‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 107 sur 342 · George Eliot ^ ou plutôt Miss Evans (G · texte numérisé non relu

George Eliot ^ ou plutôt Miss Evans (G

1. Les œuvres de George Eliot ont paru en vingt volumes, chez Blackwood et fils, Londres, iSSO. En 1883, le même édil.eur a donné en trois volumes, une biographie de G. Eliot par son mari : George Etiolas lif'e as related m her Ictters and journals; arrangea and ediled by hcr husband J. W. Cross. De nombreuses Revues ont publié, en leur temps, des appréciations de la vie et de l'œuvre de G. Eliot: citons entre autres: W. Barry, The Genius of G. Eliot et The religion of G Eliot (DublinReview, 1881,1, 371; u, 439); George Eliot, her life and writings (Westminster Review, 1881, p. 154) ; Emile Montégut, George Eliot, Vaine et le talent ; et Les œuvres et la doctrine morale (Revue des deux mondes, ■1883; M, 77, 3051; Lord Acton, George ElioCs life (Nineteenth Century, mars 1885); Richard Hutton, George Eliot (Contemporary Review, mars 1885); John Morley, The life of George Eliot (Macmillan's Magazine, février 1885); Fred. Harrison, George Eliot (Fortmghtly Review, mars 1885); Lady Blennerhasset, George Eliot (Deutsche Rundschau, septembre lï<85, 362 et suiv.) ; Conférences ■sur le positivisme contenu dans quelques-uns des romans de George Eliot (résumé dans la Revue Occidentale, 1891, I, 76 et suiv.).

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Eliot n'est que le pseudonyme sous lequel le célèbre romancier anglais se cachait, jusqu'à ce que sa réputation fut établie) est, comme Auguste Comte, un type fort caractéristique de notre époque en général, et du positivisme religieux en particulier. Douée des qualités les plus remarquables de l'esprit et du cœur, mais irrésolue et sans orientation fixe dans les problèmes les plus importants de la vie humaine, — car elle ne connaissait qu'un christianisme dénaturé par les contradictions de l'anglicanisme — Miss Evans , malgré les excellents sentiments dont elle avait fait preuve jusqu'alors, vit sa foi sombrer misérablement dès son premier contact avec la libre-pensée ; et, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, avec la ruine de la foi le mal s'étendit jusqu'au cœur. Dès lors l'éminent écrivain, pareil à un navire désemparé, flotta au hasard de toutes les tempêtes.

Après divers essais, elle se persuada qu'elle avait trouvé, dans la religion de l'Humanité fondée par Aug. Comte et dans la morale altruiste, une base religieuse et morale bien supérieure à celle du christianisme. Elle mit tout son talent d'écrivain à faire partager cette opinion à ses lecteurs. Mais ses sentiments étaient trop profonds et trop sincères pour n'être pas constamment en contradiction avec les sophismes de son esprit, en dépit de tous ses efforts pour les parer des charmes du style. Bien que, conformément à l'optimisme ou au « méliorisme » positiviste, elle veuille peindre la vie sous ses aspects les

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plus lumineux, et dans la prétendue transfiguration que le système positiviste doit lui apporter, un profond découragement ne laisse pas de percer dans tous ses écrits. Gomme on lui en faisait un jour la remarque, elle fut douloureusement obligée de reconnaître combien il lui était difficile de cacher ses troubles intérieurs. Pressée par le besoin de rencontrer une consolation à ses tristesses, ce n'est point dans les livres d'Aug. Comte qu'elle la cherchait, mais dans l'Imitation de Jésus Christ ou aux pieds du Dieu de FEucharislie, dans une église catholique, où elle passait volontiers des heures consolées.

Marie-Anne Evans était née le 22 novembre 1819, dans le comté de Warwick. Elle descendait d'une famille de condition assez modeste, fidèlement attachée à l'Eglise anglicane. Elle avait elle-même, dans sa jeunesse, des sentiments très religieux ; mais son esprit et son cœur s'ouvraient facilement à toutes les impressions. Elle trouva recueil de sa foi dans ses rapports avec la famille libre penseuse d'un fabricant de rubans de Coventry, nommé Bray. Elle entra dans cette famille à l'âge de vingt et un ans, avec l'intention de ramener à la foi ce libre penseur. Mais ce fut elle-même qui, en quelques jours, modifia entièrement ses idées. L'occasion immédiate de cette déplorable transformation fut la lecture d'un volume de M. Hennel inspiré par les théories de Strauss: Inquiry concerning the origins of Cliristianity (1838).

A dater de ce jour, religion et poésie ne furent

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plus qu'une seule et môme chose aux yeux de Miss Evans. Pour plaire à une amie, elle traduisit la « Vie de Jésus » par Strauss, dont, cependant, les théories ne lui agréaient pas. Après avoir accepté quelque temps les idées de Feuerbach, dont elle traduisit en anglais le volume intitulé L'essence du Christianisme, elle trouva son idéal dans la religion de Tllumanité établie par Aug. Comte. A partir de 18o0, au témoignage de Fr. Harrison, tout en rejetant bien des choses dans le système de Comte, elle prit fait et cause pour le positivisme religieux ^

En 183], elle commença sa carrière de publiciste dans la Westminster Revie\ç. Sa collaboration à cette Revue libre penseuse la mit en rapports personnels avec un grand nombre d'écrivains distingués de Londres où elle s'était désormais fixée. Elle se lia surtout avec Herbert Spencer et G. H. Lewes. Avec ce dernier les choses allèrent plus loin (i8o3) : du vivant même de la femme légitime de Lewes, qui était atteinte d'une maladie incurable, elle s'afficha publiquement, au mépris de toutes les convenances, comme la compagne de l'historien. Les fréquents voyages qu'elle fit avec lui en Allemagne l'initièrent si bien aux mœurs et à la langue du pays, qu'on lui reprochait, en Angleterre, de penser en allemand plutôt qu'en anglais.

C'est de 1857 que date le grand succès des romans de G. Eliot. Lorsqu'elle publia Adam Bede,

i. Fortnightly lievieic^ 1885, i, 309, suiv.

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le Times n'hésita point à déclarer qu'une « étoile de première grandeur » venait de se lever à riiorizon de la littérature anglaise*. Les plus célèbres,de ses romans sont: Scènes of clérical life et Mill on the floss. On loue surtout en elle un don remarquable d'observation psychologique-. A la mort de Lewes (novembre 1878), Miss Evans fut d'abord inconsolable ; mais le tenips finit par triompher de son chagrin. Le 6 mai 1880, on apprit avec étonnement que, le jour même, elle venait d'épouser le chef d'une maison de banque, M. Cross, beaucoup plus jeune qu'elle. En compagnie de son mari, elle visita ritalie, lut Dante et Eschyle, Thomas a Kempis et la Bible. Dans Adam Bede, elle fait le plus grand éloge de l'Imitation de Jésus Christ : « Ce petit livre », ditelle, « d'une forme surannée, qu'on peut se procurer pour quelques sous chez tous les libraires, ne cesse pourtant d'opérer des merveilles en changeant l'amertume en douceur, tandis que les volumes de sermons et les traités les plus coûteux et les plus modernes restent sans effet. Dans l'Imitation, la main n'a rien écrit que le cœur ne l'ait éprouvé; c'est le « journal » où, chaque jour, sont consignés les chagrins d'une àme solitaire et cachée, ses luttes, ses espérances, son triomphe — il n'a pas été composé sur un coussin de velours pour prêcher la patience à ceux dont les pieds se meurtrissent et s'ensanglantent

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