Philosophie positive, vin, 298 et suiv
(c). Point de vue philosophique de Littré, en général.
10. — Attitude de Littré à l'égard d'Auguste Comte. Contradictions manifestes. — En ce qui concerne le point de vue philosophique où Littré s'est placé et son attitude à l'égard d'Aug. Comte, nous ferons remarquer, tout d'abord, qu'il n'a pas toujours su éviter les contradictions les plus manifestes. Par exemple, dans son principal ouvrage philosophique — Auguste Comte et la, philosophie positive — il vante l'inattaquable solidité et la parfaite unité du système de Comte; et, d'autre part, il ne fait autre chose, dans tout son livre, que s'efforcer de prouver que la seconde période de la carrière philosophique de son ancien maître est la contre-partie de la première ; il va même jusqu'à ébranler les bases fondamentales du système de Comte dans la première période.
Nous formulons là de bien graves griefs contre Littré « philosophe » : qu'il nous soit donc permis de prouver ce que nous avançons.
D'une part, Littré écrit en parlant de la philosophie de Comte :
« Aujourd'hui, il y a plus de vingt ans que je suis sectateur de cette philosophie ; la confiance qu'elle m'inspire et qui fut au prix de longues méditations et de plus d'une reprise, n'a jamais reçu de démentis. Deux ordres d'épreuves ont été par moi mis en œuvre pour me préserver des illusions et des préjugés : d'abord l'usage que j'ai
30 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSLKS d'a. COMTE
fait constamment de cette philosophie, puis la sanction que le cours des choses lui apporte. Occupé de sujets très divers, histoire, langues, physiologie, médecine, érudition, je m'en suis constamment servi comme d'une sorte d'outil qui me trace les linéaments, l'origine et l'aboutissement de chaque question, et me préserve du danger de me contredire, cette plaie des esprits d'aujourd'hui ; elle suffit à tout, ne me trompe jamais et m'éclaire toujours. Le cours des choses ne lui est pas moins favorable que l'épreuve individuelle ; non seulement il ne la contredit pas, mais encore tout ce qui advient en science ou en politique lui prépare quelque nouvel appui mental ou social »^.
« M. Comte n'a aucune contradiction ; chez lui le système existe ; et tout est conséquence et conséquent » - etc..
D'autre part, — et parfois immédiatement après des affirmations analogues à celles que nous venons de citer — il dit :
« Je ne nie pas qu'il (Aug. Comte) m'ait entraîné dans quelques erreurs que je suis moralement obligé de confesser en m'accusant ou de trop de précipitation, ou de trop de docilité, ou de peu de clairvoyance »^.
A propos du Rapport qu'il a écrit autrefois, sous l'inspiration directe d'Aug. Comte, pour la