‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 147 sur 342 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

C'est l'Angleterre qui est à la tête du mouveïiient positiviste indépendant. Deux hommes, surtout, représentent ce mouvement et l'oiit favorisé : John Stuart Mill et Herbert Spencer. Il faut leur adjoindre un certain nombre d'écrivains philosophiques : A. Bain, G. H. Lewes, W. K^ Clifford, James Sully, le médecin aliéuiste H. Maudsley,. G. Romanes. Th. Huxley, et J. Tyndall. j

Nous dirons aussi quelques mots du darwi-nisme et du sécularisme, à cause de leur étroit rapport avec le positivisme.

A. JOHN STUART MILL (1 806- i 873).

De tous les philosophes modernes de l'Anglclerre, J. St. Mill est celui qui représente le mieux le caractère national de ses concitoyens. Il nu pas seulement acquis dans sa patrie une répul.tlion qui le met hors de pair; il a encore exei' c

une très^rande influence à l'étranger^ surtout en France e^t^n Allemagne.

St. Mill n'a point fondé un système philosophique complet, comme Aug. Comte et Spencer. II a traité à sa manière les questions dont les es-' prits philosophiques s'occupaient le plus volontiers en Angleterre, c'est-à-dire l'économie politique et sociale, la psychologie, la logique et enfin la morale. En logique et en psychologie, la doctrine de Mill est un empirisme positivo-sceptique : en morale, c'est Tulilitarisme ; en politique, le radicalisme et l'individualisme ; en science sociale, le socialisme modéré.

La tournure d'esprit de St. Mill offre une certaine analogie avec celle^e Littré. Ce n'est point un esprit créateur: c'est la critique et l'analyse. Tl possède une vaste érudition ; mais, comme Littré, il manque de cette intuition qui caractérise les vrais philosophes. Sa pénétration dans les recherches philosophiques devient souvent subtilité et sophisme.

Par ses tendances sceptiques et sophistiques, il rappelle Hume : on l'a même appelé un « Hume perfectionné ><*. Par rapport au positivisme réaliste, hiérarchique, conservateur et autoritaire d'Aug. Comte, on pourrait appeler le positivisme de St. Mill un positivisme sceptico-subjectif, li- (Ibéràl-individualiste.

i. Compdi\ré, La philosophie de David Hume; 187.3,

a. Biographie *.

94. — J. St. Mill reçut de son père, le célèbre philosophe James Mill (-j- 1836), une éducation à laquelle la religion demeura complètement étrangère. James Mill était convaincu que les causes premières, non plus que les causes finales, ne peuvent être l'objet de la connaissance humaine. Dans les religions historiques, qui, selou lui, reposent sur l'hypocrisie et Tétroitesse d'esprit, il voyait des ennemies de la morale. Le dogme de l'enfer le choquait tout particulièrement 2. Son idéal religieux était l'humanité ennoblie et perfectionnée 3. Ces idées, passablement franc-maçonnes, comme le lecteur peut s'en convaincre, il les communiqua à son fils dès la plus tendre jeunesse; mais, en même temps, il lui recommanda de ne point trop manifester publiquement ses opinions irréligieuses.

Du reste, James Mill éleva son fils avec une sévérité exagérée. Pour l'habituer à un travail sérieux et le détourner de toute bagatelle, il le surchargea de leçons, le bourra d'enseignement et, en le privant de la société de ses compagnons d'âge, lui retrancha presque tout délassement. De trois à huit ans, le petit John dut apprendre le grec, l'anglais et l'arithmétique. A huit ans, il commença l'étude du latin. Il lut successivement presque tous les classiques grecs et latins, surtout Thucydide et Tacite qu'il approfondit. A douze ans, son père lui fit aborder la logique ; à treize ans, il lui fit un cours complet d'économie politique, etc., etc. C'est un exemple unique dans l'histoire, remarque Al. Bain, et nous ne voyons pas que personne ait

1. Nous empruntons ces détails biographiques surtout au volume intitulé Mills Selbstbiographie (Stuttgart, 1874), et aux Notices publiées par Alexandre Bain, un ami de Mill. dans la Revue Mind, 1879 et 1880.

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