‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 152 sur 320 · LIVRE IIÎ. — CHAPITRE VU. Î7t · texte numérisé non relu

LIVRE IIÎ. — CHAPITRE VU. Î7t

centres sensitifs, dont le mouvement interne correspond à chacun des phénomènes de sensation, nommés vue, ouïe, tact, etc.

L'autre partie, qui se compose des lobes cérébraux et de la substance grise, est la région des images; mais à la différence de la première partie, qui est divisée en régions distinctes correspondantes à chaque espèce de sensations^ les lobes cérébraux sont homogènes, et chacune des parties de cette région peut reproduire toute espèce d'images. Cependant, cette homogénéité n'est pas absolue ; il y a des éléments cérébraux , en très grand nombre , distincts l'un de l'autre , mais chacun apte à reproduire sous forme d'image toute espèce de sensations ; de sorte que le cerveau est comme un miroir brisé, à mille facettes, dont chaque partie réfléchit les sensations qui se sont produites dans les centres sensitifs.

L'origine des mouvements cérébraux est facile à comprendre. Les mouvements des centres sensitifs qui correspondent aux sensations sont causés par l'ébranlement des nerfs qui aboutissent à ces centres, ébranlement qui lui-même vient du dehors.

Les mouvements de l'écorce grise et des lobes cérébraux sont la reproduction spontanée des premiers; ce sont comme des ondes qui se propagent à partir des* centres sensitifs à travers toute la masse des lobes cérébraux, ondes qui s'entre-croisent et se réfléchissent de mille manières '.

Ces deux analyses étant bien comprises, nous pouvons passer au troisième point de la doctrine, la synthèse du physique et du moral, "

Il y a, comme on a pu aisément le remarquer, une exacte correspondance entre la psychologie et la physiologie, telles que l'auteur les expose.

A chaque mouvement des centres sensitifs correspond une sensation, à chaque mouvement des lobes cérébraux, une image. Comme les sensations, les mouvements des centres sensitifs viennent du dehors ; ils sont le produit de l'excitation des nerfs.

De même que les images ne sont qu'une reproduction sponta-

• L' Intelligence f livre IV, ch. i».

• Ibidem, livre IV, ch. n.

née des sensations, de même les mouvements des centres cérébraux ne sont qu'une répercussion des centres sensitifs. Nature et origine, tout est pareil de part et d'autre.

Ne'peut-on pas aller plus loin, et dire que tout est identique? N'est-on pas conduit à cette conclusion par la considération d'une si parfaite similitude ?

Ici, cependant, se présente une difficulté grave pour tout le monde, mais plus grave pour M. Taine que pour tout autre.

Afin de mieux comprendre la nature de cet obstacle, il est bon d'avoir présent à la pensée un dogme fondamental de la philosophie de H. Taine, dogme qu'il a exposé ailleurs, et sans la connaissance duquel on s'exposerait à lui prêter des opinions qull n'a pas.

Ce dogme est ainsi énoncé :

Il n'existe ni corps proprement dits, ni esprits proprement dits, il n'existe que des sensations et des mouvements.

On peut l'énoncer aussi en ces termes : D n'existe que des phénomènes ; les substances ne sont que des groupes de phénomènes ; les phénomènes n'ont pas de sujets proprement dits.

Conformément à ce dogme, les sensations et les images ne sont pas les phénomènes d'un sujet sentant. Le moi qui croit les sentir n'est que leur collection ; Tunité et Tidentité de ce moi sont des illusions.

Les mouvements intestins des centres cérébraux ne sont pas les mouvements de mobiles véritables, de molécules solides. Ce ne sont point les mouvements d'un cerveau qui serait autre chose que ces mouvements eux-mêmes, et leur préexisterait; le cerveau n'est lui-même que la collection de ces mouvements; son existence concrète, son étendue, son impénétrabilité, sont des illusions.

Or, ce dogme fondamental rend l'identification des sensations aux mouvements cérébraux particulièrement difficile. Si M. Taine était spiritualiste, il pourrait dire : Les sensations appartiennent à l'âme, les mouvements à la matière cérébrale: mais l'âme et la matière cérébrale, intimement unies, peuvent n'être considérées que comme un seul sujet vivant, dbnt les sensations et les mouvements sont les deux faces.

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