‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 46 sur 342 · Cité par Caro, Littré et le positivisme, p. 8o · texte numérisé non relu

Cité par Caro, Littré et le positivisme, p. 8o

plénitude de ses convictions, à la foi catholique oii il avait trouvé son plus grand bonheur. Ce trait lui fournit l'occasion de faire un sérieux rapprochement entre le P. Olivaint et lui. Quel fut le résultat de ces réflexions, on ne nous le dit pas. Nous pouvons peut-être le conclure de cette parole qu'il prononça en apprenant la mort de son ami, le P. Miilériot, « C'est vivre quelques jours de trop que de vivre pour voir mourir des hommes tels que le P. Miilériot. C'est une grande perte pour moi. Il a été pour moi d'une bonté angélique. Il m'aimait sans que rien en moi pût motiver cette afTection de sa part; je ne la méritais pas, mais j'en jouissais comme d'une grâce et je lui en étais bien reconnaissant. La, grâce nous est donnée sans qu'on la, mérite , vous le savez mieux que moi ))^.

x\près la mort de Littré, les journaux ont publié qu'il avait reçu le baptême sur son lit de mort. Nos renseignements puisés à des sources authentiques établissent, contrairement aux dénégations opiniâtres des libres-penseurs dont Littré avait fait partie autrefois, que le savant, avant de mourir, a reçu le baptême en pleine connaissance et avec une entière liberté. L'abbé Huvelin affirme en outre que Littré « avait été bien préparé ». Cette conversion est encore confirmée par ce fait que la sépulture ecclésiastique a été donnée au défunt. L'exemple de ce

1. Le Rév. Père Miilériot, par le P. Clair, S. J. Paris. (Palmé), 1881, 24* édit., p. 180.

savant prouve une fois de plus qu'un examen sérieux, sans préjugé et libre de tout respect humain, ramène à la religion ou du moins en rapproche.

Il va sans dire que la conversion de Littré a été contestée par les libres-penseurs et par les francsmaçons*. Aucun de leurs arguments ne peut être pris en sérieuse considération, puisque personne d'entre eux n'était présent aux derniers moments de Littré et que, même au point de vue positiviste, qui exige l'expérience ou l'observation directe, leurs affirmations ne sauraient mériter l'attention. Ils invoquent surtout l'article intitulé Pour la, dernière fois, dont Littré avait confié la publication à son ami Caubet ; mais comme il ne porte aucune date, on ne peut savoir combien de temps avant sa mort le savant l'avait composé. Le ton de cet article indiquerait plutôt un commencement de revirement dans les opinions, quoique l'auteur en terminant déclare, du moins en paroles, rester fidèle aux idées de la libre-pensée. D'ailleurs on sait que Littré, si convaincu qu'il voulût paraître, hésitait dans ses théories. II avait donc pu se faire qu'avant d'arriver à une solution définitive, il eût, sur les instances d'un de ses amis positivistes, publié un article où son état d'âme ne se révélait pas entièrement. Si l'on songe, en outre, à ses rapports fréquents et intimes avec des ecclésiastiques, il ne semble nuUe-

1. Voir Chaîne d'union, septembre 1881 ; Monde maçonnique, juillet 1881.

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ment invraisemblable qu"il se soit sincèrement converti en présence de la mort qui affranchit de tout respect humain et dissipe toutes les illusions. Lors donc que le collaborateur de Littré vient nous dire dans la Philosophie positive^ «qu'une conversion était tout simplement impossible au philosophe, quand même il l'aurait voulue, parce que la constitution de son cerveau s'y opposait », il ne fait que manifester l'embarras oiî il se trouve d'apporter un argument plausible.

Littré mourut le '1 juin 1881.

30. — Funérailles de Littré; manque de tact de la part des FF.-. . — Les funérailles de Littré furent troublées par des scènes qui montrent bien avec quels hommes équivoques il s'était compromis, en entrant dans les loges maçonniques, lui, le savant délicat, le chercheur plein de finesse. Bien que la famille ne leur eût adressé aucune invitation, les FF.*, accoururent en grand nombre aux funérailles. Comme on se disposait à placer le cercueil sur le char funèbre, F.-. Galopin, premier inspecteur de la loge «La Clémente Amitié », s'avança et, quoique la famille de Littré se fût interdit tout discours libre-penseur, prononça ces paroles absolument dépourvues de tact: «Je viens, au nom de la philosophie positiviste, réclamer les droits de la franc-maçonnerie. On nous a trompés pour te voler à l'humanité pensante. Mais l'avenir se charge de juger tes ennemis et les nôtres. Maître, nous te vengerons en

\. Philosophie positive^ xxvii, 9.

faisant lire tes livres à nos enfants ». — Sur la tombe encore ouverte, F.*. Wyrouboff fit entendre une seconde protestation contre la conversion du philosophe. Durant toute la cérémonie, des cris retentirent : Pas daspersoir ! à bas la soutane ! Voleurs de cadavres ! Quand F.-. Renan prit Taspersoir pour jeter l'eau bénite sur le cercueil, les FF.', firent entendre un murmure d'indignation. Quoi ! Renan ! lui aussi !

Yoilà comment ces hommes comprennent la tolérance, la politesse et les convenances. Détail significatif! ces grossièretés ont trouvé un apologiste déclaré dans la personne d'un franc-maçon cosmopolite, Carlos von Gagern, que M. G. Conrad, le publiciste bien connu, nous représente comme le modèle des frères maçons*.

Les FF.', crurent n'avoir pas fait assez pour revendiquer le défunt. A l'occasion du congrès annuel du Grand Orient de France, le président de la loge « La Clémente Amitié » convoqua, le 15 septembre 1881, deux cents Vénérables de la province à une réunion en souvenir de la mort de Littré, et il leur déclara que le philosophe était mort dans la franc-maçonnerie, que tous les bruits contraires étaient des mensonges. Tous les journaux libéraux de France s'empressèrent de répéter que la conversion de Littré était une invention des cléricaux et sa sé-

1. Carlos von Gagern, Schwert und Kelle. Aus dem Nachlass des Verfassers herausgegeben von M. G. Conrad. Leipsig {Friedrich!, 1888, p. 87.

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pulture religieuse un larcin commis au préjudice des FF.-., etc..

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