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DES RELIGIONS

Un des dogmes fondamentaux, peut-être même le dogme essentiel du positivisme d'Aug. Comte est celui-ci : les phénomènes sociaux, et surtout les principaux d'entre eux, c'est-à-dire les phénomènes religieux, sont soumis à des lois naturelles invariables : il n'ont donc, dans le processus universel de l'évolution humaine, qu'une valeur relative.

Depuis Aug. Comte, il aparu une foule d'écrits sur la science sociale, sur la psychologie des peuples, sur l'ethnologie, et tous, plus ou moins, s'inspirent de la théorie du fondateur du positivisme. Sans parler de tant d'écrivains français et anglais, en Allemagne, Bastian, le célèbre professeur d'ethnologie, à Berlin, soutient des opinions analogues. « Grâce à une ethnologie fondée sur les résultats acquis par l'anthropologie et par la linguistique », dit-il, « il serait possible de faire rentrer l'histoire dans la catégorie des sciences naturelles et d'arriver à comprendre les faits historiques comme des faits réglés par des lois, de même que l'on a déjà reconnu, pour la plupart des phénomènes de la nature physique, leur étroite conformité à des lois déterminées )>i.

1. Allg. Grundzûge der Ethnologie, Pralegomena zur Begrûndung einer naturivissenchaftlichen Psychologie auf dem Material des Volhergedankens (1884), p. 130.

Un ciuleur bien connu en politique sociale, Schâffle, admet dans son livre Bau and Leben des socialen Korpers tout un ordre d'idées assez conformes aux doctrines de Comte et de Spencer. Etc., etc.

173. — Les premières chaires de la science comparée des religions. — La science comparée des religions est actuellement en grande faveur auprès des ennemis de l'Eglise. En 1879, sur la proposition des positivistes FF.*. P. Bert et J. Ferry, une chaire de la science des religions fut fondée au Collège de France ; d'autres s'établirent bientôt à Bruxelles (1884), à Rome (1886), en Hongrie, en Grèce, et dans les quatre Universités de la Hollande (1887).

u H y a des modes en toutes choses, dans l'irréligion comme dans le reste. En ce moment la mode est à « l'histoire des religions >-, à la « science des religions », machine de guerre qui, sous prétexte de comparer entre elles les diverses religions historiquement connues et d'en analyser les éléments, cherche à ruiner dans les esprits la croyance à l'existence, ou plutôt à la possibilité même d'une religion venue de Dieu, d'une religion révélée »^

La Revue des religions a raison de le dire : « Qu'on ne s'y trompe pas, le courant qui a créé ces chaires d'histoire des Religions, est le même que celui qui a supprimé les facultés de théologie et interdit le catéchisme dans les écoles primaires.

i. Moniteur universel, 7 septembre 1889.

La Religion doit être enseignée désormais scientifiquement, en dehors de tout dogme et de toute confession. On a déjà élaboré des programmes dans ce sens pour les trois degrés de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur »^.

174, — Principaux adversaires de la révélation dans la science comparée des religions. — La nouvelle science est souvent représentée par des hommes hostiles à la révélation ; nommons en particulier les suivants : M. Mûller, à Oxford; A. Réville, Maurice Vernes, E. Renan, à Paris ; C. P. Tiele, à Leyde ; B. Labanca, à Rome. A en juger par leur doctrine, les trois premiers sont des rationalistes ; les autres sont plus ou moins évolutionnistes et positivistes. Tous, cependant, traitent le problème d'une façon essentiellement positiviste. Ils mettent la religion chrétienne au même rang que les religions païennes, et ils la regardent comme l'une des nombreuses phases de l'évolution humaine, n'ayant, de même que les autres, qu'une valeur « relative ».

Le rationaliste Réville, par exemple, comme beaucoup d'autres, s'approprie la loi sociologique d'A, Comte (loi des trois états) dans ce qu'elle a d'essentiel, tout en croyant devoir la corriger. D'après lui, dans la première période, l'homme regarde le monde comme soumis à l'influence de volontés arbitraires, qu'il doit se rendre favorables (point de vue naturaliste, ani-

1. Revue des religions (Paris, rue du Bac), n° 1, mars 1889, p. V.

miste) ; dans la seconde période, il reconnaît l'existence de lois normales, mais dominées par une volonté suprême qui peut faire plier ces lois en faveur de Thomme (monothéisme) ; dans la troisième période, il voit que les lois invariables de la nature sont essentiellement la divinité ellemême, qu'elles sont, «dans le temps et dans l'espace, les irradiations de la pensée toute-puissante, infinie» (naturalisme moniste) *.

Maurice Vernes blâme, il est vrai, la tendance à faire de la science comparée des religions une arme contre l'Eglise, ce qui ne l'empêche point, du reste, d'admettre les idées essentiellement positivistes que nous venons d'indiquer K

Labanca, généralement regardé comme un positiviste, expose en ces termes la « nouvelle théorie » dont il se déclare également partisan : Dans la science des religions, « la méthode a superiori des supra-naturalistes et la méthode a priori des rationalistes ont fait place à la méthode a posteriori de la recherche méthodique et critique des faits et des documents primitifs » 3. Pour montrer qu'il est, au fond, parfaitement dans les idées de Comte, il suffit de citer ces

1. A. Réville, Les religions des peuples non civilisés ■(Paris, 1883; 2 vol.).

2. Revue philosophique, 1884, i, 305-318; M. Vernes, Histoire des religions (Paris, Leroux; 1887).

3. Labanca, Il cristianesimo primitive. Studio storico-critico (Turin. 1886). Voir l'article publié à ce «ujet par M. Vernes dans la Revue philosophique, 1886, I, 495.

quelques lignes : « Aujourd'hui, grâce aux recherches de la philosophie scientifique, ce n'est plus Dieu qui crée l'homme à son image : c'est l'homme qui crée Dieu à la sienne. Aujourd'hui ce n'est plus la conscience divine qui verse dans l'âme la conscience humaine toute d'une pièce : c'est la conscience humaine qui peu à peu se façonne elle-même et qui façonne ensuite la conscience divine, ou, ce qui revient au même, la divinité » *.

D'après Guyau, qui professe le « naturalisme moniste », toutes les religions doivent disparaître, et l'idéal religieux consiste dans « l'anomie religieuse », c'est-à-dire dans la suppression de tous les dogmes, dans le complet affranchissement de l'individu. L'unique chose qui reste de la religion, la seule qui y mérite l'attention et qui soit éternelle, c'est le « désir de savoir, le sentiment de l'Inconnu et de l'Inconnaissable, le besoin d'un idéal » '^.

Renan est assurément, dans le milieu « non scientifique » des représentants incrédules de la science des religions, celui qui a exercé le plus d'influence. Nous ferons à son sujet une seule remarque : sa « science » n'est pas tenue en fort grande estime par les plus sensés de ceux-là mêmes qui partagent son incrédulité. M. Vernes,

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