IV. — LES CAPITAUX
Les agriculteurs, les industriels et les commerçants ont besoin de divers auxiliaires qui facilitent leurs opérations, ou bien donnent à celles-ci plus de sécurité. Ce sont d'abord les banques, dispensatrices du crédit. En Portugal, il y a une banque nationale dont l'action est utile, mais cependant très limitée par l'insuffisance de la circulation monétaire. Un tel établissement devrait être le régulateur du marché des capitaux, en empêchant, par ses interventions raisonnées et mesurées, les fluctuations trop accentuées de l'intérêt, de l'escompte et du change. Mais pour cela, il faut avoir de puissantes réserves métalliques
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qui n'existent pas ici. Quant aux banques privées, qui sont pour une bonne part des succursales de maisons étrangères, elles ne disposent, en général, que de capitaux restreints, les prêtent difficilement et à gros intérêts. Lorsqu'il s'agit de transactions avec l'extérieur, le règlement se stipule nécessairement en or, et il faut supporter, en outre, des intérêts, commissions, remises, etc., un agio qui, au moment de notre passage à Lisbonne, s'élevait à près de 8 % ; c'est-à-dire que, pour payer 100 francs en or, il fallait verser en monnaie locale 107 fr. 70. On comprend à quel point les affaires sont entravées par des difficultés aussi grandes et des charges aussi lourdes. Dans un système économique bien équilibré, les banques ne sont pas seulement d'amples réservoirs de capitaux, toujours prêts à seconder le travail aux meilleures conditions possibles. Ce sont encore des centres d'information et d'initiative, qui recherchent et suscitent les affaires afin de procurer au capital une rémunération plus considérable. Cette féconde et naturelle liaison des intérêts n'existe guère en Portugal, parce que l'argent disponible y est trop rare, l'initiative trop insuffisante, le travail trop peu actif, la tendance à la spéculation pure trop fréquente. Celle-ci parait même en voie de se développer d'une façon tout à fait anormale, et cela s'explique encore par les circonstances de ce milieu où beaucoup de gens sont désireux de s'enrichir, mais non pas de travailler. Or, une loi inéluctable veut que les affaires saines souffrent et se raréfient partout où foisonnent les affairistes. 11 faut donc voir là un danger grave, surtout pour un pays qui, déjà, a beaucoup de peine à maintenir sa position. Les autres organisations économiques auxiliaires sont restées à un niveau inférieur encore à celui de la banque. Les institutions d'épargne, si utiles pour le petit commerce, les assurances, les services de renseignements, les associations propres à faciliter les achats ou les ventes au dehors, en un mot tout ce qui simplifie la tâche du négociant, tout ce qui atténue ses risques ou ses pertes, se trouve dans un état de retard marqué et de notoire insuffisance. Il y a donc pour les jeunes gens, dans toutes ces branches de l'activité économique, un champ d'action
X)i) LES TRANSPORTS ET LE COMMERCE.
où les chances de succès abondent. On peut rappeler ici, ajuste titre, le mot du vieux fabuliste : C'est le fonds qui manque le moins. Quelques-uns s'en rendent compte et se tournent vers les professions lucratives. Ce mouvement doit être encouragé, éclairé, guidé, par tous les moyens possibles, notamment par une orientation plus pratique et plus moderne de l'enseignement public. Il existe bien en Portugal des écoles de commerce, d'ailleurs très rares, mais, de l'avis de personnes autorisées, elles sont bien au-dessous des besoins actuels. Il faudrait reviser leurs programmes, y instituer des cours pratiques, envoyer les élèves à l'étranger pour y faire des stages et apprendre les langues. Surtout, il est indispensable de rétablir l'équilibre des finances publiques, d'assainir la circulation monétaire, de rassurer les capitaux, enfin — nous sommes toujours ramenés à ce point essentiel — il est indispensable d'activer la production, qui apportera alors au commerce de nouveaux éléments de transactions. Et nous apercevons ainsi une fois de plus, l'enchaînement étroit de toutes les circonstances sociales et économiques qui forment la trame de la vie nationale, car, en effet, on ne parviendra à activer la production qu'en organisant mieux le travail, et la bonne marche de celui-ci dépend étroitement du régime de la famille. En d'autres termes, la vie privée n'est pas établie, en Portugal, sur des bases suffisamment normales, stables, progressives, et tout en souffre, même la vie politique, ainsi que nous allons le voir.