‹ Le Portugal il y a cent ans; souvenirs d'une ambassadrice. Annotés d'apres les documents d'archives et les mémoiresChapitre 5 sur 7 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

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entendus pour m'ojYrir la couronne de Portugal. Je les ai remerciés en leur disant que je voulais servir mon maître jusqu'à la fin, mais qu'après, s'il entrait dans les vues de la France que j'acceptasse, j'accepterais avec l'amitié de l'Empereur. » Cette confidence était trop sérieuse pour que je me permisse de faire parler Votre Majesté. Je me suis contenté de lui dire que tout cela lui donnait la mesure de l'importance qu'il devait mettre à fai re réussir les grands plans de Votre Majesté, qu'il pouvait arriver à tout ce qu'il pouvait ambitionner aujourd'hui, et que je lui répétais que vous seriez disposé à le soutenir et le seconder dans tout ce qui pourrait l'intéresser, qu'il devait porter ses vues à la hauteur du rôlequ'iljoue maintenant en Europe, et tout attendre du monarque qui lui promet son appui et son amitié. « Mais à la paix générale, m'a-t-il dit, lorsque l'Empereur sera obligé de retirer ses troupes de

Le général Junot.

Lithographie Fonrouge.

(Bibliothèque Nationale. Estampes.)

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Naples, de la Toscane, de l'Italie enftn, de la Hollande et du Hanovre, pourra-t-il compter sur la bonne foi de ses voisins et serait-il à même de recommencer les hostilités avec avantage pour maintenir ce qu'il aura fait. Quelleplaces fortes et quelles positions pourront le garantir? - Sans pénétrer les secrets de mon maître, lui ai-je dit, suppose d'abord que le royaume d'Italie sera entièremei sous sa dépendance, quel qu'en soit le roi, qu'ensuite la ville d'Alexandrie de Piémont, que l'on met en état de contenir et d'approvisionner une grande armée, donnera à Votre Majesté le pouvoir d'entrer en Italie à sa volonté, que les Suisses et les Hollandais étaient naturellement dans la dépendance de la France, que les électeurs de différents cercles d'Allemagne avaient été mis par Votre Majesté dans une telle position, qu'ils devaient tenir au moins autant aux intérêts de la France pour leur conservation, qu'à l'Allemagne, que la Prusse (dont on lui faisait peur) était liée avec la France par tant de garanties, qu'elle ne pouvait se détacher. Que l'Espagne soit toujours fidèle, que le Portugal fasse cause commune avec nous, et le continent n'aura rien à craindre ni des Russes, malgré leurs menaces, ni des Anglais, qui ne peuvent pas faire la guerre continentale, ni de l'Allemagne, qui aurait trop de désavantage à recommencer la guerre, vu notre position actuelle et la sienne. « La France et le Portugal réunis sont maîtres de l'Espagne, m'a-t-il dit. C'est pour cela qu'il est essentiel que ce royaume soit assuré à l'Empereur. — Il y aura sans doute pensé, lui ai-je dit. Vous y penserez aussi, mon prince, mais faisons d'abord ce qu'il y a à faire aujourd'hui pour pouvoir être sûr de l'avenir. » Il m'a montré beaucoup de bonne volonté. Je le presserai autant que je le pourrai, et j'espère que Votre Majesté aura ce dont elle a besoin.

Le Prince de la Paix est parti samedi pour Aranjuez où est la Cour. J'y suis allé mercredi soir. En arrivant, j'ai été avec Beurnonville chez le Prince de la Paix qui nous a appris que Votre Majesté avait réuni la couronne d'Italie

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à sa couronne impériale. Permettez-moi, Sire, de m'en

réjouir, avec toute l'Italie. Depuis longtemps, on attendait

:et événement. Tous les amis delà France s'en réjouissent

vec ceux particuliers de Votre Majesté. La nouvelle du

'iché de Piombino n'a pas fait ici le même plaisir. On

îoyait toujours qu'il serait réuni à l'Étrurie. Le sort futur

e cette reine, je le répète à Votre Majesté, est la chose

du monde qui intéresse le plus le roi et la reine.

Jeudi à une heure, j'ai été présenté par Beurnonville au roi et ensuite à la reine et aux infants. J'ai été reçu par chacun d'eux avec des expressions de la plus grande bienveillance. Le roi m'a parlé du beau temps, de la chasse, mais la reine a mis une grâce parfaite dans tout ce qu'elle m'a dit. Elle s'est informée avec intérêt de la santé de Leurs Majestés Impériales et, après un assez long entretien, elle est rentrée sans avoir parlé à personne qu'à moi, quoiqu'il soit d'usage qu'elle fasse le tour de la salle où il y a toujours beaucoup de monde.

M""> Junot a été ensuite introduite chez la reine où était le roi. Elle a été reçue, ce qu'on appelle en confianza, ce que la reine aime beaucoup, parce qu'alors elle est plus libre. Elle l'a comblée de politesses et de bontés, et il m'a paru que le roi et la reine en avaient été contents. Ils m'en ont parlé l'un et l'autre. Pendant que le général Beurnonville conduisait M™^ Junot chez la princesse des Asturies, je suis rentré dans les appartements de la reine où j'ai trouvé le roi seul. Je lui ai remis la lettre de Votre Majesté et lui ai dit ce dont Elle m'avait chargé pour lui. Il m'a répondu que l'Espagne était disposée à faire tout ce qui dépendrait d'elle pour seconder Votre Majesté, que la meilleure preuve qu'il pourrait donner de sa bonne volonté, c'est qu'il donnait ses escadres pour des opérations qu'on ne lui avait pas même confiées, mais que, pour tout, il donnerait toujours à Votre Majesté des preuves certaines du désir qu'il a de lui plaire et de la seconder. La reine est venue ensuite et le roi nous a laissés seuls. Je lui ai dit mot à mot ce dont j'étais chargé de la part de Votre Majesté. Elle m'a répondu que vous deviez bien connaître

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la position critique où se trouvait aujourd'hui l'Espagrxe, que le commencement de cette guerre avait été si malheureux, et que le peuple était si misérable, que cependant la Cour prendrait toutes les mesures nécessaires et ferait toutes sortes de sacrifices pour arriver au but que se proposait Votre Majesté, que l'argent ne manquerait pas plus que la bonne volonté. « Vous allez en Portugal, m'a-t-elle dit. Je vous recommande les intérêts de ma fille. Quoique je crois que mes conseils de souveraine et l'autorité maternelle soient peu capables de les déterminer, j'espère cependant qu'ils se comporteront suivant leur cœur et leurs intérêts. Le roi écrira aujourd'hui au régent en père et en souverain et lui dira qu'il lui assure la paisible possession de son royaume s'il reste dans nos intérêts qui sont ceux de la France, que sinon, il lui laissera courir les chances de la guerre et l'abandonnera. Mais, général, m'a-t-elle dit, ce qui nous chagrine et nous intéresse, c'est la reine d'Étrurie. Écrivez, je vous prie, à l'Empereur, votre maître, tout l'intérêt que nous y portons. Il va en Italie. Il verra peut-être par lui-même l'état où elle se trouve. Elle est son ouvrage. Qu'il la soutienne. Recommandez-la à l'Impératrice. Elle est si bonne mère... Elle sentira mieux que qui que ce soit toutes nos inquiétudes. » Je lui ai promis de rapporter fidèlement ses propres mots à Votre Majesté. Le roi est rentré alors avec le Prince de la Paix, et la reine, en m'adressant la parole, m'a dit ces propres mots : « Voilà notre soutien. Il a notre confiance et nous croyons qu'il nous est attaché comme on dit que vous l'êtes à votre Empereur. C'est sur lui que nous fondons tout notre espoir. Il est le seul de tous les Grands de l'Espagne qui ait de l'énergie et qui puisse nous tirer du pas où nous nous trouvons. Il a notre confiance entière et pour tous. Il la mérite et l'Empereur doit lui accorder la sienne. » Le roi a confirmé ce que la reine venait de dire, et après un instant de conversation sur les plaisirs que prenaient Leurs Majestés Impériales, sur leurs habitudes et des choses agréables pour moi et M™<' Junot, j'ai pris congé de Leurs Majestés.

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