‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 102 sur 342 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

'')3. — Influence du positivisme orthodoxe français sur la vie publique. — Si le groupe positiviste de Laffitte, en tant qu'il forme une école philosophique, voit d'autres écoles prendre le pas sur lui, il ne laisse point d'exercer une influence plus considérable qu'on ne serait tenté de le croire à première vue. Déjà, en 1881, Gambetta, dans son Discours-programme prononcé au Trocadéro, indiquait le positivisme de Comte comme le fondement de l'enseignement, et, d'accord avec J. Macé, le fondateur de la « Ligue française de l'enseignement », il assignait pour base à la morale qu'on doit enseigner dans les écoles, la maxime positiviste : « Patrie, Humanité ». Depuis lors, à diverses reprises, des professeurs et des hommes d'Etat influents entrepris la pensée de Gambetta, pour résoudre le difficile problème de trouver une « Morale laïque ». C'est bien le Cours de Laffitte, par exemple, que M. Darlu, professeur de philosophie au lycée Condorcet, avait en vue lorsque, en 1890, il disait, à la distribution des prix du Concours général, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne : « Tel est l'exemple que nous devons suivre. Le temps présent le demande ». Et, plus récemment encore, dans la même circonstance, M. Bourgeois, ministre de l'Instruction publique, reprenait et développait les mômes idées. Il rappelait ce « grand philosophe français » ; il voulait que la formule « Patrie et Humanité » servît de principe à la Morale enseignée dans les écoles.

Le Siècle {i^ janvier 1891) apprécie ainsi le discours de M. Bourgeois : « M. Léon Bourgeois, en adoptant pour la Morale les bases conventionnelles que le fondateur du positivisme a données à toutes les sciences, en se refusant à connaître les sources métaphysiques du bien et du mal, en fondant l'unité de doctrine qu'il souhaite dans l'éducation morale de ce peuple, sur iine décisive constatation, limitée par un postulalurn: « l'idée du bien existe, et, comme l'a dit un grand philosophe français, cette idée est un fait, et ce fait est une force » — s'est montré, en cette occasion comme toujours, l'un des hommes du présent qui savent le mieux interpréter la logique d'Aug. Comte et en appliquer les grandes déductions » ^

La nomination de Laffitte comme professeur au Collège de France semble confirmer cette appréciation.

Ce n'est point sans raison que la Revue Occidentale (1891, II, 268 et suiv.) signale ce discours ministériel comme un triomphe. A une époque où les rapports des inspecteurs généraux de l'enseignement s'accordent pour se plaindre sans cesse de ce que le sentiment du respect et de la soumission va s'afTaiblissant d'une façon inquiétante chez la jeunesse, les gouvernants doivent, €n face des théories libérales et individualistes, apprécier toute l'utilité du côté autoritaire de la philosophie de Comte. Cette philosophie a d'ail-

Page 1