielles, ils avaient en caisse ii.'.V.i' contos. en escompte de lettres, 26.424 contos: on prêts sur gages, 2S. 911 contos, en dépAl 31.684 contos. et en billets (appartenant seulement à la Banque dii Portugal) bl^.-Seo contos.
(D'après le raj)porl cité de VAssociaçdo Commercial de l.ishoa).
aux obstacles de toute sorte auxquels on s'est heurté : obstacles naturels tenant à l'orographie du pays, nécessité d'importer tout le matériel de l'étranger, nécessité aussi de faire appel aux capitaux étrangers, qui réclament de hauts dividendes. Enfin, il faut se rendre compte que la lenteur du développement des voies de communication a été la conséquence forcée de la lenteur même du développement de la production — les deux facteurs agissent réciproquement l'un sur l'autre et l'on est ainsi placé dans un cercle vicieux — et que cette branche de l'activité économique n'a pas été moins troublée que les autres par l'intervention injustifiée et désastreuse de la politique'.
En juin 1907, la voirie « ordinaire » comprenait M .754 kilomètres : dont 6.O08 « royales » ; 5.180 de district; 516 « de service » (accès aux gares, raccords, etc.). En 1906, l'extension kilométrique des routes municipales ou de troisième classe était de 3.802 kilomètres. De 1852 à juin 1907, la dépense faite par l'Etat pour la voirie ordinaire atteignait 61.551 contos".
Quant aux voies ferrées, elles atteignaient, au 31 décembre 1907, 2.753 kilomètres (2.388 à voie large et 365 à voie étroite). Si ces chiffres représentent un progrès, que rend plus saisissable encore l'augmentation du trafic et du rendement général de la plupart des Compagnies^, il s'en faut cepen-