LIVRE m. — CHAPITRE IV
3. Le témoignage évident d'une faculté cognitive par rapport à son objet propre qu'aucune autre bculté ne peut atteindre, doit être considéré comme véridique quand cette faculté opère d'une manière normale et naturelle.
En effet, rien n'existe qui puisse combattre ce témoignage.' Ce ne sont pas les perceptions accidentelles et irrégulières qui sont évidemment de moindre autorité que le témoignage normal d'une faculté. Ce ne sont pas les inductions provenant du témoi^ gnage d'autres facultés. Ces inductions sont sans valeur contré des faits directement observés.
Les faits, constatés de cette manière, ont donc toute la certitude que comporte l'expérience. On ne peut les contester qu'en contestant l'expérience tout entière.
2"* Principe. — L'étude des faits réguliers et normaux doit précéder celle des faits irréguliers et surtout des faits tératologiques.
Ce principe est encore évident. Que dirait-on d'un embryogéniste qui n'aurait jamais voulu étudier que des monstres, et qui ne connaîtrait pas la marche régulière du développement de l'être organique? Evidemment, sïl voulait tirer des conséquences^ de ses observations, il trébucherait à chaque pas, chacune de ses inductions serait une erreur, il poserait en règle ce qui n'est que Texception.
S"* Prinxip». — Les faits irréguliers et tératologiques ne peuvent jamais servir à contester l'existence des faits normaux et réguliers, ni des lois légitimement conclues de ces faits.
Rien de plus évident encore. En premier lieu, des faits quand ils sont évidents et bien constatés, ne peuvent pas être détruits par d'autres faits. En second lieu, les faits dont nous parlons étant supposés exceptionnels, ne doivent pas rentrer dans les lois; leur existence ne combat donc pas l'autorité des lois. .
Est-ce à dire pour cela que les faits tératologiques ne doiirsiitt pas êtres étudiés ?
Tout au contraire, l'étude de ces fa^ts est très utile, nécessaire même, mais H faut qu'elle vienne à sa vraie place, et qu'on
tu LE POSITIVISME ETiA SCIENCE EXPÉRIMENTACË.
ne déduise de ces exceptions que leurs véritables conséquences.
Les faits tératologiques n'arrivent pas au hasard ; le hasard n'existe pas. Us sont Teffet de lois plus profondes et plus compliquées que céDes qui présidp&t à l'évolution normale. Jiâ nous Ijâvèlent en les exagérant certains caractères qui àuraÛRit safti cela échappé à l'observation.
Mais ils ne doivent venir que postérieurement, ils ne doivenl jamais être appelés à contredire les faits réguliers ; ils d<Mieat •'Jjlkitôt, restant inexpliqués, être réservés comme pierres d'attente^ que d'être employés à détruire l'édifice régulièt^mftiit construit par l'expérience.
Tels sont les trois principes qui, selon nous, doivent régir toute observation régulière, et sans l'application desquels Tobseryation, réduite à un entassement de faits confus, ne peut conduire à adcun résultat.
A ces principes généraux, nous devons joindre une vérité également évidente, qui doit nous servir de règle dans l'étude expéfimentale des phénomènes psychologiques.
Cette vérité consiste en ce que les phénomènes psychologiques, Sensations, pensées, volitions, sont Tobjet propre de la faculté interne nommée la conscience et ne peuvent être atteints que ^r elle.
L'homme est doué de cinq sens, qui ont pour fonction de lui révéler le monde extérieur. Mais il a en outre conscience de sensations intérieures, d*impressions agréables ou douloureuses, et d^actes ou de pensées également internes.
Or, aucun des cinq sens extérieurs n'atteint les phénomènes psychologiques. Ils ne peuvent être ni vus, ni touchés, ni enten* dus. Ils sont sentis intérieurement. Ils sont évideola, mais par une autre évidence que celle des objets extérieurs.
Cette vérité ne saurait être niée par personne, même par les matérialistes. Les boudhistes de Tlnde, qui professaient un malérialisme absolu, reconnaissaient six s^ns chez Thomae^ à amoir les cinq sens ^tlérieurs et un sens interne dont ils plaçaient le siège dans le cœur.
La seule objection qui pourrait ôtn faite, mais qui est aisément levée, provient 4u lût que les sensations d*autrui nous