‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 151 sur 320 · LIVRE in. — CHAPITRE Vîl. t · texte numérisé non relu

LIVRE in. — CHAPITRE Vîl. t

spectateur, qui en même temps serait assourdi par le %ruit continuel de chocs mille fois répétés. Chaque pièce de la machine est visible assez clairement, et se rattache solidemenf'^'aux autres pièces, et chaque bruit, pourvu qu'on Técoute à part, est distinct; mais le système est trop complexe et le mouvement trop rapide pour que Tensemble de Tappareil et de sa marche puisse être compris.

L'une des raisons qui contribuent à cette obscurité du livre de M. Taine, c'est quUl a mêlé Texposition à la démonstration. Au lieu de dire d'abord à son lecteur où il veut en venir, ce qu'il croit , quel a été le résultat définitif de ses recherches , et de lui donner ensuite les raisons qui militent en faveur de son opinion, il oblige son disciple à le suivre dans la voie de ses propres recherches , et le conduit d'étape en étape , sans lui dire où il le mène; et, arrivé au terme, il ne prend même pas le soin de s'arrêter pour lui résumer par une vue d'ensemble le système tout entier, et lui montrer par quel chemin il Ta fait passer.

Nous allons essayer de dégager et de mettre en lumière la pensée même do M. Taine, en l'isolant de toutes les preuves qu'il en apporte; il nous sera ainsi bien plus aisé de juger le système lui-même et la démonstration que l'auteur en donne.

Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la partie du livre de X Intelligence qui a trait à la question qui n«us occupe , c'est-àdire de la théorie de la connaissance de l'esprit et de l'illusion du moi.

Cette théorie de l'illusion métaphysique du moi, point culminant de la psychologie de M. Taine , repose sur quatre doctrines préparatoires que nous allons exposer.

La première est une analyse psychologique, ou plutôt une théorie de l'origine des idées.

Suivant M. Taine, toutes les notions de l'esprit humain, tous

les objets ^signés par des mots , se réduisent à deux classes : les images et les sensations ' . ^

Sous le nom d'image, se trouve compris tout ce qui dans rintelligence humaine ne provient pas directement des sens extérieurs. Tous les mots de la langue désignent directement ou indirectement des images; ils sont les signes, les substituts de certaines images. Gela est vrai même des noms généraux. Les noms ne sont point le signe de véritables idées générales , mais simplement les substituts de toutes les images qui ont un certain caractère commun. Le nom lui-même, étant un son et un assemblage de lettres, est une image d'une certaine espèce, et ce qu'on appelle le sens du nom, est simplement son rapport avec d'autres images '.

Sous le nom de sensation , il faut entendre exclusivement les impressions reçues par les cinq sens extérieurs, la vue, l'ouïe, le goût , l'odorat et le toucher. Le plaisir et la douleur ne sont autre chose que l'une des espèces des sensations du toucher *.

L'origine de ces deux espèces de phénomènes internes est d^ailleurs facile à comprendre.

Les sensations proviennent du dehors ; elles sont le résultat de l'ébranlement nerveux produit par les corps extérieurs.

Les images son( la reproduction spontanée des sensations. Toutes les sensati(Ais ont la propriété de se reproduire aussi spontanément , même à de longs intervalles de temps ^.

La seconde partie de la doctrine est une analyse physiologique, exactement correspondante et parallèle à l'analyse psychologique.

Il y a, dans l'encéphale, deux parties, l'une, qui se compose principalement de la protubérance annulaire et des tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux , correspond aux sensations. Elle se divii^ en portions correspondantes aux cinq sens. Là' sont les

< Taine, de V Intelligence^ \^ partie, livre II et III.

• Ibidem^ livre l^^ ch. m.

* Ibidem^ livre III, ch. n, p. 260.

« Ibidem y livre II, ch. ii.

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