LES AÇORES
Le groupe des Açores est ainsi appelé du grand nombre d'autours (açores) que les premiers Portugais, compagnons d'Alvares Cabrai, y rencontrèrent en débarquant. 11 se compose de neuf îles, orientées du Sud-Est au Xord-Ouest : Santa-Maria et San-Miguel, qui forment un groupe oriental ; Terceira, Craciosa, San-Jorge, Pico, Fayal, appelées communément as ilhas de baixo ou groupe central ; plus loin, vers le Nord, Flores et Gorvo, qui constituent le groupe occidental.
Dispersées ainsi dans l'Atlantique, ces îles occupent une superficie de 120 lieues environ dans leur plus grande longueur et de 17 lieues dans leur largeur maxima. Entre l'extrémité orientale de San-Miguel et la pointe orientale de Terceira, la dislance est à peine de 27 lieues, tandis qu'il faut parcourir 44 lieues pour aller du Payai à l'île des Fleurs. L'ensemble de ces îles forme une superficie de 2. 388 kilomètres carrés.
Comme Madère, les Açores sont d'origine volcanique. Cette naissance se révèle aux yeux du marin, avant même d'abor-
vexations qui ne siTvent qu'à tourmenter le commerce local (Cf. KoebeL op. cit.. p. 136 et s.).
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der, dans la hauteur anormale des falaises noirâtres du rivage, dans les cassures tranchantes des montagnes, aussi bien que dans la profondeur de la mer, tout autour des îles, qui oscille entre 500 et 4.000 mètres. Elle s'accuse plus nettement, à Tintérieur, dans l'abondance des scories et des blocs de lave qui jonchent le sol, dans les fumerolles et les sources chaudes qui jaillissent çà et là. L'île du Pico renferme même un cône d'éruption éteint. Le fond des cratères est souvent occupé par un lac, comme le célèbre volcan des Sept-Cités, dans l'île de San-Miguel. Ces caldeiras ou chaudières sont la principale curiosité naturelle des Açores, avec les longues colonnes de basalte aux fûts prismatiques, qui s'alignent au bord de l'Océan et que l'on a pu comparer aux « orgues» de Fingal, en Ecosse.
Les géographes hésitent à rattacher les Açores à l'Europe ou à l'Afrique. La vérité est que l'influence mêlée de ces deux continents — auxquels il faut ajouter aussi l'Amérique — apparaît nettement dans la climatologie de l'archipel, dans sa flore splendide, dans la facile adaptation de sa faune et même, dit-on, dans le caractère de ses habitants.
Le climat des Açores est très différent de celui du Portugal continental, bien que l'archipel et la métropole se trouvent à peu près à la même latitude. La raison n'en est pas seulement dans leur caractère insulaire, mais aussi dans leur situation à la limite des vents alizés et contre-alizés. La température moyenne est de 17''18 à Ponta-Delgada, de 18°06 à Angra, de 17°3 à Horta. Les vents d'Ouest et du Sud-Ouest dominent dans les groupes central et occidental, tandis que dans le groupe oriental règne en maître, une grande partie de l'année, l'alizé du Nord-Est, qui est seulement remplacé en hiver par le contre-ahzé du Sud-Ouest. Aux équinoxes, de fréquents cyclones venus de l'Ouest s'abattent sur les îles et y causent de grands ravages.
M.\.RV.vuD, — Portugal. a
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Le degré d'humidité oscille entre 72 et 82 ; il est plus grand dans les îles de l'Ouest et du Centre que dans le groupe oriental. Les pluies sont assez fréquentes dans l'Ouest, mais elles ne sont jamais de longue durée.
La flore rappelle surtout la flore méditerranéeime. La végétation est abondante, particulièrement sur les flancs abruptes des serras et dans les vallées encaissées qui les séparent. Les jardins de San-Miguel sont célèbres. D'ailleurs, toutes les plantes d'Europe, d'Afrique, d'Australie et des îles du Pacifique trouvent dans cette île le soleil et l'humidité qui leur sont nécessaires.
Gomme celle de Madère, la population des Açores est très mélangée, bien que le fond en soit surtout formé par des Portugais du Minho et d'Algarve. Mais on rencontre aussi un grand nombre de descendants de Flamands venus aux Açores dans les premiers temps de la colonisation. Ce sont les traits caractéristiques des gens du Minho que l'on retrouve, paraîtil, dans les usages et les coutumes du peuple açoréen, dans sa langue, ses coutumes, son alimentation, ses procédés agricoles^ ses cérémonies religieuses et jusque dans son caractère. Ce peuple est actif, entreprenant, patient, tenace et aussi très aventureux. C'est ce tempérament particulier, en même temps que la nécessité — à la suite surtout du morcellement excessif de la propriété — qui le pousse à s'embarquer à destination des îles Sandwich ou de l'Amérique du Nord.
Cette émigration explique que la population reste slationnaire, avec tendances à la diminution. Elle était de2G9.401 habitants en 1881, de 255.534 en 1890; la dernière statistique (1" décembre 1900) donne le chiffre de 250.291 habilanl^ (soit une densité de 107 habitants pai' kilomètre carré). Dans» la seule année 19U3, le nombre d'émigrants a été de 2.310 dans le district de Ponla-Delgada, de 1.341 dans celui d'An-
gra et de 1.270 dans celui de Horta. Il convient, il est vrai, d'ajouter qu'il arrive assez souvent à ces Açoréens — comme aux gens du Minho — de revenir au pays natal, une fois qu'il sont amassé dans leur exil volontaire un pécule suffisant.
L'agriculture est la principale occupation de ce peuple. La vigne, qui donnait jadis d'excellents résultats, a été dévastée par l'oïdium et le phylloxéra. L'oranger, qui fournissait jusqu'à 220 millions de fruits pour l'exportation en Angleterre, a également souffert d'une maladie spéciale appelée lagrima. La culture de la patate douce, destinée à alcooliser les vins, a été remplacée, dans les îles de San Miguel et de Terceira où elle prospérait, par celle de la betterave, en vue de la production du sucre. Le thé, le tabac, la banane, l'ananas, la canne à sucre, se rencontrent également, à côté des céréales, principalement du maïs, qui forme l'aUment principal de la population. Sous ce climat tiède et sur ce sol volcanique, dont l'humus, constitué par les cendres des anciennes laves, est constamment rafraîchi par les embruns et par les pluies abondantes de l'hiver, la terre produit, d'ordinaire, deux ou trois récoltes à l'année. Enfin, dans la zone intermédiaire, entre le littoral et les sommets montagneiLx, s'étendent de vastes prairies naturelles, qui permettent l'élevage du bétail, notamment d'une curieuse espèce de bœufs nains, dont la taille n'excède guère celle d'un mouton.
On aura une idée du mouvement commercial des Açores par les chiffres suivants, empruntés aux statistiques douanières pour 1905.