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INTRODUCTION
Les doctrines spiritualistes, si glorieusement soutenues au commencement de ce siècle, et défendues encore aujourd'hui par des philosophes éminents, subissent néanmoins en ce moment, l'une des plus violentes attaques et l'un des plus ' rudes assauts qui, depuis longtemps, aient été dirigés contre* elles. C'est au nom des sciences d'observation, c'est au nom de ce qu'on appelle « l'expérience », que l'on veut de nos jours arracher à l'homme toutes ses plus nobles croyances, le dépouiller de son âme, de sa liberté morale, de toute espérance d'une vie future, lui persuader qu'il n'existe pas d'autre réalité que le monde visible, ni d'autre ciel que l'abtme sans fond où se meuvent les astres.
Ce n'est pas, comme il nous sera facile de le montrer plus loiu, qu'il y ait ou qu'il puisse exister entre les sciences expérimentales et la doctrine spiritualiste une opposition véritable. Mais le développement prodigieux de ces sciences^ la rapidité inouïe de certaines découvertes, la multiplicité et l'étendue des horizons nouveaux qui s'ouvrent chaque jour devant les
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yeux des observateurs , causent une sorte d'éblouissement et comme de vertige.
La rapidité avec laquelle Thomme apprend de nouvelles choses qui lui étaient absolument inconnues, le porte quelquefois à croire qu'il va acquérir bientôt la science universelle, tandis que d'autres fois, une impression contraire se produit, et que la variété, la profondeur des phénomènes qui se manifestent, l'immensité des perspectives qui s'entr'ouvrent devant ses yeux, l'insuffisance d'un grand nombre d'hypothèses longtemps admises à expliquer les faits nouveaux qui apparaissent, le portent à s'écrier qu'il ne connaîtra jamais qu'une très petite portion et Une très mince surface de la réalité.
Chose étrange, ces deux sentiments opposés, cet orgueil qui fait croire à l'homme qu'il va arracher à la nature tous ses secrets, et ce sentiment de sa petitesse et de son impuissance en présence des merveilles qu'il entrevoit, se réunissent dans une action commune contre les doctrines spiritualistes.
Ces doctrines en effet reposent, ou plutôt semblent reposer sur des principes différents de ceux des sciences naturelles, et leurs résultats semblent acquis par une méthode absolument distincte.
Ces résultats d'ailleurs n'ont ni cette nouveauté, ni cette variété infinie, ni ce caractère progressif, ni cette certitude incontestée qui distinguent ceux des sciences physiques.
Dès lors, sous l'effet de la première impression, l'homme qui étudie les sciences, s'écrie : puisque je tiens par ma méthode la clef de tous les phénomènes, qu'ai-je à faire d'en employer une autre ?
Sous l'effet d'une impression opposée, Thomme se dira : la nature me dépasse de tous côtés, je n'en connais qu'un coin, de quel droit irais-je soulever les vastes problèmes de l'origine du monde et de l'origine de l'homme?
Ces deux tendances, résultat naturel du développement rapide des sciences d'observation, ont pris la forme de deux
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empire sur les esprits, il y a deux choses à faire. 11 faut que l'ancienne philosophie proclame hautement ses principes, se répande dans les écoles, et s'assimile tout ce qu'il y a de bon et de vrai dans les découvertes scientifiques modernes. 11 îsitxi aussi que le terrain soit déblayé, et que les systèmes faux et les préjugés funestes qui ont envahi tant d'esprits, même dans le sein de l'Eglise, et surtout ces erreurs qui se couvrent du manteau de la science^ soient énergiquement combattus; il faut que les esprits soient délivrés de ces opinions dangereuses qui les hantent, et qui troublent même les âmes qui ont accepté le joug de la foi. 11 y a une double œuvre à accomplir, l'une de synthèse et de construction scientifique sur les anciennes bases de la scolastique, l'autre de polémique et de lutte contre l'envahissement de ces déplorables doctrines qui anéantissent à la fois Dieu, l'âme, la conscience et la liberté.
C'est â celte dernière œuvre qu'est exclusivement consacré cet ouvrage.
Son but unique est de porter la lutte sur le terrain même de la science moderne, en se servant pour cela du langage moderne, et des armes que la science elle-même, telle qu'elle existe et telle qu'elle est formulée aujourd'hui, peut fournir pour la défense de la vérité.
Nous ne prétendons faire qu'un travail défensif destiné à arrêter les progrès des erreurs, et à préparer les esprits . à recevoir plus tard l'enseignement de la philosophie catholique, de celle qui, sortant librement et comme spontanément de la pensée de l'Eglise, imbue de la tradition, éclairée et perfectionnée par ses rapports nécessaires avec
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les mystérieux seerels de la nature dirine que la foi révèle, prépare pour Tafenir la grande synthèse de la science difine avec la science humaine. Cest à ce but, essentiellement provisoire^ mais très urgent^ de la lutte contre les erreurs actuelles, qu'est destiné notre livre; c'est à ceux qui craignent pour eux-mêmes l'envahissement de ces erreurs, ou qui ont pour mission de prémunir les autres contre ce danger, qu'il est exclusivement adressé.
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termes, la rigueur géométrique de son argumentation, tout ce qui en un mot fait d'elle une science véritable, à la fois rationnelle et expérimentale, exacte et précise, comme il convient à une science qui se respecte, et non un ensemble vague de lieux communs oratoires et de considérations semi-politiques et semi-religieuses, comme celui qui souvent est décoré de nos jours du nom de philosophie.
Nous avons enfin trouvé, principalement dans les belles doctrines scolastiques de !a connaissance intellectuelle, de l'abstraction et de la perception extérieure, la solution de plusieurs des difficultés qui nous avaient longtemps arrêté.
Mais en faisant cet emprunt à la doctrine traditionnelle de la philosophie catholique, et en nous inspirant de son esprit, nous n'avons pas cru devoir nous attacher à reproduire exactement cette doctrine, à adopter les définitions précises de la scolastique, ni nous asservir, dans l'exposé des principes, à l'ordre logique adopté par cette philosophie si rigoureuse et si féconde. Le but spécialement polémique de notre ouvrage ne nous permettait pas de suivre cette méthode. L'emploi de termes auxquels les esprits de nos jours ne sont pas habitués, de termes latins dont les équivalents apparents dans la langue française ont très souvent un sens dififérent de leur signification originelle, ne nous aurait pas permis de serrer de près nos adversaires sur leur propre terrain. Nous ne pouvions amener de force les ennemis de nos doctrines ni les spiritualistes, qui, par leur éducation, ont été habitués à un langage différent et à des principes moins précis, à adopter les termes reçus dans ^la
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doctrine traditionnelle. Nous avons pensé qu'il était préférable d'employer les termes usuels de la langue française, avec la signification que le bon sens général leur donne, en corrigeant seulement ce que cette signiQcation peut avoir de vague ou d'inexact. Nous avons cru aussi, qu'au lieu d'exposer, dans l'ordre adopté par les anciens maîtres, la série des axiomes et des principes fondamentaux de la métaphysique, il serait plus opportun de chercher ces principes dans les données du bon sens où ils se trouvent nécessairement renfermés, de manière à leur donner une autorité que nos adversaires même ne pussent que difficilement contester.
Notre ouvrage était presque terminé, lorsque parut la mémorable encyclique du 4 août 1879, dans laquelle le saint Père rappelle aux catholiques qu'ils possèdent une grande et large philosophie traditionnelle ; que, sous l'égide de la foi, leurs pères onl librement discuté toutes les grandes questions qui agitent le monde des esprits ; et qu'il a eiisté autrefois une majestueuse synthèse des sciences que l'homme possédait alors, rangées autour de leur reine, la science divine fondée sur la révélation. L'appel que le saint Père fait aux écrivains catholiques pour les inviter à restaurer celte grande œuvre, en suivant de près les enseignements du grand docteur du moyen âge, ne pouvait que nous encourager dans le travail que nous avons entrepris, travail utile, bien que d'une manière indirecte, à la réalisation de la grande pensée du souverain Pontife.
11 nous semble, en effet, que pour restaurer la grande philosophie catholique et lui faire reprendre son ancien