LIVRE 111. — CHAPITRE V
vie organique, il n'a pas Tidentité et la simplicité attribuée à la personne humaine.
Donc, de deux choses Tune : Ou Ton conservera le nom de personne au sujet des pensées ou des sensations , et Ton devra dire : la personne c'est le cerveau. Dans ce cas, la personne ne sera ni identique à elle-même, ni simple.
Ou bien on considérera l'identité et la simplicité comme essentielles à la personne ; alors il faudra dire : la personne n'existe pas ; les sensations et les pensées sont les modifications d'un cerveau et non d'une personne.
Quelle que soit la forme employée, la pensée est la même, et cette pensée est directement la négation du témoignage de la conscience, que nous avons exposé plus haut. Selon ce témoignage, c'est-à-dire selon la véritable expérience interne , l'existence de la personne humaine, identique et indivisible, est un fait évident, et les sensations et les pensées n'en sont que des fragments détachés par l'abstraction.
Or, avant d'examiner les preuves de l'assertion des matérialistes, considérons cette assertion à la lumière des principes que nous avons exposés.
Elle peut s'énoncer ainsi :
Les pensées, les sensations, les actions, ont pour sujet le cerveau, ou sont des phénomènes du cerveau. De quoi s'agit-il ?
De dire ce que sont les pensées, les sensations, les actions ; de dire en quoi elles consistent.
Or, comment les matérialistes prétendent-ils prouver leur assertion?
C'est par l'expérience externe. C'est par des expériences d'ai^atomie sur des cadavres, ou de vivisection sur des animaux.
Or. n'est-il pas évident que leurs moyens de preuves sont parfaitement insuffisants et étrangers aoxf^its qu'ils veulent prouver?
On pourrait dire d'abord que le cadavre ne sent pas, ne pense pas, ne veut pas, et que ces expériences sur les corps inanimés ne peuvent nullement expliquer ce que sont des phéQpmènes de vie.
On pourrait qjouter à l'égard <te« vivis^çtiops , que çQmi90
elles ont lieu sur des animaux, elles ne pourraient à toute force être que des preuves par analogie, rien ne prouvait que les piIllséeSf les senaittions et les désirs de Tanimal soient toujours de même nature que ceux de Thomme, principalement s'il s'agit -des fonctions intellectuelles supérieures , qui manquent chez les animaux.
Mais nous avons une réponse plus radicale, et nous pouvons dire qtte lors même que la vivisaotion pourrait être pratiquée sur des hommes vivants, lors même que Ton pourrait produire ou empêcher à volonté certaines pensées et certaines sensations, par une opération physique sur le^ cerveau, par le contact d'un instrument ou Télectrisation d'une partie dé cet organe, toutes ces expériences ne prouveraient absolument rien, rdbitivement à la nature de ces phénomènes internes.
La raison est bien simple. Ces phénomfenes internes, dans leur nature propre, ne peuvent être ni vus, ni touchés ; ils échappent an microscope et au scalpel ; ils ne peuvent être pergvs que par une seule fticulté, la conscience ; et c'est son seul témoignage qui prononce sans appel aur leur nature.
Que se passe-t-il, en effet, dans une vivisection? Qui éprouve la douleur produite par l'opération? Est-ce l'opérateur? Nullement; c'est celui qui subit l'opération. L'opérateur peut-il voir la douleur, la pensée, la volonté? Nullement; il ne voit que l'organe matériel du cerveau.
Lft douleur, la pensée, la volonté , ne peuvent être vues ; elles ne peuvent qu'être senties par celui qui souffre , qui pense , qui veut.
Comment donc peut-on établir un lien entre une sensation et une lésion organique ; entre un phénomène interne et un phénomène externe?
Cela ne peut se faire que de deux manières.
Ou bien il faut faire actuellement deux observations séparées, l'une interne, l'autre externe. Tel est le cas de l'homme qui exécuterait sur lui-même une opération, qui se donnerait un coup de bistouri , ou plutôt qui , subissant une opération, suivrait des yeux les mouTBments de l'opérateur, ou s'aiderait d*un ntâroir pour voir les parties internes sur lesquelles le scalpel ae pro-