ReX'ue Occidentale, mars 1891, pp. 253 et suiv
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une plaque commémorative sur la maison où il avait rendu le dernier soupir. Les positivistes de Paris, à la date du 1" Homère 403 (29 janvier 1891), envoyèrent une Adresse de sympathiques condoléances aux membres du Congrès national de la République à Rio de Janeiro.
En février 1891 Bocayuva, ministre des Affaires étrangères, présenta au «Congrès national constituant » la proposition suivante, signée par tous les ministres, qui montre bien jusqu'à quel point la philosophie de Comte a pénétré même la terminologie officielle de la République brésilienne :
« Considérant que nous sommes de plus en plus gouvernés par les morts, et que la vénération pour les grands patriotes décédés est un sentiment qui contribue à l'élévation morale de l'homme et au perfectionnement des mœurs publiques ;
« Considérant que les plus grands hommages rendus à la mémoire de ceux qui ont bien mérité de la Patrie et de l'Humanité ne diminuent en rien le mérite de ceux qui rendent encore objectivement des services ;
« Considérant qu'au contraire ces hommages ennoblissent ceux qui les rendent et constituent le meilleur stimulant pour susciter de nouveaux dévouements ;
u Considérant enfin que cette proposition synthétise les justes sentiments et les opinions unaniment exprimés dans cette enceinte et dans le pays en général :
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u Le Congrès National Constituant, résumant dans cette motion la gratitude due à tous les patriotes qui ont travaillé pour la République, prend la résolution d'insérer dans l'acte de la séance solennelle d'aujourd'hui, ce qui suit :
u Le fondateur de la République brésilienne, Benjamin Constant, Botelho de Magalhaes, né le 18 octobre 1837, a quitté la vie objective pour l'immortalité le 22 janvier 1891. Le peuple Brésilien, par ses représentants dans le Congrès national, s'enorgueillit de ce qu'il lui est donné la gloire de présenter ce beau modèle de toutes les vertus à ses futurs présidents m.
Cette motion a été adoptée à l'unanimité par le Congrès *.
82. — Miguel Lemos — né en 1854, n'était encore qu'un « positiviste incomplet » de l'école de Littré, lorsqu'il vint à Paris en 1877. Gomme Jorge Lagarrigue, chef du groupe chilien, il se « convertit», en 1878, au positivisme orthodoxe, après avoir assisté aux leçons de Laffitte. On jugera du zèle que le néophyte montra dès lors au service du positivisme, par le vœu qu'il prononça sur la tombe d'Aug. Comte, le « jour des morts » (31 décembre) 1879, de « consacrer désormais sa vie tout entière à la propagation de la nouvelle religion». «Maître», disait-il dans son discours en son nom et au nom de J. Lagarrigue, « en ce jour où l'Eglise positiviste célèbre la fête géné-
1. Diario Official,2Q févr. 1S9] ; voirRevice Occidentale, 1891, I, 376 et suir.
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raie des Moiis, tes disciples Sud-Américains, réunis autour de ton tombeau, rappellent avec effusion tout ce qu'ils doivent à ta doctrine et à ton exemple... Nous tous, grands et petits, qui, dans ces temps de scepticisme, avons eu Tunique bonheur de connaître et accepter la Religion universelle, nous avons le devoir de répandre la bonne nouvelle et de répéter comme saint Paul à ceux qui ont soif de croyances, aux cœurs déchirés par les conflits suscités entre un dogme qui finit et un autre qui commence : « Votre Dieu inconnu, le voici! Nous vous le portons». C'est pour cela qu'au bord de ta tombe nous prenons aujourd'hui l'engagement solennel de consacrer tout notre dévouement, toute l'énergie de notre être à la propagation de la doctrine régénératrice... Puissent ta doctrine et ton exemple,© Maître des maîtres, nous rapprocher, chacun selon la mesure de ses forces, de cette abnégation complète, et que, quand nous serons de retour dans nos patries respectives, aux heures d'angoisses, le souvenir de ce coin de terre sacré, rendez-vous commun des futurs pèlerinages universels, nous soutienne et nous remplisse l'esprit de vénération envers ta sainte mémoire. Ainsi soit-il. »
J. Lagarrigue prononça une invocation analogue sur la tombe de Clotilde de Vaux : « Ton nom. ô Clotilde, et celui de Comte iront éternellement unis à ceux déjà vénérés de Laure et de Pétrarque, de Dante et de Béatrix. Les générations futures célébreront à jamais ta sainte influence
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■sur la pensée du Maître, et par là sur la régénération finale de l'Humanité. L'anarchie moderne semblait devoir se perpétuer indéfiniment ; le grand problème humain, le triomphe de l'altruisme sur l'égoïsme, était encore à résoudre ; l'esprit restait soulevé contre le cœur ; Comte résumait dans son esprit le capital intellectuel du Grand Être, mais il ne pouvait pas mettre un terme à la révolution tant qu'il n'aurait pas atteint le principal moteur de notre existence, l'affection. Grâce à toi, il entra dans le sanctuaire du sentiment, qui lui révéla la source sacrée du bonheur et de la moralité humaine... Après tant de services, ta suave et belle image devient pour nous la meilleure représentation du Grand Etre ■sous la providence duquel nous vivons. Adieu, noble patronne, reçois les hommages de notre sincère gratitude. Puisse le souvenir de tes injustes malheurs et de tes nobles vertus nous soutenir dans notre chemin, pour continuer l'œuvre de la régénération humaine, que tu commenças en illuminant le cœur du fondateur de notre religion » *.
Nous citons ces discours parce qu'ils servent bien à caractériser tout le groupe positiviste orthodoxe. Laffitte s'est plu à les reproduire ; il les a publiés, en outre, dans la Revue Occidentale. Rappelons encore que, récemment, un disciple de Comte célébrait avec le même enthousiasme la mémoire du Maître et celle de Clotilde, dans une
l. Voir 52e Circulaire (1880), p. 12.
Revue très répandue et qui n'est pourtant point particulièrement positiviste ^
Dans une brochure intitulée : Le positivisme et le sophiste P. Laffîtte (Rio, 1889, p. 2), Miguel Lemos dit que l'engagement solennel que nous venons de rapporter, était « un véritablevœu, dans le sens religieux de ce mot, et auquel il espère n'être jamais infidèle ».
Lemos exerce la propagande positiviste surtout par l'Institut de « l'Apostolat positiviste au Brésil » (Rio de Janeiro, 7, Travessa do Ovidor).
83. — Statuts de l'Apostolat positiviste au Brésil. — « But : L'Apostolat positiviste » a pour but la propagation de la Religion de l'Humanité^ par l'action orale et écrite et par l'exemple. — Base morale: Tous les membres de » l'Apostolat positiviste » et des sociétés qui s'y affilient acceptent, sans aucune restriction, l'ensemble des devoirs positifs et négatifs que leur religion prescrit. Ils prennent tous l'engagement solennel de se conduire conformément à leurs opinions et de consacrer tout leur dévouement à l'incorporation du prolétariat (esclaves) dans la société moderne, résumé actuel de l'action positive. D'une manière plus explicite ils s'engagent: 1° à ne pas accepter de places politiques pendant la phase empirique de transition, telle qu'elle a été définie par Auguste Comte ; 2" à ne pas accepter de fonctions académiques ; 3" à ne pas participer au journa-
1. Henri Airael, La Nouvelle Revue, 15 octobre 1889, pp. 699 et suiv.