‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 51 sur 342 · Robinet, Notice etc., 2« édit.,1864, pp. 5o7-6o · texte numérisé non relu

Robinet, Notice etc., 2« édit.,1864, pp. 5o7-6o

2. Ces dernières publications nous ont été transmises fort obligeamment par un correspondant anonyme de Rio-Janeiro : c'est probablement Miguel Lemos, le cbef du groupe positiviste en cette ville. Que M. P. Laffitte et notre correspondant anonyme veuillent bien recevoir ici nos meilleurs remerciments pour la complaisance qu'ils ont mise à nous aider dans notre travail. Remercions également MM. G. Lagarrigue, Audifîrent, H. Dix Hutton et

vrai, le succès — succès momentané — de l'école de Littré ; mais elle a, dans le silence, travaillé d'une manière plus durable. En tout cas, elle mérite de notre part un intérêt tout particulier, parce que c'est l'école à laquelle Aug. Comte a confié la continuation de son œuvre et qu'elle représente, ainsi, le positivisme proprement dit, le positivisme historique. En restant étroitement unie à Aug. Comte, elle a conservé en grande partie le caractère d'originalité que nous avons rencontré, à un si haut degré, dans le fondateur du positivisme.

32. — Remarques et indications préliminaires. — L'école positiviste orthodoxe a d'abord formé divers groupes nationaux, selon les pays où elle a pénétré. Naturellement, il faut mettre au premier rang la section française. Elle a conservé l'ancienne habitation du maître (10, rue Monsieurle-Prince) comme le sanctuaire du positivisme religieux oij, sous l'influence de Glotilde de Vaux, Aug. Comte a fondé la nouvelle religion de l'Humanité et rempli, durant de longues années, les fonctions de grand-prètre. La section anglaise se rattache à la section française, aussi bien sous le rapport de son importance qu'au point de vue de sa manière de comprendre le positivisme. PCnsuite

Congreve. La maxime « Vivre au grand jour », qui est la maxime des positivistes, contribue beaucoup à faciliter notre tâche.

Qu"il soit permis au traducteur de remercier à son tour MM. Laffitte, P. Dubuisson, médecin en chef à Tasile Ste- Anne, Audiflrent et J. Lagarrigue, pour la bienveillance qu'ils lui ont témoignée.

84 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE

viennent le groupe suédois, et le groupe brésilien-chilien.

En 1877, une nouvelle scission se fit dans l'école, et quelques positivistes d'une observance plus stricte se séparèrent de Laffitte. Dès le principe, ils avaient hésité à le reconnaître pour chef parce qu'Aug. Comte lui-même avait définitivement renoncé à le choisir pour son successeur» Cependant, ils s'étaient soumis momentanément. Mais comme Laffitte, subissant évidemment l'influence du groupe libéral anglais auquel il devait le plus clair du subside, se montrait de plus en plus indépendant dans sa façon d'interpréter le positivisme et d'appliquer les préceptes de Comte, on en vint à une rupture ouverte. Le D" Audiffrent et le D'' Sémérie en France, et l'ancien pasteur protestant Congreve en Angleterre déclarèrent avec leurs partisans qu'ils voulaient s'en tenir exactement à Aug. Comte en toutes choses. C'est surtout au Brésil et au Chili que cette forme stricte du positivisme a pris de l'importance. Miguel Lemos, chef du groupe brésilien et le D' Lagarrigue, chef du groupe chilien, l'ont adoptée. Lemos exprime ainsi la profession de foi des positivistes de la stricte observance : « Nous affirmons que pour nous le quatrième volume de la « Politique positive » est notre Lé vi tique, Lévitique scientifique, aussi certain pour nous que la géométrie » *.

1. Le Positivisme ei le sophiste Pierre Laffitte, par Miguel Lemos, directeur de l'Apostolat positiviste da Brésil. Rio de Janeiro, 1889, p. 4.

Après ces remarques préliminaires, nous parlerons d'abord du groupe français, puis des divers groupes étrangers.

GROUPE FRANÇAIS DE l'ÉCOLE POSITIVISTE ORTHODOXE

A. Ses principaux représentants (a). Pierre Laffitte

Le principal représentant du groupe français €st assurément Pierre Laffitte, qui, depuis la mort d'Aug. Comte (1837), a le titre de Directeur du positivisme.

33. — Biographie. — Pierre Laffitte* est né le 21 février 1823, à Béguey, dans la Gironde. En 1839 il vint à Paris pour faire son cours de philosophie et s'appliquer ensuite à l'étude des mathémathiques. D'après son propre aveu, la lecture du Cours de philosophie positive (1842) fut pour lui « un coup de foudre, et décida dès lors de toute sa carrière philosophique et sociale » ^. II renonça désormais à toute autre lecture philosophique, pour s'attacher exclusivement aux œuvres de Comte. En 184i, il se rapprocha du maître qui, plusieurs fois par semaine, lui donnait des répétitions. Afin de se préparer aux fonctions de l'enseignement et du sacerdoce positiviste, sur

1. Nous empruntons ces détails biographiques au volume de M. Ém. Antoine : Aperçu sommaire sur la vie et sur Vœuvre de M. Pierre Laffitte. successeur dCAug. Comte. Le Havre, Leclerc, 1880).

2. Cours de philosophie ■première., par P. Laffitte. Paris, Bouillon, 1889, p. n.

86 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a, COMTE

le conseil de Comte, il étudia durant plusieurs années la biologie avec de Blainville, la médecine avec les professeurs positivistes Segond, Ch. Robin et Cl. Bernard, et, pendant trois ans, il fréquenta la clinique du D' Gendrin à l'Hôpital de la Pitié. Quant à la sociologie, son maître fut Aug. Comte lui-même.

Laffitte «explique ainsi Tintimité de ses rapports avec le philosophe : « Je suis par nature essentiellement porté à la vénération et à l'admiration » *. Aug. Comte appréciait si bien les qualités du cœur et de l'esprit chez Laffitte qu'il eut un moment, comme nous l'avons vu, la pensée de désigner pour son successeur dans les fonctions de grand-prêtre de la nouvelle religion de l'humanité, celui qu'il appelait « le plus éminent de ses jeunes disciples ». Plus tard, cependant, Laffitte lui parut manquer de Ténergie et de la persévérance nécessaires^. Il aurait même dit, sur son lit de mort, en parlant de ce disciple favori qui avait d'abord fait concevoir de si hautes espérances: « Dépourvu de vénération et d'initiative, il ne sera jamais qu'un dilettante, ayant tout juste assez d'énergie pour gagner sa vie » ^.

34. — Laffitte est choisi pour succéder à Aug. Comte. — Le maître étant mort sans désigner expressément personne comme son successeur, P. Laffitte fut choisi pour remplir « provisoire-

Page 1