Revue Occidentale, 1890, (mars), i, 107 et suiv
80. — Nystrom et la politique. — Au point de vue politique, Nystrom poursuit principalement deux buts : racceplation des principes de Comte dans les questions sociales, la séparation de l'Église et de l'État.
Nystrom a créé plus d'un embarras pénible à l'Eglise nationale de Suède, déjà déchirée par des divisions intestines. Du jour où il se fit l'apôtre du positivisme, il adressa à l'autorité religieuse sa démission de membre de cette Eglise. La démission ayant été refusée sous prétexte que, conformément au droit ecclésiastique de l'Eglise nationale, on ne peut se retirer que pour entrer dans une autre Eglise chrétienne, il profita de ce refus avec autant d'adresse que d'audace pour soulever, par ses discours et ses écrits, l'opinion publique contre une telle « violation de la liberté de conscience »,
Il se montra plus hardi encore en 1887, à l'occasion d'un congrès de 1' « Union des ministres prolestants, orthodoxes et libéraux ». Il assista à la réunion, et, en posant cette question : « Qui donc, d'après le droit ecclésiastique de l'Eglise suédoise, peut véritablement s'appeler chrétien ?» il provoqua un tel désarroi dans l'assemblée que le président, en présence de tant d'opinions contraires, dut prononcer la clôture. Non content de ce résultat, Nystrom porta l'affaire devant le public dans ses Conférences. Il ne lui fut pas difficile de prouver que, d'après la Concordia pia, les ministres libéraux avaient perdu le droit de se dire chrétiens; il les sommait donc d'avoir
m. LE POSITIVISME ORTHODOXE A l'ÉTRANGER i9t
le courage de leurs convictions et de se déclarer ouv^ertement pour le positivisme *.
Le 1" septembre 1888, il adresse une pétition au Synode général pour demander la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'abolition des évêchés et des Facultés de théologie, la suppression de l'enseignement religieux dans les écoles, du ministère des cultes, et des taxes ecclésiastiques. En cinq jours il avait recueilli 1780 signatures. Le Synode s'étant gardé de parler de la pétition, Nystrom proteste solennellement le 22 septembre ^. Le 27 octobre de la même année il convoque ses adversaires à Upsal pour un débat contradictoire et là, en présence de plus de six cents auditeurs, étudiants pour la plupart, il prononce un discours violent où il réclame la suppression de la faculté de théologie, parce que « la théologie n'est pas une science, qu'elle ne peut donc faire partie d'une institution scientifique, que le maintien de cette faculté est une criante injustice à l'égard des nombreux libres penseurs, obligés de payer des impôts pour la subventionner » ^.
En 1890, le zèle de Nystrom pour le positivisme fournit l'occasion de vives discussions •dans le sénat suédois et dans la presse. Lorsque, à propos du budget, il fut question des fonds votés jusqu'alors pour «l'Institut ouvrier », l'archevêque de Sundberg et Billing profitèrent