LIVRE III. — CHAPITRE IV. Î
chercher dans les faits pathologiques d'hallucination ou d'aliénation mentale des exemples de nature à troubler la claire perception de la conscience ; il invoque des faits que les médecins sont seuls compétents pour apprécier et que son contradicteur ne peut lui contester.
Il y a souvent un certain charlatanisme dans cette manière d'accumuler des faits scientifiques, dont un bon nombre sont incertains, dont d'autres n'ont pas rapport à la question, tandis que d'autres ne sont, comme nous le montrerons, que la répétition sous forme scientifique de faits vulgaires déjà connus, et dont le bon sens a déjà jugé les conséquences. On se rappelle involontairement quand on lit ces démonstrations, faites à grand renfort de termes techniques, le fameux discours de Sganarelle dans Le médecin malgré lui. — Vous ne savez pas le latin ? Singulariter nominativo, Cabricias, etc. — Vous ne savez pas l'anatomie, je vais vous parler de tubercules trijumeaux, de l'isthme de l'encéphale, du pont de Varole, etc, etc.
S'il importe de ne pas se laisser éblouir par cet appareil technique qui souvent ne couvre aucune preuve, il importe encore davantage de n'entrer qu'avec précaution soi-même sur le terrain de la science expérimentale ; de ne le faire qu'avec l'appui et sous le contrôle d'hommes du métier, de véritables expérimentateurs, capables de distinguer le réel de l'apparent dans ces observations accumulées. Mais il existe un moyen sûr d'éviter ces discussions techniques, et de défendre le terrain de la conscience humaine sans usurper sur les droits de la science qui étudie le corps.
Ce moyen, c'est d'avoir recours à des principes, c'est de poser certaines règles de bon sens pour diriger et apprécier d'une manière générale toute espèce d'observations. Ces règles que les savants ne peuvent pontester puisqu'ils les appliquent eux-mêmes tous les jours, suffisent à elles seules pour tracer la limite audelà de laquelle l'autorité des faits scientifiques est nulle, et celle de la conscience est absolue; elles suffisent à la rigueur pour dispenser à l'avance de la discussion détaillée des faits ; elles permettent aussi de diriger cette discusâion à'une manière sûre, et de séparer les faits réels, de l'interprétation fausse et sophistique qui leur fait dire ce qu'ils ne signifient pas.
r,i LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.
Nous allons exposer ces principes dont l'évidence ne pourra manquer d*ètre reconnue par ceux qid connaissent les méthodes des sciences d'observation.
1*' Principe — Quand une observation est claire et certaine, l'induction ne peut prévaloir contre elle ni en détruire le résultat.
Ce principe est évident ; les inductions ne sont que des connaissances indirectes, elles doivent reposer sur les faits; elles ne peuvent détruire les faits. Or, c'est Tobservation qui constate les faits. Les faits observés sont le contrôle nécessaire, la seule vérification possible des faits induits, des faits prévus, des faits calculés f avance.
Ainsi l'observation de la position de la lune, quand elle est exacte et certaine, prévaut sur le calcul et sert à le corriger.
J'ai dit expressément, quand l'observation est claire et certaine, car s'il s'agit d'observations douteuses, il est évident que l'induction a une grande valeur, soit pour en confirmer, soit pour en corriger les résultats.
De ce principe, nous pouvons déduire trois corollaires.
1 . Les hypothèses ne prévalent pas contre les faits. Les hypothèses en effet sont des inductions non encore suffisamment vérifiées ; elles ont donc moins de valeur encore que les inductions.
2. Aucune induction ne peut prévaloir contre le témoignage clair et certain d'une faculté cognitive, quand ce témoignage porte sur l'objet propre d'une telle faculté, qu'aucune autre faculté ne peut atteindre, et quand cette faculté opère dans des conditions normales.
Ainsi aucune induction ne peut détruire le témoignage de la vue sur les couleurs, de l'ouïe sur les sons. !l|yileun raisonnement ne peut contester ce que l'observation directe des couleurs ou des sons a constaté.
Quand il s'agit d'un objet susceptible d'être atteint par deux sens, comme la forme ou le mouvement, on comprend que la vuo puisse être corrigée par le tact; il peut y avoir lieu à comparer -ces témoignages. Mais quand il n'y a qu'un seul témoignage possible, et qu'il est clair et certain, il est inattaquable.