ITALIE
loO. Remarques préliminaires. — En Italie, la propagande en faveur du positivisme est actuellement très active, comme en témoignent les nombreuses Revues et publications positivistes qui ont paru depuis une vingtaine d'années. Les organes de cette propagande sont pour la philosophie, la i^iuisiadeHa/Hoso/iascieviii/ica (Milan) et La Rassegna critica, di opère fîloso fiche, scientifiche e literarie (Naples) ; — pour la pédagogie, la Rivista pedagogica italiana (Turin-Rome) ; — pour la psychologie, la médecine légale et le droit criminel, la Rivista sperimentale di Freniatria e Medicina légale, et VArchivio di Psichiatria, Scienze penali ed AntropoLogia criminale.
En Italie, la propagande positiviste est entièrement au service de la politique anti-religieuse : elle a pour elle l'appui de la loge révolutionnaire qui, depuis 1870, exerce une influence prépondérante sur la vie politique delà péninsule. ^ Là, plus que partout ailleurs, le positivisme tend à devenir une philosophie nationale. Il présente assez peu d'originalité : il fait, par contre, de nombreux emprunts aux
1. Voir à ce sujet les diverses années de la Rivista délia Massoneria italiana (Rome) : Rosen en a publié <ies échantillons dans son livre: Uennanie sociale (1891). Voir aussi notre article Geheine Gesellschaften, dans le Slaat-lexicon (Herder, Fribourg).
positivistes des autres nations dont nous avons déjà parlé, et surtout aux Anglais et aux Allemands.
Les principaux représentants de la philosophie positiviste en Italie sont Pietro Siciliani, Roberto Ardigô, Andréa Angiulli et S. F. de Dominicis.
A côté d'eux, combat une armée entière d'écrivains du deuxième ou du troisième ordre, parmi lesquels nous nous contenterons de nommer: G. Sergi, G. Cesca, ï. Vignoli, A. Mosso, E. Tanzi, G, ïrezza, G. Boccardo, N. Marselli, E. Morselli, R. Schiatarella etc. ; G. Buccola (psycl)o-physicien) ; Mantegazza, Al. Herzen (physiologues). INous aurons à parler plus tard des représentants de Fécole positiviste dans les questions de droit.
Nous ne disons rien des positivistes plus anciens : ils se sont bornés à copier le positivisme des écoles étrangères, de l'école française surtout. Une seule remarque. Ausonio Franchi lui-môme, franc-maçon, l'un des coryphées de la philosophie anti-religieuse en Italie, et assurément celui qui a montré le plus de talent, s'était, dans sa jeunesse, pris d'enthousiasme pour le positivisme français ^.11 a abjuré ses erreurs et s'est pleinement réconcilié avec l'Église.
1. Ansonio Franchi, L'uUimacritica,Tp. 12. — Dans ce même ouvrage (p. 531 et suiv.), il envient à cette conclusion que € saint Thomas doit être préféré à toute la philosophie moderne » {à lutta la filosofia moderna è da preferire S. Tommaso). Naturellement, sa conversion n'a pas été du goût de la loge et des savants anti-religieux
A, PlETRO SiCILIANI.
P. Siciliani a exposé ses théories philosophiques surtout dans son livre intitulé Sut rinovamento délia filosofla in Italia .(Florence, 1871), publié peu de temps après Foccupation de Rome et ostensiblement destiné à fonder une philosophie adaptée aux nouveaux besoins politiques et nationaux de Fltalie « une ». La préface commence par ces mots : « Dans la salutaire rénovation politique de l'Italie, à laquelle nous assistons en tremblant, un livre capable d'aider à la rénovation philosophique ne peut que paraître opportun et répondre aux désirs de tous. Quand tous, aujourd'hui, nous répétons le mot d'Azeglio, Fatta ormai Vltalia, bisogna far gVItaliani, nous devons, me semble-t-il, travailler avant tout à nous renouveler au plus intime de notre conscience, dans la racine même et dans la source de tout progrès de l'homme et du citoyen. C'est l'œuvre de la pensée philosophique. Grâce à un heureux enchaînement de circonstances et à notre bon droit national, il n'a pas été difficile d'aller à Rome, et il ne sera pas difficile d'y rester. Mais nous n'y serons, nous n'y resterons que matériellement, si Rome, la
en Italie. S. F. de Dominicis a publié contre lui, dans la Rivista délia Massoneria italiana (1890, p. 129 et suiv., 164 et suiv., 195 et suiv., 232 et suiv., 283 et suiv.) de violents articles sous ce titre: La seconda apostasia di Ausonio Franchi.
vieille Rome, celle qui représente la pensée catholique, ne se transforme et ne disparaît. La sagesse politique, civique et administrative saura, sans aucun doute, nous conduire à ce but. Mais il est bon de ne jamais oublier que le moyen le plus efficace et le plus sûr d'y arriver, c'est la rénovation de la pensée philosophique » *.
Dans la suite, Siciliani adopta de plus en plus le « positivisme pur », c'est-à-dire le nihilisme philosophique caché sous cette étiquette. Le lecteur reconnaîtra par lui-même, sans qu'il soit nécessaire d'attirer son attention sur chaque point en particulier, tout ce qu'il y a de confusion, d'erreur, d'arbitraire métaphysique dans sa « philosophie positive ».
151. — Point de vue général auquel se place Siciliani. — Siciliani veut éviter l'exclusivisme du positivisme anglais aussi bien que celui du positivisme français. Le premier n'est qu'un « formalisme logique » ; le second n'est qu'un empirisme historique 2, Galilée a donné la vraie forme du positivisme dans les sciences naturelles ; et Vico l'a introduite dans les sciences morales 3. Vico est le véritable rénovateur de la
i. Ajoutons que Siciliani — il est mort il y a quelques années — eut toute la faveur du gouvernement italien qui, plusieurs fois, le chargea de faire des conférences aux instituteurs et aux institutrices, en différentes parties du royaume. Dans ces conférences il a toujours défendu la cause du positivisme.