COMTE SAVANT
II ne faut jamais perdre de vue les principes dont on est parti. Nous savons d'une manière très précise que Saint-Simon voulant restaurer, réorganiser la société au point de vue de la politique^ commença par bannir de sa pensée toutes les considérations philosophiques et religieuses, cher-, chant son point de départ dans Tensemble des sciences (2). Il eut même la pensée de les réviser, de les modifier, au besoin, pour ne se servir dans l'œuvre grandiose qu'il se proposait d'accomplir que de matériaux incontestables. Mai3 le programme à réaliser était hors de sa portée, ses propres connaissances scientifiques étant beaucoup plu3 qu'insuffisantes, et ne lui permettant aucune préparation sérieuse du terrain sur lequel il prétendait élever la science politique.
Comte, mieux préparé par ses études antérieures, eut évidemment le sentiment très net de la
(1) Je fais dans cet ouvrage œuvre de critique, mais je jcommence par déclarer que là où je ne pourrai juger les choses par moimême, je m'efforcerai toujours de faire appel à ceux dont l'autorité incontestable s'impose en s'affirmant.
(2) D'où l'expression de Physique sociale pour désigner la science politique.
contradiction qui s'était produite, chez son maître, qui prétendait passer à l'organisation de la Isociété avant d'avoir jeté les fondements sur lesquels la science nouvelle devait ^'élever, diaprés la doctrine formulée par le maître lui-même. Ce que celui-ci ' négligeait, par impuissance de préparation antérieure, l'élève se crut en position de l'accomplir. Tel fut l'un des motifs qui les séparèi^ent Tun de l'autre. -
Mais tout en se séparant de celui qui lui avait révélé sa véritable vocation, Comte ne perdit point de vue les termes du programme primitif. Pour constituer ce qu'il appela la sociologie sur des assises itiébranlables, il fallait au préalable l'éfon-^ dœ, reconstituer les sciences elles-mêmes, les restaurer, les régénérer partout où le besoin s'en ferait sentir, avant d'édifier sur cette base, en toute sécurité, la science politique.