LIVRE IV. — CHAPITRE ÏIÏ
être connue qu'autant que le corps est vu. Ni le tact, ni l'ouïe ne peuvent nous dire si une boule est bleue ou rouge.
Elle ne peut être connue qu'autant que le corps est éclairé ; sans lumière le corps est invisible et sa couleur est inaperçue.
Suffit-il maintenant de regarder le corps pour connaître sa couleur? Les variétés de ses couleurs se manifestent-elles directement à notre faculté visuelle ?
Nullement. Ce que nous voyons directement, c'est l'effet combiné de la nature du corps et de la lumière.
Que la lumière vienne à changer de nature, que de blanche elle devienne bleue ou rouge, et le corps qui paraissait blanc paraîtra bleuâtre ou rougeàtre.
Le corps peut avoir une couleur propre parfaitement uniforme sur toutes ses faces, et cependant l'aspect des différentes faces n'est nullement le même. Les unes sont brillantes, les autres sont dans l'ombre.
Si, de plus, le corps est poli, il se produira des phénomènes de pure lumière qui viendront troubler la vision du corps lui-même. Dans une glace, on voit les objets qui sont devant la glace; on ne voit pas, ou on voit à peine la glace elle-même. Tout le monde sait combien il faut d'attention pour bien voir un tableau et se placer à un point de vue tel que les couleurs de la toile puissent être distinguées.
De tous ces faits vulgaires, il résulte qu'il existe une différence profonde entre les couleurs réelles des corps, éléments fixes qui ne changent que lorsque le corps lui-même subit un changement intrinsèque, et les couleurs apparentes qui composent l'aspect du corps et qui dépendent à la fois des couleurs propres de la surface, du relief qui produit les ombres, de la direction et de la nature de la lumière ambiante.
Comment faisons-nous donc pour arriver à la connaissance des couleurs propres des corps? Nous procédons par induction. Nous plaçons les différents corps dans des situations semblables par rapport à une lumière de nature et de direction semblables et nous prononçons que les surfaces qui, dans les mêmes conditions, prennent un même aspect, ont des couleurs propres identiques, et que celles qui prennent un aspect différent ont des cou-
37« LE POSimmiB ET LA SOE^fCE EXPÉBDfKNTAIX.
leurs propres-différentes. Cette indoction se fiait si ra{Hdement et si natarellement qo*elle devient inconsciente et que nous croyons voir sous un aspect uniforme un corps qui est blanc sur toute sa surbce, bien qu'en réalité nous voyions un assemblage départies brillantes et 4fê parties ombrées, bien différentes les unes des autres.
Tout corps éclairé présente donc deux surfaces exactement superposées, la surface réelle avec ses variétés de teintes réelles, et la surface apparente composée de couleurs apparentes, plaquée sur la première et lui servant comme de vêtement. Séparée de la sur&ce apparente, la sur&ce réeUe des corps est absolument in^isible. C'est la lumière qui, en venant baigner la surface réeUe des corps, produit la surface apparente. H y a donc en chaque point \n de la surface des corps une teinte réelle et une couleur apparente, et il arrive souvent que la teinte réelle étant la même en deux points, la couleur apparente est différente.
Cherchons maintenant le rapport exact qui existe entre les couleurs réelles, ou les qualités des corps qui modifient la lumière, et les couleurs apparentes, celles qui constituent Taspect appa- ^rent.
n y a d'abord une correspondance terme à terme entre les deux séries de couleurs réelles et couleurs apparentes. Chaque couleur réelle placée dans certaines circonstances de lumière et >t^ de relief, produit une couleur apparente déterminée. Dans les mêmes circonstances une même couleur réelle produit une même couleur apparente, et des couleurs réelles différentes produisent des couleurs apparentes diverses. On peut donc définir chaque couleur réelle par les couleurs apparentes qu'elle produit dans des circonstances données.
Ainsi le bleu réel est la propriété de la surface qui, sous Tinfluence de la lumière ambiante ordinaire, de la lumière solaire, produit laspect bleu. Le rouge réel est la propriété de la surface qui, sous cette même lumière, produit un aspect rouge.
Ainsi les couleurs réelles sont les causes partielles des couleurs apparentes et les couleurs apparentes sont les signes des couleurs réelles.
Hais peut-on aller plus loin et admettre que les couleurs réelles
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