‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 138 sur 342 · Ibid., p. 15, note · texte numérisé non relu

Ibid., p. 15, note

21G LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE

il manquait donc des lumières nécessaires que peut seul donner le système complet et pur d'Auguste Comte.

Afin de montrer jusqu'à quel point les personnages les plus influents du Brésil étaient guidés par les idées de Comte, nous transcrivons ici un décret du Président du gouvernement provisoire, Deodoro Fonseca, qui fut en même temps le Grand Maître de la franc-maronnorie au Brésil.

90. — Décret sur la réforme de l'enseignement militaire. — « Le généralissime Manoel Deodoro da FonsGca, chef du gouvernement provisoire des Etats-Unis du Brésil, constitué par l'armée et la marine, au nom de la nation :

Considérant qu'il est très urgent et très nécessaire de perfectionner autant que possible, dans les écoles spéciales, l'instruction et l'éducation des militaires, et qu'il est indispensable de mettre cette instruction au niveau des progrès de l'art de la guerre tout en conciliant cette instruction avec la haute mission civilisatrice et éminemment morale et humanitaire que l'avenir réserve aux armées dans le continent sud-américain ;

Considérant que le soldat, comme élément de force, doit être dorénavant le citoyen armé, l'incarnation de l'honneur national, et doit coopér(M' grandement au progrès en garantissant l'ordre et la paix publique, en devenant le point d'appui intelligent et bien intentionné des institutions républicaines, sans jamais être un instrument servi le et malléable dont le moral ait été abattu, et chez qui le caractère ait été dégradé et l'élan indivi-

m. LE POSITIVISME ORTHODOXE A l'étranger 217

duel anéanti par Tobéissance passive et inconsciente ;

Considérant que le militaire a besoin d'une éducation scientifique substantielle et bien dirigée afin d'avoir une compréhension parfaite .de la haute destinée qui lui est réservée au sein de la société où il doit être l'appui le plus solide du bien, de la moralité et du bonheur de la patrie, et que cette éducation scientifique est indispensable au soldat pour qu'il puisse retirer tous les avantages et tous les profits des études spéciales de sa profession, et pour qu'il ait le cœur bien formé, au moyen du développement légitime des sentiments affectueux, en arrivant, par l'expansion rationnelle de son intelligence à bien connaître non seulement ses devoirs militaires, mais principalement ses devoirs sociaux ;

Considérant que ceci ne peut être obtenu qu'au moyen d'un enseignement intégral oii soient respectés les rapports de subordination des diverses sciences générales, de façon que l'étude puisse ^tre faite d'accord avec les lois que l'esprit humain a suivies dans son développement, commençant par les mathématiques et aboutissant à la sociologie et à la morale, vrai point de convergence de toutes les vérités, de tous les principes acquis jusqu'aujourd'hui, et seul foyer capable d'illuminer et d'éclairer la destinée rationnelle de toutes les conceptions humaines;

Décrète la réorganisation de l'enseignement dans les écoles militaires au moyen du règlement ci-joint, où. l'on a pourvu à tous les moyens

218 LE POSITIVISME DANS LKS ÉCOLES ISSUKS d'a. COMTE

propres à relever le niveau moral et intellectuel de l'armée, en faisant arriver le soldat brésilien à la hauteur des grands perfectionnements de l'art de la guerre dans ses diflérentes branches, sans le rendre jamais oublieux de ses devoirs comme citoyen au sein du foyer et au sein de la patrie. — Manoel Deodoro da Fonseca.

Contresigné par Benjamin Constant, ministre de l'instruction» *.

Les positivistes brésiliens n'ont pas été étrangers à la chute de Fonseca survenue le 23 novembre 4891 : pour eux, le dictateur était un « rétrograde » *. Ils n'ont point manqué non plus de donner aux personnages politiques et militaires, engagés dans cette nouvelle révolution, des conseils inspirés par la « Politique positive » ^.

Dans ces derniers temps, l'influence du Positivisme sur les afi"aires du Brésil va en décroissant. Fonseca lui-même renonça dans la suite à la franc-maçonnerie : il est mort en catholique^.

Page 1