‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 193 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE II

bon sens : Chose objective et no7i substantielle, en deux éléments, à savoir, un phénomène subjectif en réalité mais objectif en apparence, et une cause réelle de ce phénomène, mais une cause non apparente et dont la nature n'est pas révélée par notre sensation.

Faut-il croire cependant que la première notion du bon sens fût radicalement fausse? Non, elle n'était qu'incomplète et mal exprimée.

En disant que les sons sont des phénomènes objectifs, le bon sens énonçait en termes inexacts deux vérités : d'une part, que ces phénomènes viennent du dehors et ont une cause réelle externe; d'autre part, qu'ils semblent objectifs, que les impressions que le corps sonore produit sur le tympan, sont projetées au dehors en apparence.

En disant que les sons ne sont pas des substances, le bon sens énonce encore une vérité, dont la conséquence nécessaire est que ce sont des phénomènes subjectifs ; car tout ce qui ne s'appuie pas sur une substance extérieure appartient à notre moi.

Mais par suite de l'inexactitude de la première proposition, elle se trouvait en contradiction avec la seconde.

Cette inexactitude elle-même avait d'ailleurs sa raison d'être. Elle provenait de ce fait, que les impressions du son, tout en étant subjectives, semblent être hors de nous. Le bon sens avait donc pris seulement ce qui semble pour ce qui est, l'apparence pour la réalité, ce qui est la plus naturelle des erreurs. On pourrait exprimera notion primitive sous cette forme : Les sons sont des phénomènes sans substance propre, qui semblent en dehors de nous, et sont réellement produits par une cause externe.

Ainsi exprimée, la notion serait exacte, mais il faudrait la compléter par la correction suivante :

Ces phénomènes n'ayant pas de substance propre, appartiennent à notre propre substance et sont réellement subjectifs, bien qu'objectifs en apparence.

Ainsi, la notion primitive du bon sens étaitapproximativement vraie ; elle a dû être corrigée par la raison. La science est venue ensuite confirmer cette correction en expliquant d'une part la nature de la cause du son, et d'autre part l'origine de l'illusion qui transporte le son au dehors.

Uê LE POSmVISMB ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

La science a recoima et démontré qae la cause objective do son n'est que la vibration des corps ou de Fair atmosphérique. B^ a assigné, pour la cause de chaque note de musique, un nombre arithmétique exact de vibrations. Elle a expliqué aus» par des combinaisons de vibrations mathématiquement mesurées les variétés de timbre des différents instruments et même de la voix humaine.

Ces résultats confirment le témoignage de la raison au sujet de la subjectivité des sons proprement dits. Ce témoignage qui ne s'appuyait que sur le raisonnement et sur des observations psychologiques délicates, est maintenant confirmé par des ^ts visibles. Nous suivons scientifiquement la cause sonore jusqu'à rinstant où elle se transforme en sensation de son, et nous voyons qu'elle n'a aucune ressemblance avec le son lui-même.

Quant au transport apparent de notre sensation au dehors, il s'explique aisément par l'effet de l'induction et de l'habitude. Le sens de l'ouïe est destiné à être interprété par la vue et le tact. Les sons sont les signes de ce qui se passe au dehors de nous. Du moment que nous avons appris à connaître la cause extérieure des sons, il s'établit une association par l'habitude entre la sensation et le lieu où se trouve cette cause elle-même. Le signe se confond avec la chose signifiée, et nous croyons entendre le son au lieu où se trouve la cause. C'est un jugement de perception opposé au jugement de raison, comme celui qui produit un tableau représentant les différents plans d'un paysage, ou une glace reproduisant l'apparence d'un objet.

Notre conclusion, confirmée parla science, est donc que les sons sont des phénomènes subjectifs transportés au dehors par une iUusion produite par l'induction et l'habitude.

Ces phénomènes subjectifs sont produits par une cause réelle qu'ils ne font pas connaître. Cette cause serait donc inconnue si la perception de l'ouïe existait seule.

La perception des sons est donc un des types de cette première espèce d'observations qui porte sur des apparences, et non sur des corps réels. Cette perception est conforme à la théorie sonsualiste. Seulement, les sensualistes veulent que toutes les perceptions soient semblables à celle-ci. Us confondent donc le sens

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