LES ILES DR PAO THOMK KT DR PKINCIPE
portugaises — sont la Société cC agriculture coioniaie, dont une seule propriété occupe un tiers de la superficie totale de File, et dont le siège, sis dans la baie de l'Ouest, est relié sur la rive opposée à la baie de Saint-A>itoine, par un chemin de fer à voie étroite qui dessert la capitale du district, VEntreprise agricole de l'Ile de Principe, enfin la Compagnie de l'île de Principe, constituée en 1893. Le mouvement commercial de la petite île a suivi une marche ascendante : 88 conlos en 1889, 688 en 1899, I.IOO en 1903 ! Encore faut-il ajouter qu'il n'y a que le tiers de la superficie totale qui soit en culture, et que la moitié seulement de cette surface cultivée donne aujourd'hui une production effective.
Le développement économique de ces deux îles se heurte, cependant, à deux graves difficultés, résultant du manque de bras et de l'insuffisance des communications.
La question de la 7nain-d' œuvre h Sâo-Thomé est ancienne : elle résulte de l'abolition de l'esclavage, devenue définitive à la suite de la loi du 29 avril 1875, Pour remplacer les nègres libérés, les fermiers cherchèrent à recruter par contrats d'engagement des indigènes du Sierra Leone, du Dahomey, de Libéria, d'Angola et jusqu'à des coolies chinois. Mais bientôt ce fut la province d'Angola qui fournit à peu près à elle seule les travailleurs dont le besoin augmentait avec le développement économique de la province. De 1885 à 1903, 56.189 « engagés » [serviçàes] furent ainsi amenés à Sâo-Thomé, provenant pour la plupart d'Angola. Mais on remarqua bientôt de la part des noirs de cette dernière province un moindre empressement à contracter des engagements, pour la raison qu'ils voyaient rarement revenir leurs parents et amis, qui auraient dû cependant être rapatriés, aux termes du contrat.
En même temps, les colons et les autorités d'Angola se plaignaient d'un système qui leur enlevait, au profit d'une autre colonie, la main-d'œuvre dont ils avaient eux-mênies tant besoin pour le développement de leurs entreprises agricoles et industrielles, et la construction des lignes de chemin de fer. Enfin, des protestations se firent entendre à l'étranger — principalement aux Etats-Unis et en Angleterre — au nom de l'humanité, contre l'exploitation, Y « engagement par la force » des nègres de l'Angola, et les mauvais traitements qui leur étaient infligés dans les îles de Sâo-Thomé et de Principe.
Le problème est des plus complexes. Le gouvernement de Lisbonne s'efforça cependant de le résoudre. Il fit appel au concours de colonies autres qu'Angola, notamm.entau Mozambique, en cherchant à détourner du côté de l'archipel la population de cette province, habituellement employée dans les mines du Transvaal et que la guerre sud-africaine laissait inoccupée. Mais il ne semble pas que les efforts dépensés dans ce sens aient abouti à de grands résultats. En même temps, pour vaincre la répulsion des indigènes à s'engager, le gouvernement édictait toute une série de mesures destinées à diminuer le coefficient de la mortalité parmi les serviçàes : obligeant les fermiers à ne louer les services que de nègres vigoureux et bien portants, et à s'assurer, lors de leur rapatriement, qu'ils étaient porteurs d'une certaine somme, destinée à pourvoir à leurs besoins.
Puis, pour répondre aux attaques de la presse britannique et américaine, le gouvernement portugais publia un mémorandum, où il exposait <( la législation traditionnellement libérale, qui permet et assure, dans des conditions de protection véritable et efficace, le recrutement des travailleurs pour le service des centres agricoles et industriels dans ces colonies, ainsi qu'au dehors. Dans cette législation, — ajoutait-il, —
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tous les principes d'une action tutélaire, humanitaire et civ^ilisatrice sont parfaitement sauvegardés et garantis ^ ».
Le mémorandum rappelait l'accord intercolonial de 1901, — sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, — qui assure au Transvaal la main-d'œuvre indigène du Mozambique. 11 onumérait toute la série de lois et de décrets visant la situation des travailleurs indigènes d'Angola, depuis le décret v libérateur» du 20 décembre 1875 jusqu'à celui du 29 janvier 1903, qui a créé des «Juntes» locales de travail et d'émigration, et réglementé l'exécution des contrats et le service de transport des travailleurs et leurs salaires. Le minimum des salaires manuels, à Sâo-Thomé, est de 2.500 reis pour les hommes et de 1.800 reis pour les femmes. Il existe, dans cette colonie, sous le contrôle de l'Etat, une caisse de retraite et de rapatriement pour les serviçàes. Le mémoire officiel rappelait encore toutes les institutions fondées dans l'archipel pour venir en aide aux indio-ènes et auo-menter leur bien-être : écoles agricoles et industrielles, hôpitaux, logements commodes et hygiéniques, crèches pour les enfants, etc.
Malheureusement, ce înemorandiim n'a pas eu le résultat qu'on en attendait à Lisbonne, et aujourd'hui encore, les journaux anglais se font l'écho d'une campagne acharnée des chocolatiers d'oulre-Manche contre le cacao de Sâo-Thomé. En présence de renseignements contradictoires, il est difficile de savoir si leurs récriminations sont fondées ou bien — comme le prétendent les Portugais — s'il ne s'agit, en réalité, sous un masque humanitaire, que d'une campagne à proprement parler commerciale et intéressée'.