‹ Le Portugal inconnuChapitre 11 sur 68 · INDICATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

INDICATIONS GÉNÉRALES

Dans la seconde partie de ce travail, nous avons montré par quelles vicissitudes l'agriculture portugaise a dû passer à travers les siècles. L'histoire de l'industrie n'est guère moins accidentée. Toutefois, cette branche du travail n'a jamais eu, en Portugal, une importance comparable à celle de la culture, même chez les Maures, qui cependant avaient su développer une fabrication active et remarquable pour l'époque. La guerre de reconquête ayant détruit la plupart des ateliers et dispersé les ouvriers, la fabrication subit une éclipse qui dura longtemps. La population consommait alors, en grande majorité, des articles grossiers, fabriqués au moyen des procédés les plus primitifs, soit par le consommateur lui-même, soit par de petits artisans. Les articles de luxe venaient du dehors. A bien des reprises les souverains s'efforcèrent d'encourager la fabrication par des subventions et des privilèges. Mais cette initiative ne donna des résultats un peu importants qu'à partir du jour où les expéditions coloniales commencèrent à enrichir un certain nombre de familles, formant une clientèle pour les artisans spécialistes. A la fin du xvi siècle, les orfèvres se comptaient par centaines à

1. V. les trois premières parties dans la Science sociale, mars-avril 1910. • Ce travail était a l 'imprimerie, lorsque se sont produits les événements du 5 octobre. Nous n'avons rien changé à notre texte, le lecteur comprendra pourquoi, en parcourant la sixième partie, consacrée à la vie publique.

234 l'industrie et la vie ouvrière.

Lisbonne et à Porto. On y trouvait aussi des brodeurs, des dentellières, des gantiers, dont les produits étaient recherchés. En môme temps, certaines industries et quelques métiers d'art florissaient dans une certaine mesure. Nous citerons comme exemples : la fabrication des faïences décorées (azulejos), celle des meubles sculptés, etc. Cette formation industrielle d'art et de goût a atteint un développement assez marqué pour laisser dans le pays une tradition persistante, en dépit des circonstances économiques nouvelles des révolutions et de l'appauvrissement du pays. Aujourd'hui encore, on trouve en Portugal certains centres où les métiers de luxe se maintiennent avec une remarquable persistance. Il en est ainsi notamment pour l'orfèvrerie à Porto et aux environs, pour la ganterie et l'ébénisterie à Lisbonne, etc. Du reste, les Portugais montrent une tendance si prononcée pour ce genre de production, que les écoles industrielles fondées dans les vingt-cinq dernières armées se sont orientées tout naturellement vers l'art décoratif. Nous reviendrons sur cette question.

Les révolutions et la politique ont considérablement entravé l'essor de la grande industrie en Portugal. Mais, d'ailleurs, tout manquait pour constituer la grande usine. Nous savons comment l'éducation et les préjugés éloignaient la classe aisée des professions usuelles. Son instruction, superficielle et purement théorique, ne la préparait nullement aux occupations techniques. En outre, depuis 1703, le traité de commerce conclu avecl'Anglerre avait donné à celle-ci, en échange de quelques concessions favorables aux produits agricoles et surtout aux vins de Porto, un véritable privilège pour l'importation des produils manufacturés. Dans ces conditions, le Portugal, n'ayant pu suivre le mouvement industriel des autres pays, se trouvait encore, il y a peu d'années, sans patrons capables, sans ouvriers formés, sans matériel et sans capitaux disponibles, sans institutions auxiliaires de crédit, d'assurances, etc., sans bonnes écoles préparatoires. La nation était comme endormie dans une molle et obscure médiocrité, pendant que ses voisines déployaient une activité toujours plus grande.

Cette situation a notablement changé. Les vieux préjugés ont

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