PRÉFACE
Je suis arrivé à croire que M. Comte sera une étiquette dans l'avenir, et qu'il occupera une place importante dans les futures histoires de la philosophie. Ce sera une erreur, j'en conviens, mais l'avenir commettra tant d'autres erreurs.
Renan.
Conformémentà la prévision deRenan, M. Comte occupe une place importante en philosophie, ce qui ne Tempêche pas d'être arrivé à un point tournant de sa renommée. On lui a supposé une originalité qu'il ne possède point, et à laquelle il empruntait une grande partie de sa valeur aux yeux du public. Un nouvel astre de première grandeur venait de s'élever sur Thorizon de la pensée. Comparable sinon supérieur à Descartes, à Leibniz, Comte repensait toutes les sciences, en faisait un ensemble systématique, sur lequel il édifiait, comme leur couronnement, la sociologie, résultante du passé et principe fécond de l'avenir (1).
(1) Comte s'est donné modestement à lui-même comme précurseurs Aristote, Descartes et Leibniz et même Saint-Paul.
En effet, Aristole n'a-t-il point dit que : « Entre toutes les scien-
Pareille apothéose ne s'était point produite sans protestation. Les Saint-Simoniens ne s'étaient point fait faute de signaler tout ce qui, dans l'œuvre du disciple, rappelait celle du maître. Mais le disciple avait si bien endoctriné ses propres élèves qu'aucun d'eux, pas même Littré, ne se crut obligé de vérifier, d'une manière suffisante, une assertion qui portait une sérieuse atteinte à l'originalité de Comte. Ils se contentèrent de nier un fait qui devait plus tard devenir l'évidence même. Toutefois on le trouve mentionné par Pellarin (beaufrère de Littré) (l), par Renouvier, par Ra vaisson (2) et surtout par Paul Janet (3). Tenu en
ces les plus rigoureuses sont celles qui sont le plus sciences de principes... Ce qu'il y a de plus scientifique, ce sont les principes et les causes » [Métaphysique, I, p. 78, traduction de Pierron et Zévort).
Descartes n'a admis que deux choses : la pensée que nous connaissons par l'observation intérieure et le mouvement. Celui-ci d'ordre mécanique. Point d'activité propre à la matière. Pour Leibniz, la raison dernière de toutes choses est Dieu, perfection absolue, monde central, monade des monades. Les monades sont : i^ des substances simples douées de perception, contenant en ellesmêmes le principe de leurs modifications. Ce sont des forces spirituelles tendant sans cesse à changer d'état; 2° des monades sans aperceplion (corps inertes) ; Z° des monades avec conscience obscure (âmes des bêtes). Harmonie préétablie de l'activité propre de chaque monade avec celle de toutes les autres monades constituant l'Univers.
Il n'y a évidemment aucune corrélation* de principes entre Comte et ceux qu'il proclame ses propres précurseurs. Il a pu penser qu'on le croirait sur parole, et beaucoup l'ont fait.
(i) Essai critique sur la philosophie positive, par leD'Ch, Pellarin.
(2) La philosophie en France au XIX^ siècle^ par Ravaisson.
(3) Bévue des Deux- Mondes, 15 avril 1896.
haute estime par Stuart Mill (qui plus tard dut en rabattre), par Léon Bruhl, par Brunetière et quelques autres littérateurs d'un vrai mérite, Auguste Comte fut l'objet d'une étude sérieuse et appro-» fondie de M. Alengry, qui trouve en lui l'étoffe d'un grand homme, mais qui déclare que c'est évidemment Saint-Simon qui a donné à Comte les cadres et les idées directrices de la sociologie (1). M. Alengry a dit également : et Saint-Simon a écrit un plan et Comte l'a réalisé ty (2). Ce serait donc celui-ci qui serait le véritable fondateur de la sociologie. Bien qu'ayant débuté par la synthèse, il a surtout créé la philosophie de fa sociologie (3). Ordéfaut préalable d'analyse, synttièse incomplète et fausse par conséquent, c'est ce que savent tous les élèves en philosophie.
Quelques années plus tard, M. G. Dumas, tout en témoignant de son admiration poul: A. Comte et le déclarant, sous divers rapports, supérieur à Saint-Simon, reconnaît néanmoins qu'il lui doit la meilleure part de ses idées générales (4). Il ajoute : « Dans l'histoire des idées, Saint-Simon, avec sa production désordonnée, ses livres inachevés, ses théories incomplètes, apparaîtra toujours
(1) Essai historique et critique sur la sociologie chez Auguste Comte, p. 469.
(2) Ibid., p. 473.
(3) Ibid,f p. 473, Auquel cas le côté pratique reste à faire, n*esl-il pas vrai?
(4) Psychologie de deux Messies positivistes, préface, p. 8.
comnie une première ébauche de Comte, ébauche vague par endroits, hâtivement dessinée par ailleurs, jamais bien arrêtée dans ses lignes, puissantes et géniales pourtant. Sans lui, Auguste Comte aurait sans doute écrit et pensé, mais il n'eût certainement fondé ni la philosophie positive ni la religion de l'humanité » (1).
De très bonne heure (17 ans) Saint-Simon songe à se faire une carrière physico-politique, ce qu'on appellerait de nos jours s'adonner à la physique sociale ou sociologie, s'y préparant par l'étude des sciences d'observation. S'inspirant d'autre part du catholicisme, qu'il a la prétention de remplacer, il veut instituer un autre pouvoir spirituel composé de savants et d'artistes, et qui régnera moralement sur l'Europe, comme étant l'organe d'une religion conforme aux données de la science humaine. Dans ces conditions nouvelles, tous les hommes sont appelés à travailler. Saint-Simon sera le pape scientifique de l'Europe régénérée dans ses croyances.
Maintenant voici le point de départ. Le xviii* siècle a détruit la foi catholique, sans la remplacer, et, par le mouvement irrésistible de la Révolution française, il a supprimé la monarchie traditionnelle,^ mais sans lui substituer des institutions durables. D'où un double besoin : celui des
(1) Ibid,f p. 9. L'humauité s'en serait probablement bien consolée.
croyances à reconstituer, et celui de rAdministration générale à restaurer également. Or tandis que les écrivains catholiques, tels que de Bonald et J.de Maistre veulent en revenir, tout d*abord, à la foi et au pouvoir spirituel du moyen âge, Saint- Simon veut résoudre le problème par les données de la science réussissant à formuler une nouvelle synthèse. C'est sous l'inspiration directe de celle.-ci que l'œuvre de rénovation doit être accomplie. C'est à elle, par conséquent, à instituer un pouvoir spirituel nouveau appelé à prendre la place de l'ancien.
A l'ancienne encyclopédie, œuvre de critique et de bataille, Saint-Simon veut substituer une nouvelle et véritable encyclopédie, qui sera une œuvre de coordination et de synthèse scientifique. Celle-ci devant êtr« essentiellement une, il ne trouve rien de mieux que de mettre à sa base la loi de gravitation universelle, qu'il considère, comme la loi unique du monde physique et moral. C'est bien de la synthèse, sans doute, mais sans analyse préalable. Mauvais exemple pour l'élève Comte qui agira de même, en se plaçant d'ailleurs à un autre point de vue.
Maintenant, comment faire procéder une morale et une religion de la synthèse ainsi constitviée, savoir de la gravitation universelle? Saint-Simon ne le tente point et s'en tient à des artifices provisoires, en morale et en éducation, pour les enfpnts et les ignorants. Mais les savants écriront l'ency-
clopédie, réorganisant le physicisme par la loi de gravitation. Plus tard, pour que le physicisme soit mis à la portée du vulgaire, les savants tireront de l'encyclopédie un catéchisme nouveau. La science sera renouvelée, la morale aussi sera renouvelée, chacun étant tenu de travailler. Le pouvoir spirituel sera ainsi désormais exercé, au nom de la raison, par un pape et un clergé physiciste : Tunité catholique de la foi se trouvera restaurée. Saint- Simon profondément pénétré de Tesprit du catholicisme, et traitant les protestants d'hérétiques, on peut lui appliquer, mais dans une bien moindre mesure, ce que disait Huxley du système de Comte: C'est du catholicisme sans christianisme.
La conclusion naturelle de Tétude de. M. G.
Dumas. sur Saint-Simon, c'est que ce fondateur du socialistne moderne, comme le disaitPaulJanet(l), était le véritable père du positivisme. Pour Comte, pareille affirmation est la déchéance.
Sans être en apparence aussi explicite, M. Alengry reconnaît qu'on trouve, dans Saint-Simon, une doctriqe complète sur la sociologie telle que l'a réalisée A. Comte (2). Un aperçu général de l'œuvre du premier en donnera la preuve. Cet aperçu je l'emprunte à M. Alengry.
L'Etat révolutionnaire des sociétés ne pourra prendre fin que par la réorganisation préalable
(1) Remèdes Deux-Mondes, 1876, p. 761.
(2) Alengry, op, cit,, p. 435.
des idées, a Le mal est dû à l'absence d'idées communes servant de lien aux esprits et aux volontés. Ces idées communes il faut les créer. La politique n'est pas encore guidée par une science; c'est cette science qu'il faut créer (1). Elle doit avoir pour base une doctrine philosophique universellement adoptée. Une fois la réorganisation intellectuelle et scientifique opérée, la réorganisation sociale sera achevée. D'où ces propres paroles de Saint-Simon : « Je conçus le projet de forger une nouvelle carrière à l'intelligence humaine ». D'où l'on voit que a le Saint- Simonisme est une théorie sociale et politique qui a. pour base une rénovation totale des sciences, des idées » (2).
Cette rénovation est essentiellement philosophique, car elle est synthétique. L'esprit humain a parcouru la voie de Va posteriori^ qui est celle de l'analyse et des vues particulières; il doit s'engager dans la voie de Va priori^ qui est celle de la synthèse et des vues générales. Toute rénovation philosophique doit être générale et synthétique, car la philosophie est la science des sciences, les sciences particulières n'étant que les éléments de celte science totale (|ui est une véritable encyclopédie (3). Les philosophes du xviu® siècle ont fait
(1) Ibid., p. 436.
(2) Alengry, op. cit,, p. 537.
(3) Saint-Simon cité par Aleugry, op, cit., p. 437-438,
une encyclopédie destinée à renverser le système théologique et féodal; ceux du xix* siècle doivent aussi faire une encyclopédie pour constituer le */ système industriel et pacifique (1)> Son ainée a détruit, ellp-mème bâtira (2). Ainsi donc conclut M. Alengry pour réorganiser lés sociétés, il faut d'abord réorganiser les idées, c'est-à-dire toutes les sciences et les englober dans une vaste synthèse.
M. Alengry continue dans les termes suivants : « Pour réaliser cette immense entreprise, il faut se livrer à jLrois genres de travaux : 1* classer les sciences; 2** les rendre homogènes, c'est-à-dire toutes positives; 3* enfin couronner toutes les sciences par une nouvelle science, positive comnçie les autres, mais infiniment plus vaste, plus synthétique : la science politique ; c'est elle qui ser-»^ vira de guide à la rénovation sociale et à l'art politique (3). C'est elle qui couronnera Tédifice des sciences et préparera directement la réorganisation des sociétés (4).
Maintenant voici la classification des sciences de Saint-Simon : a Tous les phénomènes dont nous avons connaissance ont été partagés en différentes classes : phénomènes astronomiques, physiques, chimiques, physiologiques » (5). Il n'y a point,
(1) Alengry, op, ciU, p. 437.
(2) Alengry, op» cit.t p. 438.
(3) Saint-Simon cité par Alengry, p. 439.
(4) Saint-Sin^ou cité par Alengry, p. 439.
(5) Pour arriver à constituer l'imposant édifice de la hiérarchie
dît-il ailleurs, de phénomène qui ne soit astronomique, chimique, physiologique ou psychologique (1). Or comme pour Saint-Simon : « La physiologie comprend : 1** la physiologie individuelle soit physique, soit psychologique, et la physiologie de Tespèce ou physique sociale, il s'ensuit qu'il classe les sciences dans Tordre suivant : mathématiques, astronomie, physique, chimie, physiologie (physiologie, psychologie^ progrès de Tesprit, marche future de Pesprit humain). Saint-Simon ébauche même un ordre de développement historique des sciences, fondé d*abord sur leur complexité croissante, puis sur leur rapport de plus en plus grand avec rhomme et ses sentiments ».
Parmi les sciences, les unes sont positives, telles que les mathématiques, l'astronomie, la physique et la chimie, car elles ont leur point de départ dans l'observation ; les autres sont conjecturales, e'est-à-dire théologiques et métaphysiques. Cellesci doivent secouer le joug des métaphysiciens et des moralistes, et toutes les autres sciences étant devenues positives, il faut qu'il en soit de même pour la philosophie, la morale et la politique. Donc les phénomènes que celles-ci étudient doivent avoir pour méthode essentielle l'observation, et doivent être considérés comme assujettis à des lois
des sciences, Comte u'a vraiment pas dû faire un puissant effort d'imagination.
(1) Saint-Simon cité par Alengry, op, cit., p. 440.
invariables. Alors, mais alors seulement la classification des sciences formera un système homo- . gène couronné par la science politique (1). /
La physiologie sociale ou science politique a un objet distinct de la physiologie individuelle. « La première plane au-dessus des individus qui ne sont plus, pour elle, que des organes du corps social, car la société n*est point une agglomération d'êtres vivants, dont les actions indépendantes de tout but final n'ont d'autre cause que l'arbitraire des volontés individuelles. La société, en effet, est surtout une véritable machine organisée, dont toutes les parties contribuent d'une manièi*e diff'érente à la marche de l'ensemble. La réunion des hommes constitueun véritable être. Cet organisme immense se développe comme l'organislue individuel, ily traverse l'enfance, l'adolescence, l'âge mûr, et il arrivera à la vieillesse.
11 faut maintenant aborder la question de loi. Puisqu'on admet généralement aujourd'hui que les phénomènes astronomiques, physiques et chimiques obéissent tous indistinctement à la loi de la gravitation universelle, il est nécessaire d'étendre cette loi aux phénomènes physiologiques, surtout aux phénomènes physiologiques sociaux. Il n'y a pas deux natures : l'une morale, Taùtre^^ physique. Le développement social n'est que le prolongement du développement animal. Il n'y a*
(1) Saiat-Simou cité par Alengry, op. cit., p. 440.
qu'un ordre de choses : l'ordre physique. La science politique devient positive, au même titre que les autres sciences, et elle devient apte à servir de base à Fart politique.
Ainsi sera créée la philosophie générale, destinée à remplacer les anciennes métaphysiques et les anciennes religions, et ainsi seront satisfaites les tendances naturelles de Tesprit humain vers Tunité.Dans l'éducation, les études se termineront naturellement par un cours de philosophie positive (1).
Le progrès est la caractéristique essentielle de révolution sociale et, comme Condorcet son père spirituel^ Saint-Simon ne considère à la fois qu'un seul peuple auquel il rapporte tous les progrès accomplis. Ce peuple varie suivant les époques : les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Arabes, puis les Anglais et surtout les Français. Pareille abstraction est légitime, car la marche de Tesprit humain est une et inaltérable, elle ne varie point suivant les temps et les lieux. Tous les peuplesv sont entraînés par le même courant, seule la "^ vitesse de révolution est différente. Ce courant est( celui du progrès qui est une impulsion universelle et nécessaire, sollicitant toutes les sociétés à améliorer sans cesse leur condition. Le progrès est' une loi qui entraîne et domine les événements et les êtres. Les hommes ne sont en face d'elle que
'1) Saint-Simon cité par Alengry, op, cit», p. 441-442-443,
(les instruments, et rien ne peut arrêter, d'une manière xlurable, les progrès de la civilisation. Ni les grands hommes, ni les législateurs n'ont dirigé ce mouvement naturel et nécessaire, ils en ont pris conscience et l'ont résumé. L'évolution | est inconsciente et mécanique. Tous les moments^ du progrès ayant été nécessaires, il n'y a ni à les^ louer, ni à les blâmer. C'est ce que n'a point fait Gondorcet, car il a méconnu le rôle de la religion et celui du Moyen Age, qui ont été des moments nécessaires dans les phases de la civilisation. Ils ont apparu quand il le fallait et leur rôle a été utile. Ainsi les institutions religieuses ont exercé sur les institutions politiques la plus grande et la plus légitime influence. L'institution religieuse, sous quelque aspect qu'on l'envisage, est la principale institution politique, et le Moyen Age a été le berceau de la civilisation moderne. En effet, c'est au Moyen Age qu'on voit l'établissement d'un pouvoir spirituel européen, ce qui était et doit être encore aujourd'hui la véritable base du système politique de l'Europe. L'esprit positif dans les sciences est même né dans cette période si décriée.
Le passé aide à comprendre le présent et à' éclairer l'avenir. En effet, le problème de la science politique consiste à trouver la loi du progrès : d'où viennent les sociétés, où vont-elles? Du passé bien observé, on peut déduire facilement l'avenir. L'étude de la marche que l'esprit humain
a suivie nous dévoilera celle qu'il suivra. L'histoire nous dirige, elle est un fil conducteur aux hommes politiques.
D'où viennent les sociétés humaines? du système théologique et féodal. Vers quel but se dirigent-elles nécessairement? Vers le système scientifique et industriel. Observons le présent et l'éclairons par le passé, c'est-à-dire par l'histoire.
Saint-Simon a puisé dans l'histoire toutes ses théories. L'analyse des progrès de l'esprit humain lui a servi de base pour la conception de l'échelle hiérarchique de l'encyclopédie. C'est à l'histoire qu'il demande l'évolution des progrès, la considération des maladies du corps social, les considérations sur les Romaine, l'appréciation du Moyen Age, la loi de l'alternance des révolutions scientifiques et des révolutions politiques et, enfin, de l'histoire des communes, c'est-à-dire du mouvement scientifique et industriel qui occupe, dans son œuvre, une place si importante (1).
La science politique a pour objet, d'après Saint- Simon, les sociétés en mouvement, et elle se propose pour but de découvrir la loi de ce mouvement, la loi du progrès. L'état présent d'une société serait donc inintelligible sans la connaissance des phases qu'elle a d'abord traversées. Ce n'est que par l'observation philosophique du passé que l'on peut acquérir une connaissance exacte
(I) Saiul -Simon cité par Alengry, op» cit,, p. 4^3-448.
des vrais éléments du présent. Celui qui proposé? une nouvelle institution doit donc faire voir, avant tout, qu'elle est amenée par le passé et réclamée par le présent. La vraie méthode de la science politique est donc la méthode historique. Toutefois*^ rhistoire ne rendra de services réels à la science politique qu'à la condition de devenir scientifique. La marche à suivre est de faire une histoire de l'espèce humaine, une sorte d'histoire universelle s'élevant au-dessus des égoïsmes nationaux. Depuis le siècle passé (xviii* siècle) on est entré, dans une voie meilleure, surtout Condorcet qui a essayé de constituer Thistoire, d'une manière vraiment philosophique, en la traitant comme une véritable science. Il a fait une série d'observations sur la marche de la civilisation et il a divisé les faits non en dynasties, mais en époques d'après la théorie générale du progrès. Mais l'œuvre de Condorcet n'est qu'une ébauche et le travail général et fondamental reste encore à faire (1).
L'unique problème de la science politique consiste à trouver la loi des progrèsde l'esprit humain. L'histoire des sciences nous montre qu'elles ont commencé par être conjecturales avant de devenirpositives. A sonorigine, l'astronomien'étaitque de l'astrologie, la chimie n'était que de l'alchimie, la physiologie était infectée de charlatanisme, la psychologie nageait dans la superstition. Aujour-