AUGUSTE COMTE. APERÇU PSYCHOLOGIQUE
Auguste Comte avait un caractère entier et des pins insubordonnés. Il en donna des preuves soit au Lycée de Montpellier, soità l'Ecole polytechnique.
M. Georges Dumas a dit de lui qu'il n'a jamais témoigné d'un remords ou d'un regret^ ce qui ne
surprend guère ceux qui savent qu'il n'a jamais parlé delà conscience, lui qui a formulé un certain système de morale où elle n'avait aucun rôle à jouer. Il a d'ailleurs prouvé, dans une circonstance grave de sa vie, qu'il n'était rien moins que doué d'une certaine délicatesse de sentiment. Il épousa, comme on sait, en 1825, sa maîtresse Caroline Massin, fille naturelle d'un acteur (1). Elle avait été vendue par sa mère à un M. Gerclet qui i'abàn-r donna bientôt, aussi, dej)uis deux ans, était-elle inscrite comme fille publique sur les registres de la préfecture de police. Est-ce à titre d'anli de Comte, ou d'ancien ami de la mariée, que ce M. Cerclet est mentionné dans l'acte de mariage comme témoin ? Quoi qu'il en soit, M^'Comte fit à son époux des infidélités sans nombre, dont quatre fugues bien caractérisées, et Tune pouraller retrouver le témoin susdit.. Cet état de choses dura dix-sept ans. Il jette un singulier jour sur le moral d'un homme, à qui Lamennais attribuait une belle âme, et qui s'est conduit dans le cas que je signale comme un simple dégénéré aurait pu le faire.
Les premiers rapports de Comte avec son maître ont été convenables. En voici la preuve bien connue. Dans une lettre à Valat, il s'exprime de la foçon là plus élogieuse à l'égard de Saint-Simon : « C'est le plus excellent homme que je connaisse.
(1) Vers la fin de sa vie, il a exprimé un regret : celui d'avoir refusé de faire bénir son mariage par un prêtre, dès le principe.
celui de tous dont la conduite, les écrits et les sentiments sont le plus d'accord et les plus inébranlables. 11 est franc, généreux autant qu'on peut Tètre. Son caractère est estimé par les hommes de toutes les opinions. Il voit fort loin et au-dessus de son siècle, c'est pour cela qu'on n'apprécie pas encore suffisamment ses idées* C'est l'homme le plus estimable et le plus aimable que j'aie vu de ma vie, celui de tous avec lequel je trouvé le plus agréable d'avoir des relations. Aussi je lui al voué une amitié éternelle; et en revanche il m'aime comme si j'étais son fils ».
C'est le même homme qui, avec la pleine cons-: cience des services rendus, dans une autre lettre à Yalat, lui disait que sa liaison de travail lui avait révélé à lui-même unecapacité politique, dont sans Saint-Simon, il ne se serait jamais douté.
Plus tard le langage change du tout au tout. Il méconnaît son véritable prédécesseur etditdescendre d'Aristote, de Descartes, de Leibniz et même de Tapôtre saint Paul, qui est pour lui le véritable fondateur du christianisme.
Que penser de Comte lorsqu'il osait ainsi parler de Saint-Simon : « La funeste liaison de ma pre^ mière jeunesse avec un jongleur dépravé... Séduit par lui, vers la fin de ma vingtième année, mon enthousiasme, jusqu'alors appliqué seulement aux, morts, me disposa bientôt à lui rapporter toutes les conceptions qui surgirent en moi pejidant la durée* de nos relations... Ecrivain stérile, vague, super-;
(iciel. Toujours incapable de rien créer, il se bornait à refléler les inspirations extérieures, même dans ses aberrations... Son éclat passager constir tuera pour la postérité Tun des symptômes caractéristiques de notre anarchie mentale et morale^ puisqu'il résulta seulement d'un charlatanisn!ie effi-éué^ dépourvu <Iu tout vrai mérite^.. Je ne dus rien à ce personnage, pas même la moindœ instruction » (1). Ces intempérances de langage, ce défautdç justice, dans les jugements, me paraissent concorder avec le défaut de sens moral qui est pour moi une des caractéristiques d-e Comte. A moins que la psychopathie profonde et durable de l'élève n'eût supprimé, chez lui, tout souvenir (casil'amnésie) des èminents services que luiavaient l'endus iô véritable père du positivisme, Comte a fait preuve envers lut d'une ingratittide inqualifiable, allant jusqu'à la disparition de toute conscîenxîe morale. M, Georges Dumas, moins «sévèi^^ l'aiccuse d'inconscience, sur le même chef. Je m'en tiens au iléfaut de conscience (2).
(1) Syst. de politique positive t t. III, préface, p. xv et zvi.
(2) La tentatire de suicide de Saint-Simon permet, par ce qui l'amena, d'apprécier les sentiments moraux de son élève. Celui-ci e^ fût la cause occasionnelle, comme le dit Bertrand qui a bien connu les détails de la circonstance, a Saint-Simon de plus en plus obéré et devenu importun à ses bailleurs de fonds, avait obtenu de Ternaux un subside considérable, à la condition expresse qu'il fondât une revue mensuelle dont on escomptait l'influence. Saint- Simon avait formellement promis le premier numéro pour une date convenue; Tarlicle à sensation devait être écrit par Auguste Comte. Les aBoonce« étaient répandues à profusion, lorsque Comte fit
D'aiJIeurs, d'une manière générale les appréciations d'Auguste Comte, concei-nant les gens qui lui déplaisaient, nobservèrent plus la moindre réserve, saiif quand il se contentait de les appelei* métaphysiciens, expression dont il ne paraît point avoir jamais bien saisi le sens «xact. Hommes et choses étaient souvent l'objet d*outrages les moins mérités et souvent les plus calomnieux* Ces iiatem-. / pérances de langage, ee défaut de justice, dans Leé jugements, me paraissent aussi concorder avec le défaut de sens moral propre à Comte.
<je défaut de sens moral «est, on ne peut plus manifeste, quand il parle de Jésus-Christ qu'il accuse d'avoir manifesté un mélange d'hypocrisie et de fanatisme, ajoutant que saint Paul, pour fonder le christianisme, dut se subordonnei* à un aventurier monothéique. Le même Comte prétend que les chrétiens s'attribuèrent le privilège du pardon des injures, solennellement démenti pai* leur divia modèle, proscrivant à jamais toute la nation J4iive pour venger une seule victime.
saTOÎr «[a'il n'était 'pas prêt. SaiDl-Simon alla'J^ voir, lui représenta ses crueU embarras, la perte de son crédit, le tort fait à sa considération par le manque à une parole solennellement donnée; il obtint la promesse que pour le mois protïhain l'article ser^iit prêt. Comte manqua de parole. Saint-Simon alla lui rappeler sa promesse ; il .n'en avait pas écrit une ligne. Sans lui faire ud reproche Saiot-Simon rentra chez lui, dans un hôtel garni de chétive apparence, s'assit su-r une fenêtre qui donnait sur une «ou** très élroile, dans laquelle il tomba après s'être tiré une haUe dans la tête. H survécut contre toute vraisemblance.
c J'ai entendu cette triste histoire racontée par Pierre i^eroux avec l'émotion d'un ami et la précision d'un témoin».
Or quelle fut la prière adressée par Jésus-Chrîst à son Père céleste? Père pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font. Telles furent les parojes qui sortirent de ses lèvres. Ainsi Comte- se montre, non seulement insensible à la grandeur morale du Christ, dans l'ensemble de Texercice de son ministère, mais encore il le calomnie bien gratuitement et probablement sans s'en douter. 11 devait Igno*rer les Ecritures aussi profondément qtie la philosophie elle-même, peut-être même davantage, et ce n'est pas peu dire.
Comte a çu la prétention de créer une philosophie fondée sur le sens commun ; il en parlé à plusieurs reprises. Or s'il est une chose qui lui ait manque, très particulièrement dans sa Politique, qui est son œuvre sociologique par excellence, c'est surtout le sens commun. N'a-t-il point fait de toutes les sciences, les mathématiques comprises, des œuvres d'amour 1 N'a-t-il point proclamé la supériorité de la logique, du sentimenjL sur la logique rationnelle? N'a-t-il point voulu faire du mariage un exercice à la fois très tendre, mais purement sentimental, d'où son hypothèse des vierges-mères se fécondant elles-mêmes par un procédé nouveau ? N'est-il point retombé dans un complet fétichisme par son adoration de la Trinité, dite positive, comprenant le grand Etre (l'humaîiité), le grand Fétiche (la terre) et le grand Milieu (l'espace)? N'a-t-il point admis un grand Etre spécial, au moins pour Ips espèces animales les
plus élevées? Et parmi les animaux, ii'a-t-il point agrégé les meilleurs d'entre eux à Thumanité, pendant qu'il bannissait du sein de cette dernière les hommes ne lui faisant point honneur. Toutes ces idées étranges ne sont-elles point frappées au coin de l'absurdité. Il ne s'agit point de manie, la chose est évidente; ce ne sera pas même, si l'on veut, de la folie raisonnante, mais de |)areilles idées sont le propre d'un homme dénué de tout bon sens, en un mot d'un détraqué, H iné semble d'ailleurs, que lorsque M. G, Dumas parle d'un état nerveux psychopathique, durable et profond, cela impliqué un troublé niental durable et profond (1). Cela me suffit pour la thèse qiie je développe, en ayant soin d'ailleurs d'appuyer mon dire sur deux citations que j'emprunte à l'excellent ouvrage de M. le professeur Régis, bien connu comn^e un éminent aliéniste.
^ « L'action des causés occasionnelles, morales^ou physiques, sur le développement de la folie,; est meontestable, mais elle hé doit pas être exagéi^ée, et il faut Lien savoir que, sans une prédisposition déjà existante, sans Iç concours de la semence et du terrain, comme dit M. Bail, cette action resterait inelficace » (2)* ^ Or, Comte a été fou ; il a été atteint de manie
(1) Psychologie des deux Messies positivistes ^ p. 153. Psychopathique vient de TuàOoç de même que pathologie. i (2) E. Régis, Manuel pratique de médecine mentale, p, 45.
et traité pendant ujii an par EsquiroJ. Dans son ca9, il y a dû avoir, cotuoia pour tout le mondey la semence et le terrain. La semeace concerne fta digne et «haste épouse. Le terrain le concerna perso n ne I lenoetit .
Saas être atCeîat d'^ne nouvelle manie, mais après avoir été sérieusement éprouvé, au point de vue psychique. Comte, arrivé à la période i^i^ gieuse, c'est-à-dire mystique de son existence, a présenté des hallucinations qni lui remettaient sous les yeux sa chère, sa divine Clotilde:, qui était pour lui le pur et véritable symbole ide Thtimanité, ou plutôt, «dans celle-ci, c'était bien toujours Clotilde qu'il adorait. €es hallueinations étaient provoquées par certains moyens dont «e servait Comte, et qui, pour d'auLt^s se portant bien, pouraient posséder la même effioacité, du moins on a pu le croire.
L'exemple donné par Comte d'un homni^ qu'on dit parfaitem^it sain et doué du pouvoir de s'halluciner, moyennant certains arti&ces, pouvant ne |>as paraître suffisamment démonstratif, je vais laii^ encore appel à l'ouvrage déjà cité de M. Régis :
a L'hallucination n'est qu'un élément symptomatique de la folie qu'elle ne suffit pas à elle seule à constituer. Au reste, Thallucination peut, dans certains cas, exister sans folie, et il est dans le inonde des gens sensés qui sont sujets, surtout au moment du passiige de la veille au sommeil
(Jtaltucinaîions hypnagogi^ues) (1), à des liallud-^ nations qu'ils apprécient très sainement. Toutefois, ces hallucinations ont été appelées à tort physiologiques. L'hallucination est toujoura iin |)hénomène morbide » (2). S'H en est ainsi, la diathèse moi'bkle de Comte, son état nefveux psychopathique ou phrénopathique ptofond et durable, tue paraît une explication suffisante du succès qu'il obtenait en matière d'hallucinations.
De par l'état nerveux psychopathîque, «de par son mysticisme messianique, de par un amour sans mesure qui le régénéra lui-même et qui 4ui fit changer, 4'ailleurs, dans la politique, à ce qu'il reconnaît, le point de vue du coura, il est ismv venu une transformation absolue de la conception primitive de la doctrine. Comte n'en est pointicoavenu, il a même prétendu tout le contrait^ et ses affirmations ont trouvé un accueil favorable, chez quelques uns de ses admirateurs, par exemple M. Lévy Bmhl et M. Brunetière. Quelques-uns de ses élèves, néanmoins, refusèrent de le suivre jusqu'au bout de «es égai*ements. Je puis citer entr'autres Littré, qui avait révélé le prétendu descendant d'Aristote, de Bacon, de Descari^es, de Leihnie au monde scientifique. Je puis citer aussi M. d-e Blignièœs, auteur d'un livre «ur la «doctrine positiviste. L'orgueil de Comte était immense, il
(1) Décpiios par Mawry.
(2) Régis, ibid., p. 68-69.
se considérait comme le souverain pontife de sa religion, voyait son image dans le Panthéon et aspirait à remplacer Napoléon sur la colonne Vendôme. Toute contradiction lui était odieuse et les sentiments qu'il dut d'abord éprouver, envers les disciples de sa première manière, furent changés du tout au tout. A l'égard de Littré, voici comment il s'exprime: a ....celui de l'incohérente coterie graduellement formée du concours spon^ tané de tous les faux positivistes, nominalement groupés autour du rhéteur usé que le positivisme a passagèrement décoré d'une auréole de penseur ». Quant à M. de Blignières, qu'il a dit antérieurement être un de ses meilleure disciples, travaillant sérieurement à devenir prêtre de l'humanité, des nlieux doués par les qualités dix coeur et de l'esprit, il rompt avec lui dans les termes suivants : a D'après la corvée exceptionnelle (la lecture du livre de dé Blignières) que j'ai scrupuleusement accomplie, je regrette de vous aVoir traité d'avorté : l'expression était trop indulgente, car l'avortement suppose la fécondation, tandis que le :mot vraiment convenable est finalement stérilité j>. A la fin de cette diatribe, il dit enfin : « Des outrages analogues a ceux de vos ignobles lettres (1) ». Ces Messieurs avaient commis un crime de lèse-majesté vis-à-vis du représentant de
(1) Lettres à de Blignières, 1857. V, Hevue des DeuX'Mondes, le' mars 1908.
rhatnanîlé dans ce mondcy le chef auguste, de la religion définitive. Toute parole de lui devait être crue sans examen, car il était, lui, Je ^ape d!un nouveau catholicisme. ::
Toutefoisvdans les dernières années de sa.vîev Comte, qui avait pris l'Imitation de Jésus-Christ pour sa lecture de tous les jours, sous Tinfluencé probable du mysticisme dont il se nourrissait, et par défaut d'aliments suffisants, avait pris, dit-on; un aspect très particulier de douceur et dé déboanaireté. 11 paraît, par ses lettres a de Blignières, écrites peu avant sa mort, qu'il suffisait de lui, gratter un peu Tépiderme pour le rendre à savéritable nature. Le Messie psychopathique prêtait point, doux et humble de cœur comme le Messie du Christianisme, pour lequel,, d'ailleurs, il n'éprouvait aucune sympathie. Jalousie de métier..
Il y a, nous l'avons vu une similitude incontestable et le plus souvent une identité . complète entre le positivisme du maître et celui de.rélève,. mais celui-?ci, blessé dans son orgueil indomptiabJc paK le fait de la rupture survenue malgré la cordialité et l'intimité des premiers rapports, prétendit s'attribuer l'ensemble de la doctrine qui l'avait mis sur la voie des études sociologiques. 11 imita donc en se l'appropriant le système de Saint-Simèa dans sa grande généralité, et par cela seul quMl ne lui rendait point justice, il conçut contre lui une haine qui ne fit que s'accroître avec les années. A mesure que, sous une forme différente, il dévelop-
pâil la doctrine piosilivistei, plein d'adatiriition poiiif 90É1 propre génie, le rôle de mes&ie fui parut fàîl pour sa taâllé. D'où noûvèaui motif de haine jaloase pour celui qui Tavait devancé dans senablablecai'' rîèrcv C'était encore une imitation, et^ Tétat p«ycbopatbique ou d^âffection m^ehlale aidant, il rnselta au delà de toute mesure la mémoire de celui qui avait été son ami et un bon père spiritoe(. Une autre imitation c'est d'avoir été dans une maison d'aliénés, une autre imitation c'est une tentative de suicide. Une dernière imitation c'eîst d'avoir imaginé une religion nouvelle, nou* veau catholicisme et nouveau spiritualisme d'après Comte, pareille tentative rappelant le nouveau christianisme de Saint-Simon. Or, ce serait parc^ que celui-ci, au dir^ de l'élève, avait témoigné des velléités religieuses que lui-même se serait séparé du maUre.
Tai*de n'aurait^-il pas pu dire que Comte avait rMprtt4*i "citation très développé, et que cet esprit a été la cheville ouvrière de son existence?
J'en ai dit assez déjà pour prouver que Comte n'était point cqmme caractère une nature d'élite« De tout temps pMn de lui^mème^ il éprouvait les sentimeats les plus hostiles contre tous ceux qui loi avaient fait quelque opposition. Cet état d'esprit sepibla s'exagérer encore quand ce nouveau messie parut comme atteint d'une espèce de délire des grandeurs; On sait qu'aux jours de sa jeunf^sse il avait un tel respect pour les corps savants qu'il
voiilait charger l'Académie de» scieftfees des fon^* lions de pouvoir spirituel, deyahl prendlre la place et de la théologie et de la ntèlaphysique. Cela dit, je cite qirelqoes unes de ses appréciations.
« L'élablisseinent de TAcadémie des sciences, due à Colberl, est un premier pas vers Torgan^rsatîon A'iin pouvoir spirituel » (1). A Tépoque de ta Convention, tes Jacobins représentarent une ébsifi* elle du pouvoir spirituel (2). « Les savants^ occù* pés des sciences d'observatîo» sont les seuls qai mm plissent les conditions nécessaires pour réaliser cette organisation ». (3). Donc le système à eônn-* tîtuer le pouvoir spirituel sera entre les mainf des savants et le pouvoir temporel appaii^iendra aux chefs des travaux industriels « Les savants sont très inférieui's à la doctrine f> (4). « Vices iniellec'* tuels et moraux rendant d'ordinaire les savants actuels profondément indignes d'aucune ^ute missiofy sociale » (5). « Dégradation moi*ale et mentale des savants actuels » (6).
Or il y avait alors en France des savants qui s'appelaient Arago, Cauohy, Ampère, Cournot, Duhamel. Un homme ayant quelque sens moral,
(1) Politique positive^ IV, Appendice géaérn], 2« partie, p. 33.
(2) Cours, VI, p. 3a4,
(3) Politique positive, IV, Appendice général, 3« partie, p. 70, 72, 80.
(4) Cours, VI, !►. ^76. , ;
(5) Cours, VI, p. 438.
(6) Politique positive^ III, p. 51 S,
OU ôeulement quelque sens commun pouvait-il parler de la sorte ?
; Je reprends mes citations.
ce Tout ce que la Convention avait détruit doit être aujourd'hui supprimé définitivement, sans excepter les académies même scientifiques, dont là funeste influence mentale et morale a tant justifié depuis leui' restauration, là sage abolition initiale 2> (1). a La religion de Thumanité exige aujourd'hui Tabolitionradicaledu régime académique, comme étant à la tbis immoral et irrationnel, surtout en France » (2). a II faut ôter les sciences auk purs. savants, en brisant avec énergie le réginie académique » (3). « Une dictature énergique peut supprimer le budget universitaire, TUniversité et ses corporations métaphysiques, institutions abrutissantes et corruptrices. Les écojes spéciales (ii indique quelque part, comme écoles à supprimer, Jes écoles d'artillerie et de la marine), pourraient toutes disparaître aujourd'hui, sauf les écoles vété? rinarres, sans compromettre aucun service public et privé ». a La dictature dantonienne nous avait dignement délivré des compagnies scientifiques, lesquelles corrompent directement rintelligence. Ni le clergé, ni même TUniversité ne font autant que rinstitut, et surtout l'Académie des sciences.
(1) Politique positive y IV, Disc, préliminaire, p. 123.
(2) Ibid., p. 337.
(3) Politique positive, Inlrodiiclion fundamentale, p. 473.
dévier la jeunesse française des dispositions syn* thétiques et sympathiques qu'exige sa mission actuelle. L'Académie des sciences, corporation
aussi rétrograde qu'anarchique ses ravages
intellectuels et moraux» (1). La marche générale de la réorganisation spirituelle exigera certainement, surtout en France, l'entière abolitionf préalable du vain simulacre d'éducation publique que le passé nous a transmis, et de l'étrange corporation universitaire qui s'y rattache » (2). a La science aujourd'hui compatible avec le charlatanisme, surtout chez les géomètres (3), Vices intellectuels et moraux des savants actuels, profondément indignes d'aucune haute mission sociale ».
Tout ces outrages portant à faux, ce qu'on peut dire de plus favorable pour Comte, c'est que la psychopathie, ou afiection mentale dont il était atteint, lui avait enlevé toute la part de bon sens, si restî*einte fût-elle, dont la nature avait pu le gratifier.
La médecine a aussi sa part d'outrages.
(L Le sacerdoce doit compléter son domaine normal eh y joignant l'office médical, dont la séparation provisoire a graduellement produit une dégénération mentale et morale qui rend urgente sa réintégration au sacerdoce. Une vénalité mons-
(1) Politique positive. Avenir humain, p. 390,
(2) Cours, VI, p. 527.
(3) Cours, VI, p. 478.
trueuse s^y combine avec une irrationnelle spécialité » (1). « Redevenues subalternes, les fonctions chirurgicales seront transférées à leurs meilleurs organes les constructeurs d'instruments, à ce préparés par leur éducation encyclopédique. La même préparation permettra de réserver les autopsiea humaines au terrible fonctionnaire, institué par rhumanité, pour l'extirpation des meurtriers, dont les corps suffiront aux vrais besoins de la science régénérée » (2).
Impossible d'être plus étranger que Comte aux choses dont il parle. Il ignore les questions, mais il en raisonne.
a Nos prétendus médecins ne constituent réellement que des vétérinaires, mais plus mal élevés que ceux-ci ne le sont maintenant^ du moins en France, et dès lors aussi peu capables de guérir les animaux que les hommes » (3)«
C'était aux Gendrin, aux Trousseau, aux Andral, aux Velpeau, aux Rostan, aux Rayer, aux Beau, que s'adressaient de pareilles injures! Ils n'en furent, il est vrai, jamais atteints, ces injures retombant de tout leur poids sur celui qui les avaient proférées.
Quant à l'appréciation de l'Ecole normale, l'outrage y disparaît, mais la fausseté du jugement n'est pas moindre.
(1) Cours, VI, p. 438.
(2) Politique positive, IV, p. 74-75,
(3) Jbid., II, p. 436.
a Rien ne saurait être plus irrationnel que la moderne institution française, si étrangement qualifiée de normale, par un naïf orgueil métaphysique où Ton se propose directement d*enseigner dogmatiquement l'art même de renseignement, sans être nullement choqué du cerclé profondément; vicieux (?) qui résulte aussitôt d'une pareille prétention » (1).
Académies, Université, sciences et enseignement, dans les personnes qui les représentent avec une autorité que ne posséda jamais celui qui en dit tant de mal, par colère, rancune et insuffisance de jugement, tel est le spectacle auquel nous venons d'assister. Toutefois je rappelle, pour être équitable, que les vétérinaires ont trouvé grâçç devant iîes yeux.
li n'en a pas été de même pour le journalisme. En voici la preuve. ^
a Tendance générale de la doctrine positive qui vient spontanément éteindre le journalisme. En terminant l'interrègne spirituel, la religion positive fera naturellement cesser l'usurpation qu'il suscita chez les lettrés Occidentaux.; JLe sacerdoce de l'humanité doit dope s'interdire toute :participation à l'institution qu'il devra bieo tôt fléti'ir c^mme radicalement anarchique (2) ».
Il n'en a pas été de même, non plus, pour les
(1) VI, Cours, p. 653.
(2) Politique positive-^ IV, p. 11.
avocats et les littérateurs, dirigeant d'ordinaire la politique rétrograde, d'après Comte : « Quoi qu'il éil soit, si une telle phase ne devait pas être néces* saîrémeilt passf^âgère, elle constituerait, ce me Semble, la: plus honteuse dégénération sociale, en investissant, a jamais, de la suprématie politique déë ; classiBS aussi évidemment vouées par leur nature, à la subalternité, dans tout ordre vraiment normal » (1).
Maintenant voici la part faîte au théâtre : « Le positivisme doit irrévocablement éteindre l'institution du théâtre, autant irrationnelle qu'immorale (2) ».
Et enfin celle des livres : a Le véritable posjti-
viste pourra, même dans le clergé, réduire sa bibliothèque à cent volumes. Aux dix tomes qui eondensei^t toute la philosophie (celle de Comte), on en joindra vingt de poésie, plus autant pour l'ensemble des notions concrètes envers les données pratiques, la description des êtres et la connaiss^ance du passé. La seconde moitié du recueil positif sera consacrée aux monuments dignes, par leur valeur originale, de survivre à la destruction systématique des immenses amas qui maintenant compriment ou pervertissent la pensée {3^) ». Si Comte avait été à la tête dès hordes musul-
(1) Cours^ IV, p. 126.
(2) Politique positive^ IV, p. 441.
43) Politique positive.
mânes qui, sous les ordres du calife Omar, envahirent l'Egypte et brûlèrent, dit-on, tous les livres de la bibliothèque d'Alexandrie, ils n'auraient pas eu avec lui un meilleur sort. Que penseï* du jugement d'un homme capable, en plein xix* siècle, de tenir le langage que je viens de citer ?
« Le positivisme n'hésitera point à placer la tendresse du cœur féminin au-dessus de la pureté (1).
» Le peuple parisien chargé des communes destinées de rOccident (2)/
» Phase dictatoriale seule vraiment française (3).
» Désormais, plus de rétrogradation monarchique (4).
. » Unique interprète de l'avenir et du passé. Comte affirme qu'aucun Dictateur ne conservera la tendance monarchique (5).
» La situation républicaine actuelle permet et exige la Dictature (6).
» La connaissance de l'homme intellectuel et surtout moral n'a fait aucun progrès depuis la fin du Moyen Age. Altération grave à beaucoup d'égards, sauf chez les principaux mystiques (7).
» Les aperçus systématiques de l'éminent Vico,
(1) Politique positive, l, 227.
(2) Ihid., p. 318,
(3) Polit., II, p. XIV.
(4) Ibid,, p. XV.
(5) Polit,, II, p. XVI,
(6) Ibid,j p, XXVII.
suivi du travail incohérent de Montesquieu (1).
» Anarchie moderne. Dictature teniporelle. Abolition à jamais du système parlementaire (2).
D Les meilleures institutions du Catholicisme : le Purgatoire, le Culte des Saints et surtout l'Adoration de la Vierge, véritable Déesse des cœurs méridionaux (3).
» La Métropole humaine (iParis) appartiendra bientôt aux Positivistes.
y> Les positivistes tellement appelés à dominer rOccident qu'ils doivent déjà préparer leur dictature (4).
X) La crise dictatoriale de 1851 que les positivistes religieux seront seuls à juger comme la postérité (5).
» Quand Tâme incorporée peut assez améliorer Tun des cerveaux qui la font revivre (6).
» La maturité de la raison humaine complétant la positivité par la féchitivité (7).
» L'Instinct sexuel ne concourt que d'une manière accessoire et même équivoque à la propagation de l'Espèce. L'Education positive fera partout sentir les vices d'un tel instinct (8).
(1) Polit., III, p. 589.
(2) Jbid., p. 609.
(4) Ibid,, p. XXVII.
(5) Ibid,, p. XXVIII.
(6) Polit,, IV, p. 103. — Comte aurait-il eu raison de dire ailleurs que le Positivisme est un nouveau Spiritualisme?
(7) Ibid,, p. 204.
/8) Ibid., p. 286.
X» Les femmes ne constituent point une classe; elles ne doivent jamais être envisagées collectivement (1).
» La Compagnie tristement fameuse qui s'en rendit l'organe naturel ne put alors que joindre à la haine insurmontable qu'elle avait inspirée le plus irrévocable mépris, justement acquis désormais à une congrégation où la plus ignoble hypocrisie dispensait si souvent de mérite et même de moralité » (2).
(Je ne mentionne ce passage que pour montrer le changement si considérable du Comte des derniers temps. On sait qu'il envoya un ambassadeur, disons mieux un légat au général des Jésuites, pour lui offrir son alliance contre les protestants et les libres penseurs).
» Extrême imperfection de l'ordre si vanté de la nature « (3). « Chacun sent aujourd'hui que les ouvrages humains, depuis les simples appareils mécaniques jusqu'aux sublimes constructions politiques sont, en général, très supérieurs, soit en convenance, soit en simplicité, à tout ce que peut offrir de plus parfait l'économie qu'il ne dirige pas, et où la grandeur des masses constitue seule ordinairement la principale cause des admirations antérieures » (4).
(1) Ihid,, p. 286. — Quelle différence entre l'homme et la femme! Le premier ne peut jamais être envisagé que collectivement.
(2) Cours, VI, p. 331.
(3) Cours, VI, p. 761. '
(4) VI, p. 762.
Cournot qui, lui, avait l'espiit droit et le jugement sain, professe une opinion précisément contraire : a Quelles combinaisons du génie humain pourraient soutenir la comparaison avec les créations de la nature ? [Essai sur les fondements de nos connaissances, II, p. 19) ».
« Les phénomènes humains sont nécessairement ceux auxquels la prévision rationnelle s'applique le mieux, vu la continuité qui distingue les conceptions sociologiques » (l). C'est le contraire de la vérité. Les prophéties de Comte en sont une preuve catégorique.
« La loi générale du mouvement humain consiste en ce que Thomme devient de plus en plus religieux » (2). Dans le temps présent, on ne s'en aperçoit guère. La conclusion de Comte est la permanence désormais inaltérable de la paix universelle. Or, les guerres continuent à se succéder comme par le passé.
a Notre absurde régime classique provoque le profond dégoût de tous les beaux arts » (3).
a La religion positive place Tart au-dessus de la science » (4).
« La culture scientifique n'est moralement justifiable que par sa nécessité théorique et prati-
(1) Politique positive, IV, p. 18-19.
(2) Catéchisme positiviste, p. 332.
(3) Politique positive. Du beau.
(4) Ihid,, IV, p. 51.
que» (1). Dans le cas contraire, elle serait donc moralement injustifiable.
Maintenant, de la haute fantaisie.
« Quoique Pythagore reconnût l'impossibilité d'éviter la transition monothéique, son génie la franchit toujours. Comme les vrais théocrates^ il eût souhaité que le polythéisme pût prolonger son ascendant pratique jusqu'à Tavènement du positivisme » (2). On voit que Pythagore, et il y a lieu pour un simple mortel d'en éprouver quelque surprise, était un positiviste très bien renseigné.
a A Rome, tous les hommes d'Etat de l'époque impériale comprirent, comme l'avaient pressenti Scipion et César, que l'activité guerrière comportait seulement une destination provisoire qui, désormais accomplie, devait se subordonner à la vie industrielle » (3).
« Pleinement émancipé du théologisme, César pressentit dignement, d'esprit comme de cœur, l'avènement nécessaire du règne de l'humanité, déjà confusément entrevu par Scipion » (4).
De plus en plus fort. Voilà César et Scipion convertis à la religion positive! Enfin comme couronnement de l'édifice, je citerai l'hygiène cérébrale à laquelle se soumettait un homme qui refondait toutes les sciences. 11 s'était interdit à
(1) Politique positive, I, p. 474.
(2) Politique positive, III, p. 336.
(3) Ibid., m, p. 391.
(4) Ibid., III, p. 388.
lui-même la lecture de tous les ouvrages pouvant le tenir au courant de la science et de ses progrès.
C'est là entr'autres une preuve irréfutable de la fausseté de son jugement. Dans Ténumération que je viens de faire, on en trouvera d'aussi catégoriques.
Je vais encore donner quelques exemples de jugements ou appréciations dus à M. Comte. Les études scientifiques du prolétaire doivent durer sept ans et comprennent la hiérarchie encyclopédique des sciences (1) ; l'instruction encyclopédique est surtout destinée aux prolétaires. La régénération des plébéiens doit devancer et même préparer celle des praticiens.
«Les habitudes d'épargne ne conviennent qu'aux classes moyennes. La saine philosophie justifiera pleinement les répugnances décisives de l'instinct populaire qui y voit une source continue de corruption morale, par la compression habituelle des sentiments généreux... C'est une sage imprévoyance... Le régime positif fera du club le meilleur correctif du cabaret... Les chefs théoriques ou pratiques de la société positive, au milieu de leurs avantages personnels regretteront souvent de n'être pas nés ou restés prolétaires... Nos chefs temporels doivent plutôt suivre les tendances populaires que prétendre à les diriger» (2). « Nos
(1) Polit, posit., I, p. 175-176.
(2) Polit, posit., I, p. 193-194.
prolétaires peuvent seuls fournir habituellement de dignes possesseurs du suprême pouvoir temporel jusqu'à la terminaison de Tinterrègne spirituel T) (1).
Ailleurs (ce serait avec un suprême à propos dans le temps présçnt) Comte propose un éminent prolétaire pour le ministère des finances. En lui, nous trouverions des lumières indispensables dans Tétat actuel des choses.
Dans cette étude psychologique je crois avoir montré que celui qui en est Tobjet avait fort peu de sens moral et peu de sens commun. Sous ce dernier rapport, Texamen de sa soi-disant religion, la seule de ses œuvres vraiment originale, offre d'amples confirmations. On sait que, d'après Moreau de Tours, le génie est une névrose (terme adouci). De celle-ci à la dégénérescence il n'y a pas loin, et la psychopathie est à la porte.
{\)lhid., I, p. 201.