‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 138 sur 320 · LIVRE m. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE m. - CHAPITRE V

mène. Il observerait alors par ses yeux les organes que !• bistouri atteint, et intérieurement il sentirait des impresdlona douloureuses. Il pourrait alors, en combinant ces deux obsermlions, savoir quelles sont les parties les plus sensibles de son corps, et à quelle sensation correspondrait chaque lésion. Mais tout ce qu'il saurait sur la sensation elle-même, il le puiserait dans sa faculté interne de sentir, il ne percevrait par ses yeux que la condition, Toccasion de la sensation.

Le second procédé pour réunir un phénomène interne à un ^ènomène externe est plus complexe encore.

On a primitivement établi par certaines observations accompagnées d'indactions, un rapport entre certains phénomènes internes et des phénomènes externes qui en sont le signe. Ce premier lien établi, on prend le signe pour la chose signifiée, et partout où Ton retrouve ce signe uni à un autre phénomène externe, on déclare que le phénomène externe et le phénomène interne sont liés, voire même qu'ils sont identiques.

Ainsi les cris d^un animal sont le signe de sa soufTrance ; en entendant ranimai pousser des cris et en voyant une blessure qu'il a reçue, on déclare qu'il souffre parce qu'il est blessé. On confond même la blessure avec la souffrance.

Mais si nous allons au fond de ce mode d'expérimentation, nous voyons que c'est par une induction que nous considérons les cris comme n'étant que le signe de la souffrance; que l'idée que nous nous faisons de cette souffrance n'est autre que celle de notre propre souffrance, puisée dans notre expérience interne ; que nous n'avons pu percevoir extérieurement que les causes, les conditions et les signes de la souffrance, mais i^ue tout ce que nous savons de la souffrance en elle-même et de sa nature est puisé dans la connaissance que nous avons de notre propre souffrance.

La science du reste a, par des découvertes récentes, pleinement confirmé cette distinction entre les faits^ internes et leurs signes. EUe reconnaît des cris et des contractions réflexes, c'està-dire purement mécaniques et sans souffrance. Dans Fempoisonnement par le curare , la souffmnce existe , et ses signes ont disparu par m^ftù de la paralysie des nerfs moteurs. Il est donc

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scientifiquement certain que la souffrance est perçue intérieurement par la conscience, et que les faits visibles n'en sont que les signes.

Donc , il est évident que nous ne connaissons les pensées, les volontés, les sensations agréables et douloureuses, que par notre expérience interne, qu'elle est la s^ule faculté qui atteigne ces objets, comme la vue est le seul sens qui atteigne les couleurs.

Qui ne comprend alors que l'expérience externe est absolument incompétente pour nous dire ce que c'est que la sensation et par conséquent quel est le sujet de la sensation?

Qui ne comprend que les expériences externes, de quelque nature qu'elles soient, sont sans valeur pour contester le témoignage de l'expérience interne qui nous dit : La sensation, c'est le moi sentant, c'est la personne sentante?

Donc, d'avance, nous pouvons prononcer que l'argumentation matérialiste est fausse ; elle pècbe contre le premier principe que nous avons établi. EUe conteste une observation, un fait attesté par la faculté unique qui peut le percevoir, au nom d'inductions tirées du témoignage d*autres facultés.

Arrivons maintenant aux preuves que les matérialistes cherchent à donner de leurs assertions, ou plutôt aux artifices par lesquels ils essaient de donner le change à l'esprit humain.

La première de ces preuves prétendues repose sur un fait qu'ils croient pouvoir, à tort ou à raison, prouver par l'expérience, à savoir la localisation des diverses facultés sensibles et intellectuelles dans diverses parties de la masse cérébrale.

Nous savons, disent-ils, ou plutôt nous saurons plus tard quelle est la partie de la masse cérébrale qui correspond à chaque sensation, à chaque pensée, à chaque affection de l'homme. Nous saurons alors quel est le mouvement de matière cérébrale qui cor-

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