Lemos, U Apostolat positivisle^l%'>'>^, p
m. LE POSITIVISME ÔBTHODOXE A l'ÉTRANGER 203
Cours sont faits par Texeira Mendes. au siège de la Société'. Ils sont très suivis.
Les adhérents du positivisme au Brésil se distinguent en « positivistes complets » et en « prosélytes »• Les premiers s'engagent à l'accomplissement de tous les devoirs positifs, prescrits par Aug. Comte dans son Système politique : à ne pas accepter de places publiques pendant la phase empirique ; à ne pas exercer de fonctions didactiques dans les établissements officiels d'enseignement supérieur ou secondaire ; à ne pas participer au journalisme; à ne pas faire partie des associations scientifiques, littéraires ou politiques ; à ne retirer aucun profit pécuniaire de leurs publications, etc.. Les membres qui, tout en ayant des convictions positivistes, ne peuvent pas immédiatement remplir toutes ces conditions, peuvent être admis comme prosélytes par le Directeur, qui leur accorde les dispenses dont ils ont besoin^.
Pour donner une idée de l'action politique du groupe brésilien dans ces derniers temps^ signalons seulement les publications suivantes, parues en langue portugaise, depuis la révolution du Brésil : Adresse au général Deodoro de Funseca : — La j^tolitique -positive et la grande naturalisation ; — L'incorporation du prolétariat dans la société moderne ; — Protestation
\. Ensino pozilivisla no Brazil (Rio de Janeiro, I.S92). 2. Eglise positiviste. Notice sommaire sur son organisation. Rio de Janeiro, 1891.
204 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE
contre l'interprétation donnée par Je ministre des Affaires étrangères au Décret du 28 décembre (1889) ; — Protestation contre l'annulation de l'ordonnance par lacjiielle le Gouverneur du Maranhao promulguait la liberté des cultes dans cet Etat ; — Lettres de Miguel Lemos et de R. Texeira Mendes pour demander la dispense de leu7\s fonctions dans l'administration publique ; — Bases d'une république politique^ dictatoriale-fédérative pour le Brésil ; — La politique positive et la liberté de la banque ; — La liberté professionnelle et le règlement du service domestique ; — Le libre exercice de la médecine ; — Le Calendrier positiviste et le ministre des finances. Cette dernière brochure est une réponse au ministre des finances qui, dans un démenti, avait traité « d'absurde » la nouvelle qu'on allait introduire au Brésil le Calendrier positiviste. Lemos s'y explique clairement. Il reproche au ministre de n'avoir pas la moindre compétence scientifique et philosophique pour porter un jugement sur 1' « étonnante création d'Aug. Comte » ; et il le renvoie à son illustre collègue du ministère de la guerre (Benjamin Constant). — Tout récemment, le 10 décembre 1891, les positivistes brésiliens ont organisé une grande assemblée populaire pour protester contre les honneurs funèbres rendus par le gouvernement français à l'ex-empereur Dom Pedro Il ; le résultat des délibérations de cette assemblée fut un '< Manifeste des républicains brésiliens à l'Occident et spécialement à la France ».
HI. LE POSITIVISME ORTHODOXE A l'ÉTRANGER 205
Un extrait du manifeste fut envoyé à Paris par télégramme : la dépêche coûta 1623 fr. L'j?itransigeant seul Ta publié.
D'après Lemos, le positivisme gagne chaque jour en influence, au Brésil, auprès des hommes intelligents de toutes les classes de la société. Aucun gouvernement, si puissant qu'il soit, ne saurait empêcher le triomphe définitif du positivisme. Les hommes d'Etat qui oseront s'opposer à sa marche en avant, ne feront par là que précipiter leur propre ruine. Leur chute sera d'autant plus terrible et soudaine, qu'ils se laissent aveugler par le délire de l'orgueil qui s'empare des âmes faibles lorsqu'elles se voient au pouvoir. « Et pendant qu'ils rouleront, poussés par la force de l'opinion publique, jusqu'au fond de l'abîme ouvert à leurs pieds par l'ineptie politique et les ambitions vulgaires, nous continuerons avec la même sérénité d'esprit et le même enthousiasme social, à enseigner et à répandre les vérités régénératrices, révélées au monde par le merveilleux cerveau de notre Maître éternel. — Pour l'Apostolat brésilien : Miguel Lemos, Directeur (6, rue de Santa Izabel), né à Niterri le 25 novembre 4854. — Rio, le 18 Homère 102 (15 février 1890) »*.
1. Le Calendrier positiviste et M. le ministre des finances, par M Lemos (Rio de Janeiro, 1890, pp. 3, 4). On voit que Lemos se conforme exactement aux prescriptions de Comte, qui veut que toutes les publications portent le nom de l'auteur, son adresse, etc..
206 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE
86. — L'utopie de la « Vierge-Mère ». — On peut voir un trait caractéristique de la rigoureuse orthodoxie positiviste du groupe AudifTrenl, Lagarrigue et Lemos, dans l'importance que ce groupe attache à ce que nous appellerons le mystère fondamental du positivisme : nous voulons parler de l'utopie comtiste de la Vierge- Mère. Tandis que Laffitte ne voit là qu'une « limite idéale » (Kant aurait dit un concept-limite) « indiquée aux efforts scientifiques des diverses recherches relatives aux relations du moral et du physique »*, AudillVent, Lagarrigue et Lemos s'en tiennent strictement à la conception d'Aug. Comte, à savoir que cette utopie est simplement <( le résumé synthétique » de la religion positive^, u Gomme saint Paul, nous préférons être tenus pour insensés en suivant les leçons de notre Maître, qu'être reconnus pour sages parla frivolité contemporaine », écrit Miguel Lemos ^. Pour ces orthodoxes, l'utopie de la Vierge-Mère ne doit pas seulement faire le centre de la religion positiviste, comme le mystère de l'Eucharislie dans le catholicisme : elle doit en outre remplacer le culte de la Vierge Marie. Le culte, le dogme,