Apostolat, 1880, p
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le régime du positivisme vont se condenser daas cette personnification idéale de l'Humanité, qui est l'objet suprême du culte positiviste*.
1. On leconaaîtra encore quelle importance le groupe Leraos-Audiffrent attache à l'utopie de la Vierge-Mère, par ce fait que le D"" Audifîrent nous a adressé, par Tintermédiaire du traducteur de ce volume, un Mémoire de 23 pages à ce sujet. Dans ce Mémoire, l'auteur cherche à démontrer que l'utopie positiviste « n'enfreint en rien les lois qui président à la procréation des êtres » . Pour prouver la légitimité de l'utopie, il affirme que « l'hermaphrodisme peut être considéré comme l'état normal des êtres ». Il s'appuie sur le fait de la parthénogenèse. « C'est dans le temple de l'Humanité », dit-il, « que sera conduite la jeune épouse par son mari, entourée de sa famille. Là elle reçoit l'investiture du sacerdoce au grand acte, à la fois social et moral, auquel elle s'est volontairemant préparée. Organe immaculé de l'Humanité, elle en poursuivra l'accomplissement après la consécration religieuse, dans le recueillement et dans la prière. Quant à ceux qui voudraient jeter le ridicule sur le mari, nous pourrions les renvoyer au panégyrique que Bossuet fait de St Joseph ». Audifîrent croit que les produits procréés ainsi, « issus d'une mère immaculée », sur la simple stimulation nerveuse au lieu de l'intervention mâle, seraient « affranchis de toute tare », jouiraient d'une unité de constitution que rien ne pourrait compromettre et seraient naturellement élevés moralement et mentalement au dessus de tous les autres.
Dans le poème de l'Humanité par lequel le Maître se proposait de terminer sa carrière philosophique, Aug. Comte a avait l'intention de mettre en présence le fondateur de la religion de l'avenir (c'est-à-dire lui-même) et le premier grand-prêtre issu d'une vierge mère ». Et Audiflfrent ajoute : « Quel échange de sentiments et de pensées se serait établi entre ces deux grandes figures? On ne peut que le soupçonner ».
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Les principaux écrits publiés à ce sujet par le groupe, sont les suivants: D"" Audiftrent, La. Vierge-Mère (Paris, Imprimerie nouvelle, 11, rue Cadet, 1885) ; Circulaire exceptionnelle (Paris, "Société anonyme, 2, rue Mignon, 1886) ; D' J. Lagarrigue, Le positicisme et la Vierge-Mère {Santiago, Chile, Imprenta Cervantes, Calle del Puente, 1883).
Audifîrent défend et justifie de tous points contre Laffitte l'action diplomatique d'Auguste Comte auprès du Général des Jésuites, pour amener une alliance entre le positivisme et le catholicisme ^. (( Le positivisme », dit-il, « invite ceux qui ne croient plus en Dieu et qui veulent travailler à la régénération de leur espèce, à se faire positivistes, et il engage ceux qui y croient encore à redevenir catholiques »; il rend ainsi possible une ligue des disciplinés contre les indisciplinés^. Comte lui-même, dans une lettre du 3 Aristote 68, s'était exprimé ainsi sur la manière d'utiliser le catholicisme existant et la coopération des Jésuites pour l'avènement du positivisme, qu'il regardait comme le vrai catholicisme définitif : « Envers le dernier état du catholicisme, ils doivent spécialement glorifier la Yierge comme
i . Voir Gruber, Auguste Comte, fondateur du positivisme; sa vie, sa doctrine, pp. 288 et suiv.
2. Lettre à M. Lemos, 1887, pp. 16 et suiv. — Lettre adressée à son Eminence le Cardinal di Rende pendant sa nonciature, par le D' d. Audiffrent. l'un des exécuteurs testamentaires d''Auy. Comte: Marseille,
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le précurseur mystique de l'Humanité. Son culte sera facilement transformé de manière à amener les âmes catholiques, surtout féminines, à l'adoration positiviste. C'est surtout en dirigeant cette transition que les Jésuites, régénérés en Ignaciens, pourront nous aider à réorganiser l'Occident, pourvu qu'ils reconnaissent la supériorité normale de la Religion fondée sur l'existence naturelle des penchants bienveillants, que le catholicisme fut forcé de nier pour faire pleinement prévaloir l'Egoïsme divin » ^.
87. — Un temple de l'Humanité à Rio de Janeiro. — Les positivistes du Brésil ont également commencé la construction d'un temple de l'Humanité, en suivant aussi scrupuleusement que possible le plan prescrit par Aug. Comte pour les temples positivistes, dans son Système de politique positive (iv, Append.) ^. Une partie de ce temple a été solennellement inaugurée le 15 août 1891, jour consacré par Aug. Comte à la fête de la femme (qui représente l'Humanité).
La façade de ce temple reproduit le frontispice du Panthéon de Paris, mais en le réduisant aux deux tiers de sa grandeur. On a choisi cette forme d'architecture, parce que Comte réclamait le Panthéon pour y inaugurer les « commémorations
i. Lettres cf Aug. Comte, fondateur de la Religion wiiverselle et premier Grand Prêtre de l'Humanité, à Henry Edger et à John Metcalf ; Paris, 1889, pp. 76 et •77.
2. Voir Gruber : Auguste Comte, fondateur du positivisme ; sa vie, sa doctrine, p. 251.
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liisloriques » de sa nouvelle religion. Sur la frise du fronton est inscrite on bas relief et en grandes lettres dorées la formule sacrée du positivisme : « L'Amour pour principe et l'Ordre pour base; le Progrès pour but ». Sur cbacune des trois portes de la façade on lit une des trois devises, politique, morale et pratique : « Ordre et progrès; Vivre pour autrui; Vivre au grand jour ».
Un escalier de sept marches, dont le nombre rappelle celui des sciences humaines, donne accès dans le temple. Tout autour de l'édifice, du terrain a été ménagé pour un petit jardin ; et c'est sur le côté intérieur de ses murs d'enceinte que seront placés les marbres funéraires portant les noms des positivistes décédés.
Le temple proprement dit, c'est-à-dire le local où le culte positiviste sera définitivement célébré, n'est pas encore construit. Mais le tableau de l'Humanité existe déjà ; il a plus de deux mètres de haut. C'est Tœuvre de Decio Villares. Le tableau a été découvert à l'occasion de l'inauguration partielle qui s'est faite dans une salle improvisée pour le culte. Il représente une vierge sous les traits de Clotilde de Vaux, la déesse de Comte. La vierge est vêtue de blanc avec un ruban vert à la ceinture. Entre ses bras est un bel enfant qui tient deux fleurs à la main, une marguerite et une pensée ; il entr'ouvre ses petits bras et regarde la vierge en souriant. Deux rossignols. levant la tête vers elle, chantent à ses pieds. Au fond, dans le lointain, on voit le Panthéon et \e cimetière du Père-Lachaise, où est le tombeau
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<l'Aug. Comte — c'est un symbole de Paris , siège sacré de la nouvelle foi. Enfin, au dessus du ;groupe, le zodiaque est représenté, donnant l'aspect du ciel au jour et à l'heure de la mort de •Clolilde. Au bas du tableau, le mot : Humanitas.
Au dessous du tableau, on avait élevé pour la circonstance une grande tribune polygonale, de fond noir avec frises vertes, pour indiquer que le prédicateur doit parler aux vivants au nom des générations passées et futures. Dans le panneau antérieur, trois roses blanches enlacées par un A, initiale du mot « amour », rappelaient le bouquet offert par Clotilde à Aug, Comte. Des ■deux côtés du tableau principal, quatorze tableaux plus petits représentent Héloïse et les treize principaux chefs de l'évolution humaine, qui donnent leurs noms aux mois du Calendrier positiviste. A droite, en entrant, se trouvent : Moïse, Homère, Aristote, Archimède, César, saint Paul et Charlemagne ; — à gauche : Dante, Gutemberg, Shakespeare , Descartes , Frédéric II roi de Prusse, Bichat et Héloïse. C'est dans cet ordre <[ue seront disposées, dans le temple positiviste, les quatorze chapelles respectivement destinées à ces grands types de l'Humanité : toutes seront ■érigées latéralement à la nef centrale, au fond de laquelle se trouvera l'autel suprême avec la statue du Grand Être.
Pendant la cérémonie de l'inauguration, on a •exécuté la Marseillaise et divers morceaux d'opéras : V Africaine, de Meyerbeer ; Moïse, de Rossini ; Orphée, de Gluck ; la Clémence de-
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Titus, de Mozart; le Stahat, de Rossini ; les Puritains, de Bellini ; Don Juan, de Mozart. Ces pièces, par leur nom et par leur sujet, rappelaient respectivement le fétichisme, la théocratie, l'évolution grecque, la phase romaine, le catholicisme, la métaphysique protestante, le doute universel, et finalement la Révolution française *. 88. — Publications. — Le Catalogo das Publicassoés do Apostolado pozitivista da Brazil, publié en juin 1889, contient déjà 71 numéros : et ces publications sont pour la plupart distribuées gratuitement. Signalons seulement quelques unes des plus caractéristiques: Lemos, Luis de Camoëns [Paris, 1882)2; TerceiroCentenario de Santa Thereza (1882); Calderon de la Barca (1881); Imigrassào Xineza. : nienskjen à S. Ess. 0 Enbaixador do Seleste Inperio, junto aos governos da Fransa i Inglaterra (1881); Resumo istôrico do Movimento pjozitivista {\S82) ; 0 pozitivismo i a escravidko moderna : Trexos estraïdos das ôbras de Aug. Comte (1884) ; A questâo de limites entre o Brazil i a Repûhlica A7-jentina (1884) ; 0 cazamento misto i os po~ zitivistas (1885) ; A propozito de un pjretendido erro de Aug. Comte : carta ao Sr. D' Benj. Constant, por Texeira Mendes (1885) ; A obri-
1. Notice sur la fête d'inauguration de la chapellede V Humanité à Rio de Janeiro, par Mariano de Oliveira ; Rio, 1891.
2. C'est la plus importante publication de Lemos. Sous forme d'Introduction, l'auteur y développe une théorie- ^ positive du Portugal.
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^atoriedacle i o novo projeta de reforma, da instrussho jntblica (1886) ; Palavras pronunsiadas junto ao twnulo de Aug. Comte, por Monténégro Cordeiro (1888); Notre initiation dans le positivisme (en portugais), por M. Lemos et Tex. Mendes (1889); Les trouvailles de M. Laffitte (1890) ; Catessismo pozitivista de Aug. Comte, traduzido par M. Lemos (1890)*; L. Barretto, Pozitivismo e Theologia, etc., etc.
89. — Le positivisme dans la vie publique au Brésil. — Au Brésil, plus que partout ailleurs, la marche des événements et la vie publique tout entière ont subi Tinfluence du positivisme représenté par des hommes d'opinions différentes (Benjamin Constant, M. Lemos, L. Barretto, José de Ribeiro, Guedes Cabrol. Tubias Barretto, Silvio Romcro, Joachim Ribeiro de Mendoza, Alvaro de Oliveira, etc., etc.). Dans le banquet organisé à Paris, le 15 novembre 1890, en l'honneur des envoyés de la République brésilienne, pour fêter le
1. Le groupe Lemos-Lagarrigue désigne cette édition par le terme « édition apostolique ». M. Lagarrigue, en a fait paraître une traduction française. L'avantage principal de cette édition sur celle de M. Laffitte est qu'on y trouve, dans l'appendice, un exposé des conceptions auxquelles Aug. Comte attacha, dans ses dernières années, la plus grande importance. Ces conceptions sont avant tout l'utopie de la Vierge-Mère et l'incorporation du fétichisme au positivisme. On peut se procurer cette « édition apostolique », comme toutes les publications du groupe Audiffrent-Lagarrigue etc., au siège de l'Apostolat positiviste, 13, rue de Poissy, et chez M. Lagarrigue, 1, Place de l'Estrapade, Paris.
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premier anniversaire de la révolution du Brésil^ Texeira de Souza affirmait que la nouvelle Ilépublique devait l'existence à deux éléments organisateurs : « les propagandistes (c'est-à-dire les journalistes et orateurs positivistes) et les citoyens de l'armée et de la marine chargés du maintien de Tordre et de la défense nationale » (c'est-à-dire les officiers formés et inspirés par le positiviste Benjamin Constant). Dans ce même banquet, auquel prirent part les membres des ambassades et légations américaines et de nombreux délégués, — entre autres Zorilla — Lai'fitte ajouta, aux applaudissements des convives, que cette révolution pacifique avait été dirigée par le positivisme*. Le drapeau brésilien porte même la devise comtiste de l'organisation sociale positiviste : Orden e progreîiso (Ordre et Progrès). Lemos raconte en ces termes le fait mémorable de l'adoption de la devise positiviste: v Deux jours après l'événement (du lo novembre 1889), lorsque nous nous fûmes assurés du véritable caractère de la transformation qui venait de s'accomplir, nous avons été porter au Ministre de la guerre (Benj. Constant), pour qu'il la transmît au chef du nouveau gouvernement, une adresse d'adhésion. Nous y allâmes en corps, à travers les rues de Rio, précédés d'un étendard où la po-
1. Revue Occidentale, 1891, i, H8 et suiv.; voir aussi Revue Occidentale, janvier 1890, pp. 46 et o9 ; mars, p. 114. Voir aussi, sur les rapports du positivisme et de la révolution du Brésil la Kûln. Volhszeitung des 26 et 30 janvier 1890 (Erste BUitter).
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pulatîon salua pour la première fois la devise : Ordre et Progrès, que, quarante-huit heures plus tard, elle devait voir inscrite sur le drapeau national ». Suit un récit de la très cordiale entrevue avec Benj. Constant. « Il (B. Constant) termina en se déclarant heureux de pouvoir compter sur notre appui moral et intellectuel, ajoutant que la République ne pourrait avoir des conseillers plus capables que les deux jeunes citoyens qui se trouvaient à la tête de l'Apostolat positiviste du Brésil (Lemos etMendes). Pendant ce long épanchement, ses paroles furent souvent entrecoupées par Témotion... L'adresse au nouveauchef du gouvernement rappelait nos prévisions répétées sur l'avènement delà République... En terminant, nous demandions l'adoption par le nouveau gouvernement de la devise : Ordre et Progrès — résumé de la politique positive »''.
«Le nouveau pavillon, conçu par M. Mendes et dessiné par M. Decio Yillares, fut présenté à M. Benj. Constant qui le proposa à l'approbation de ses collègues et du gouvernement » -.
Lemos raconte ensuite que « l'Apostolat positiviste » donna aussitôt de pressants conseils pour la direction des affaires publiques ; mais, après deux mois seulement, les tendances positivistes du nouveau gouvernement se modifièrent, Benj. Constant n'était qu'un « positiviste incomplet » :
1. 9« Circulaire par Lemos; Rio de Janeiro, 1891, pp. 36 et suiv.