‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 1 sur 20 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La grande autorité devant laquelle nous appelons à comparaître le système positiviste , les positivistes euxmêmes l'ont choisie ; ils l'invoquent sans cesse dans leurs écrits; et, pour se défendre, c'est derrière elle qu'ils se réfugient comme derrière un rempart inexpugnable. Dans cet état de choses , qu'avons-nous de mieux à faire que d'accepter de leurs mains les armes du combat et de les suivre sur le terrain où ils descendent tous les premiers ? Le vrai moyen d'apprécier leur doctrine avec équité , avec impartialité , n'est-ce pas de la juger d'après leurs propres règles , de la mesurer à leur mesure , de la peser dans leur propre balance , la balance de la science ?

Les positivistes allèguent pour raison de leur nouveau système le besoin de purger le temple de la science àe^

fausses divinités qui s'y sont introduites et qui le déshonorent. Ils réclament à bon droit les hommages , les respects et le culte des intelligences exclusivement pour le vrai Dieu , c'est-à-dire pour la science révélatrice de la vérité *. Mais à quel signe la reconnaître? C'est ce qu'ils se proposent de nous apprendre, en ayant soin de nous informer d'avance que le triage^du vrai et du faux savoir est plus qu'une œuvre scientifique; qu'il entraine avec lui un nouvel ordre social ; attendu que l'ancien reposant sur de fausses sciences doit crouler avec elles ; et de plus , à les en croire, nous touchons à l'un de ces moments de la durée , semblable à celui où l'idée payenne fut remplacée par l'idée chrétienne. Une nouvelle idée , la leur , s'achemine à grands pas pour prendre dans les esprits la place devenue vacante par la retraite des idées en honneur et en vigueur depuis bientôt deux mille ans. A leur dire , ces idées ont fait leur temps : leur règne est fini. Une nouvelle ère va commencer. Telle est , à leurs yeux , la haute importance de leur système : elle ne saurait être plus grande.

La justice demande de dire à l'honneur de la doctrine positiviste qu'elle ne date guère de plus de trente ou quarante ans ; et cependant elle compte déjà, au nombre de ses disciples les plus fervents, des membres de Tins-

* Vitnm impendere nero.

tilut , MM. Littré , Renan , Claude Bernard * ; des professeurs du Collège de France , M. Berthelot * ; des professeurs de l'École de Médecine, M. Robin; des naturalistes distingués , M. Georges Pouchet ; des littérateurs que l'on dit éminents , MM. Taine, Leblais ' et l'historien des Religions de V antiquité ^ Emile Burnouf ; auxquels il faut ajouter les deux anglais Mil et Darwin, si connus par leurs ouvrages. Ces grands noms surpassés par celui du fondateur de la doctrine, A. Comte, ne démontrent pas précisément la vérité des principes enseignés ; mais leur autorité suffit pour recommander le système à l'examen des esprits attentifs à la marche des idées lesquelles en définitive mènent le monde et le mènent bien ou mal , suivant qu'elles sont vi-aies ou fausses.

* L*expérience seule ^ a dit M. C. Bernard, permet au raisonnement de conclure. (Revue des Deux-Mondes , p. 657, Août 1865.)

* Le raisonnement, a dit M. Berlhelol (Revue des Deux- Mondes, p. 15, Novembre 1863), est impuissant à certifier une seule vérité sans le secours de l'expérience.

^ M. Alphonse Leblais, dans son traité du matérialisme et du spiritualisme , honoré d'une préface de M. Littré , nous dit , page 96 , qu'en dehors de la matière on n'a jamais rien conçu.

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