‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 52 sur 342 · Audiffrent, Après la légende, rhistoire. Paris · texte numérisé non relu

Audiffrent, Après la légende, rhistoire. Paris

ment » les fonctions de « Directeur du positivisme ».

Afin de donner une idée de la manière dont les positivistes comprenaient l'importance de ces fonctions et dont ils jugeaient l'élection de Laffitte, nous citerons quelques appréciations empruntées aux positivistes orthodoxes. Audiffrent rapporte qu'au moment de l'élection, il avait présenté comme Directeur provisoire du positivisme le Dr Robinet, qui eût consenti à accepter cette dignité. Soudain Laffitte entra, et tous lui donnèrent leur voix sans se soucier des indications formelles d'Aug. Comte.

D'après Antoine, « Laffitte hésita beaucoup avant de se donner à une si haute mission. Son extrême modestie, l'hostilité de rivaux écartés par Auguste Comte, la difficulté de se faire accepter d'hommes de son âge, Ja grandeur dé la tâche, la responsabilité redoutable devant la Postérité, tout cela était bien fait pour retenir un disciple de trente-quatre ans, absolument pur d'ambition personnelle. Il céda aux sollicitations de ses collègues, et il se consacra à cette fonction, qu'il avait été le dernier à s'attribuer, avec la résolution de la mériter, en y vouant sans réserve tout ce qui lui restait de vie » *.

Robinet s'exprime ainsi : « Le premier grandprêtre de la religion universelle n'ayant choisi, ni par conséquent désigné, aucun successeur

1. Antoine, Aperçu sommaire sur la vie et sur l'œuvre de M. P. LajjiUe, p. 26.

immédiat, s'il était impossible de laisser une vacance dans la direction spirituelle de l'Eglise naissante, il n'était pas sans danger de pourvoir à sa restauration. La nécessité suggéra le meilleur parti : les positivistes désignés par Auguste Comte dans son testament, comme devant se préparer aux fonctions sacerdotales, se constituèrent en conseil, et décidèrent que le président de cette réunion prendrait, à titre provisoire, la direction du positivisme. Du reste le provisoire ne devait porter que sur la personne du fonctionnaire, mais nullement sur la valeur des actes accomplis » *. 35. — Laffitte, directeur du positivisme. — D'après les Circulaires, Laffitte accepta la mission qui lui était confiée, avec une abnégation, un dévouement et une persévérance remarquables. Quoique sans fortune personnelle, il ne voulut point recourir aux fonds positivistes avant d'y avoir acquis des droits par l'exercice de ses fonctions. Il se créa de modestes ressources en donnant des leçons de mathématiques. Tout le temps dont il pouvait disposer, il le consacrait soit à ses études, soit à la direction de «l'église positiviste», soit à la propagande des doctrines de l'école. A ce travail opiniâtre, il perdit l'œil droit, et l'œil gauche resta assez compromis pour nécessiter désormais l'emploi d'un secrétaire. Infatigable au travail, Laffitte apportait le même courage dans l'insuccès et dans les railleries qui ne lui manquèrent point à ses débuts, jusqu'à ce

Page 1