II. — LEPOSITIVLSMEEN DEHORS DE LA PHILOSOPHIE
peuple ami du merveilleux pour le pousser au bouleversement de Tordre social»*. Pour être complet, Sergi aurait dû ajouter à son énuméra- , tion des « psychoses », le culte de Garibaldi et de Mazzini, les hymnes de Cardncci à Satan, les fêtes de Giordano Bruno, et tant d'autres manifestations de l'Italie officielle.
L'école positiviste italienne de droit criminel fait volontiers parade des nombreuses adhésions qu'elle a recueillies parmi les savants russes^. Cependant une étude sérieuse de la science du droit en Russie 3 a démontré que, sur ce point également, les u psychiatres » italiens sont les victimes d'une illusion (« psychose »). La même conclusion ressort plus clairement encore du congrès de S. Pétersbourg que nous avons rappelé plus haut*. Tous ces échecs ne laissent pas de gêner Lombroso, comme on peut s'en convaincre par la lettre qu'il a adressée à Em. Zola ^. L'auteur de IL^omo cli genio y envoie l'assurance de sa plus vive sympathie à l'auteur de la
1. Rivista délia filosofia scientifica, 18S9, p. 169 et suiv.
2. Garoiàlo, Di îi/ia nuova scuola pénale in Russîa: Archivio di psichiairia, vol, v, (1884), p. 328 et suiv.
3. D''. Alfr. Frassati, Die neue positive Schule des Slrafrechts in Russland, dans la Zcitschrifl filr die gesarariile Slrafrechlsicissenschaft (Berlin, 18'JO), tom. v, p. ^J0^ et suiv.
4. Archives d'anthropologie crirninelle, 1890, v, 314 et suiv.
5. Cette lettre se trouve reproduite dans les Archives d'anthropologie criminelle, 1890, v, 383.
Bête humaine *, qui partage avec lui le sort de tous les grands hommes, en restant méconnu.
Quoique les théories particulières de Lombroso n'aient que peu de crédit en dehors de l'Italie, il faut avouer pourtant que l'inlluence du positivisme, grâce en grande partie aux efforts de l'école positiviste italienne de droit criminel, a pénétré la science du droit. Les criminalistes positivistes les plus circonspects, tout en blâmant la part exagérée faite à la pathologie et à l'atavisme dans la théorie du crime, accordent un rôle prépondérant aux facteurs psychologiques et sociaux. On pourrait donc les désigner sous le nom de « criminalistes sociaux ,«. Parmi eux, les uns, comme le socialiste Napoléon Colajanni, admirateur enthousiaste de Crispi, voient la cause principale du crime dans l'inégalité sociale. Pour les autres, représentés surtout par G. Tarde ^, lé crime est le résultat de l'ensemble des conditions et des abus de la société. — « La société est l'imitation, et l'imitation c'est une espèce de somnambulisme », a écrit G. Tarde : le lecteur voit par là que les hypothèses de l'hypnotisme ont déjà passé dans la science du droit.
1, Zola avoue que, pour écrire la Bêle humaine, W s'est inspiré de VUoyno delinquente et de VUomodi genio de Lombroso, et ce dernier profite de cet aveu pour examiner le volume de Zola au point de vue de l'anthropologie criminelle.
2. Voir G. Tarde, Les lois de Vimitation (Paris, Alcan; 1890).