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LE POSITIVISME DANS L'EDUCATION ET DANS L'ENSEIGNEMENT

L'éducation de la jeunesse étant le moyen qui permet d'agir le plus efficacement sur les idées elles mœurs de l'homme, il n'est pas étonnant que, de nos jours, le positivisme ne néglige rien pour faire, là aussi, prévaloir son influence.

475. — Littérature pédagogique positiviste. — Dans ce genre, nous citerons seulement les publications suivantes : H. Spencer, Education, intellectual, moral and phy&ical (en 4890 , 20.000 exemplaires de ce livre étaient déjà répandus; c'est, aux yeux des positivistes, le type de tout travail sur le même sujet); — A. Bain, Edu-

i. Maurice Vernes, Précis d'histoire juive (Paris, Hachette ; 1889), p. 7.

2. « Il Renan rifâ con la sua artistica e vagaimmaginazione la storia del popolo d'Israël ». Dav. Castelli, Storia degli Israelili dalle origini fino alla monarchia, seconda le font i bibliche crilicamente espostc (Milan, 1887), H, 342.

cation as a science (1885, 5" édit.) ; — Gabr. Compayré, Cours de pédagogie théorique et pratique (1886) ; — Ch. Robin, h' instruction et l'éducation (1878); — B, Ferez, U éducation dès le berceau (1880) ; — S. F. de~ Dominicis, La pedagogia e il Darwlnismo {i8~9)\ — A. Angiulli, La pedagogia, lo stato e la fainiglia (1876) ; — P. Siciliani, Lascienza delV educazione{\8'19); Sul insegnamento ai bambini (1881); - - A. Berra, Appuntes para un ciirso de pedagogia (Montevideo, 1883), etc., etc.

Parmi les manuels de l'instruction morale et civique pour l'enseignement primaire, nommons seulement : Gabr. Compayré , Eléments d'instruction morale et civique (adopté dans 68 départements) * ; L'instruction civic[ue à Vécole (adopté dans 72 départ.) ; - P. Laloi, Première année d'éducation civique (adopté dans 79 départ.).

176. -- La pédagogie positiviste dans la vie publique. — Les réformes que le positivisme tend à introduire dans l'enseignement et l'éducation, peuvent se résumer en deux points principaux : laïciser l'enseignement et l'éducation à tous leurs degrés et dans toutes leurs branches , modifier les programmes de l'enseignement en un sens réaliste et anti- humaniste. Actuellement,

1. Ces chiffres sont empruntés au fascicule n° 66 de la Collection intitulée : Méinoires et documents scolaires publiés par le Musée pédagogique (1889).

c'est surtout l'école primaire que l'influence positiviste cherche à laïciser, parce qu'il n'y a pas de moyen plus efficace pour arriver à la laïcisation de la société tout entière. Ces écoles sont fréquentées par tous les enfants du peuple — on recourt du moins à la contrainte scolaire et à tous les moyens d'exercer une pression morale, pour que ces enfants passent par les écoles ainsi réformées — et ils y passent précisément à un âge où les principes qu'ils y recevront peuvent influer de la façon la plus décisive sur la direction religieuse de leur vie entière. Or FEglise, qui représente le principe surnaturel, avait conservé jusqu'ici une influence relativement considérable sur ces écoles.

En ce qui concerne la France, nous avons déjà rappelé certains détails très significatifs qui montrent bien que le positivisme est loin d'être étranger à ces réformes. Gambetta, le principal représentant d'une politique qui s'est dopné pour mission la réforme scolaire, Paul Bert et Jules Ferry qui ont joué dans cette œuvre le rôle capital, se sont déclarés publiquement et pratiquement en faveur du positivisme, devenu pour eux la philosophie destinée à servir de fondement à tout l'enseignement. Il n'est pas possible d'en douter: en France, les écoles nouvelles subissent profondément l'influence positiviste, bien qu'on ait pu rencontrer et qu'on rencontre encore, dans la rédaction des programmes d'enseignement et dans l'administration scolaire, certains membres de l'Université partisans des idées spiritualistes.

Le double idéal positiviste, Humanité et Patrie*, a déjà remplacé Dieu et le christianisme dans les écoles françaises : Dieu et christianisme ne sont plus que des mots qui reparaissent de temps en temps pour contenter la galerie.

En 1879-4884, la Belgique a eu ce que nous pourrions appeler son Schulksunvpf : on y a retrouvé les mêmes tendances ^ qui prévalent en France depuis 1877.

Le rejet du projet de loi scolaire présenté par Zedlitz (1892) et, plus récemment encore, la fondation des sociétés pour la culture r)iora,le prouvent qu'en Allemagne le parti libéral (progrèssites, nationaux-libéraux, socialistes) tend activement à remplacer, dans l'enseignement même primaire ^, les religions positives par les théories humanitaires, « dégagées de toute hypothèse », débarrassées des « béquilles théologiques » et des systèmes philosophiques. Bien souvent les libéraux allemands ont cité comme un

1. Au concours général de 1891. M. Bourgeois, ministre de rinstruction publique, affirmait expressément que ces deux idées doivent désormais inspirer tout enseignement. — Revue Occidentale, 1891, p. 271.

2. Sylv. Balau, Soixante-dix ans d'histoire contemporaine de Belgique (1815-1884) ; 4« édit., 1890 ; pp. 283 et suiv.

3. Pour rintelligence des lecteurs français, nous ferons remarquer qu'en Prusse, dans les écoles primaires, l'instruction religieuse est encore, pour la forme, la base de l'enseignement. L'échec du projet de loi préparé par Zedlitz (1892) n'a rien changé sur ce point.

exemple à suivre les écoles primaires françaises. Il s'est formé en outre, en Allemagne, comme dans d'autres pays, un courant très énergique contre l'enseignement humaniste auquel on veut substituer un enseignement réaliste. A la tête de ce mouvement on retrouve la plupart des hommes qui cultivent les sciences naturelles et réclament à grand cris la laïcisation du système tout entier de l'instruction publique, par exemple Haeckel, Preyer, Eimer etc.. Haeckel veut établir l'unité de l'enseignement sur les principes évolutionnistes. Preyer appelle « les écoles humanistes », « un organe rudimentaire » du corps social moderne. Eimer est pour la suppression de toute éducation philosophique et théologique. D'après ces partisans du progrès, dans l'enseignement le rôle prépondérant doit revenir aux mathématiques et aux sciences naturelles*. « Le moment n'est pas éloigné », dit Eimer, « où les sciences naturelles prendront, dans l'éducation, un rang tout autre que celui qu'elles occupent aujourd'hui. Elles seules peuvent dans l'avenir fournir la base de plus en plus nécessaire aux exigences de notre vie publique, en bannissant les principes contraires à l'esprit naturel de l'homme, en propageant des doctrines saines, pratiques et en même temps idéales, je dirais volontiers normales, sur les problèmes fondamentaux de la société et de la vie, par l'élimination définitive de

1. Voir Philosophisches Jahrbuch (Fulda, 1889), pp. 1 et suiv. ; 291 et suiv.

toute éducation théologique et philosophique»*.

Aux Etats-Unis le système des écoles publiques {common schools) séparées de toute attache confessionnelle {unsectcirian), et en Angleterre le système des hoa,rcl-schools poursuivent, quoique peut-être avec plus de modération, les tendances qui ont trouvé en France dans les écoles primaires leur application la plus complète. Tout un parti y travaille à faire prévaloir de plus en en plus ce qu'il appelle Vunsectarisin moral éducation.

En Italie, oii le parti franc-maçon libéral rivalise de zèle avec la France pour la diffusion de la «civilisation nouvelle », l'influence positiviste ne garde plus de ménagements et règne en maîtresse dans la pédagogie.

P. Siciliani, par exemple, écrivain qui fait loi pour la jeune Italie dans les questions pédagogiques, réclame formellement qu'on bannisse des écoles tout enseignement religieux"^. Il veut que l'Etat interdise cet enseignement, même dans la famille, qu'il ne recule pas, s'il le faut, devant la violence, qu'il impose à tous un « catéchisme de morale naturelle, rationnelle, universelle » '. C'est le droit de l'Etat, ajoute-t-il ; c'est son devoir ; car il est obligé d'assurer aux enfants la

1. Humholdt, Monatschrift fur die gesammle Naturwissenschaft, 1887, p. 2.

2. Siciliani, Rii'oluzione e pedagogia (1882), 239 et suiv., 3o4 et suiv,

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