‹ Le positivisme d'Auguste ComteChapitre 8 sur 26 · ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

ASTRONOMIE

L'astronomie positive a pour objet de découvrir les lois des phénomènes géométriques et des phénomènes mécaniques que nous présentent les corps célestes qui composent le monde dont nousfaisons partie. Les mouvements des astres sont relatifs aux forces qui les produisent ou, en termes plus positifs, aux mouvements élémentaires dont ils dépendent, a Tous les corps naturels sont évidemment actifs à des degrés plus ou moins intenses ».

a Nous savons que par la seule résistance continue du milieu général, notre monde doit, à la longue, se réunir inévitablement à la masse solaire, d'où il est émané, jusqu'à ce qu'une nouvelle dilatation de celte masse vienne, dans l'immensité des temps futurs, organiser de la même manière un monde nouveau destiné à fournir une carrière analogue ».(1).

S'agit-il ici d'un fait d'observation antérieure qui servirait de fondement à Thypothèse énoncée par-Comte? L'affirmative nous donnerait une base* positive. Nous sommes en présence d'une simple possibilité, rien de plus.

D'autre part, si nous en croyons Fauteur du Cours et de la Politique positive, l'éther qui possède encore des partisans parmi des physiciens ■ ■ '- - ' - • ■ ■ . -

(1) Cours, II, p. 264.

d'une certaine valeur, n'est rien d'autre qu'une simple entité métaphysique. Or, l'expérience nous prouve qu'il existe, dans la nature, des solides, des liquides et des gaz. Par conséquent, nous n'aurions qu'à choisir entre ces trois genres de corps pour expliquer la résistance du milieu général. Comte aurait dû faire lui-même un choix qui s'impose et qui, pour ne pas être métaphysique, ne peut avoir trait qu'à un -solide, ou à un liquide, ou à un gaz.

L'astronomie, d'après Comte, aurait rendu à la philosophie générale un signalé service que je dois mentionner. Cette science éminente montrait : « l'ordre du monde comme le résultat nécessaire et spontané de l'action mutuelle des principales masses qui le composent, en même temps qu'elle ruine radicalement, avec une irrésistible évidence, l'hypothèse des causes finales et de tout gouvernement providentiel » (1).

Pour Comte, l'évidence est irrésistible puisqu'il le dit, mais son argument ne détruit ni les causes finales, ni le gouvernement providentiel. Ce n'est point à elles-mêmes que le^ masses doivent leurs propriétés.

Ainsi, d'Une manière générale, Comte admet l'activité de la matière qui ne serait point due, d'après lui, à une force ou cause motrice, mais à une propriété spéciale. Si la cause et la force sont

(I) Ibid,, ni, p. 320.

des entités?, les propriétés motrices spéciales ne le sont pas moins, car elles représentent exactement la même chose, et, elles aussi, rie sont pas connues directement. Elles représentent la même chose parce qu^elles sont elles aussi Texplication, la raison d'être des phénomènes moteurs.il ne s'agit donc là que d'une question de mot et, soit dit en passant. Comte oublie qu'il a recommandé expressément de ne faire aucune recherche sur le mode de production des phénomènes.

« Nous devons reconnaître, avant tout, que cet état passif des corps est une pure abstraction, directement contraire à leur véritable constitution. Il est devenu évident, pour tout observateur, que les divers corps naturels nous manifestent une activité spontanée plus ou moins étendue. N'y eût- il dans toutes les molécules matérielles que la pesanteur, cela suffirait pour interdire à tout physicien de les regarder comme essentiellement passives. Il est incontestable que l'état purement passif dans lequel les corps sont considérés, en mécanique rationnelle, présente, sous le point de vue physique, une véritable absurdité » (1).

a L'idée de notre monde est la plus élevée à laquelle nous puissions réellement atteindre o. « Recherches non moins absurdes qu'oiseuses

(l; Cours, I, p. 398. Il est très extraordinaire de voir Comte, qui admet ia spoutauéité active de la matière, rejeter le pouvoir réflexe comme contraire à cette spontanéité dans Tordre vital. Le fait me paraît inexplicable.

sur la température des astres et leur constitution; intérieure ». « Restriction essentielle et nécessaire: de nos véritables recherches célestes à l'étude approfondie des phénomènes intérieurs dé notre' mondé » (1). '

J'en appelle au jugement de M. Henri Poincaré sur la manière dont Comte comprend l'astronomie:

« Comment n*a-t il pas compris que ce qui restait à faire n'était pas moins considérable et ne serait pas moins profitable PL'astronomie physique, * qu'il semble condamner, a déjà corhmencé à nous donner des fruits et elle nous en donnera bien^ d'autres, car elle ne date que d'hiei*.

» Tout d'abord on a reconnu la nature du sôlëil^ que lé fondateur du positivisme voulait nous interdire, et on y a trouve des corps qui existent sur la" terre et qui y étaient restés inaperçus; par exem- • pie l'hélium, ce gaz presqueaussilégerque l'hydro-' gène. C'était déjà pour Comte un premier démenti. Mais à la spectrôscopîe nous devons un enseigne- 'ment bien autrement précieux; dans les étoiles leîs plus lointaines elle nous montre les mêmes substances. On aurait pu se demander si les éléments terrestres n'étaient pas dus à quelque hasard qui aurait rapproché des atomes plus ténup pour en ' construire l'édifice plus complexe que les chimistes nomment atome ; si, dans d'autres régions de l'univers, d'autres rencontres fortuites n'avaient

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(1) Cours, II, p. 13.

pas; pu .engendrer des édifices entièrement difFéi^nts. Nous savons maintenant qu'il n'en est rien, que tes lois de notre chimie sont des lois générales de la nature, et qu'elles ne doivent rien au hasard qui nous a fait naître sur la terre x> (1).

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